Jacky Lobè : Dix titres pour dérouiller les reins

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Un nouvel opus bientôt sur le marché.




“C’est le seul album entièrement dansant que j’ai confectionné à ce jour. C’est aussi la première fois que je sors un album 100% rythmes du Cameroun. Je n’ai pas eu besoin, contrairement à mes habitudes, d’aller m’inspirer des influences musicales venues d’ailleurs ”, affirme Jacky Lobé, le visage rieur, la voix posée. Jacky Lobè parle de son nouveau bébé avec passion et tendresse. Surtout qu’il a tout de la couleur locale, tant de la musique que des paroles. Ecoutez “ Sona anti ”, le titre phare qui porte le nouveau né et vous comprendrez que son géniteur l’a pratiquement dessiné avant de lui insuffler de la vie. Reprenant certaines paroles des chansons qui animent généralement les cérémonies coutumières de mariage, Jacky Lobè conseille à la jeune épouse d’aimer sincèrement son prince charmant. Tout cela sur fond de makossa des années 70. “ On a beau s’égarer, on peut tourner la question dans tous les sens, on revient toujours à la source. Difficile de couper le cordon ombilical ”, soutient l’artiste.
Un opus qui fait une place de choix aux femmes, soit pour regretter le décès de Jeannette Eyidi ; soit pour louer leur ingéniosité, leur sens de responsabilité, leur courage comme dans “ Sariette”, “Matha”, “Mbango” et même “Caprice de mulema”. Un album qui est par ailleurs fait de messages, au sens de transmission d’une valeur. “Ndjé mo”, un makossa plutôt authentique est dans cette lignée. L’artiste s’interroge sur le sort réservé à la tradition, au patrimoine culturel et historique au Cameroun. Alors que “Ndol’a mbalè”, un zouk camerounisé, se danse les yeux fermés et les hanches dérouillées pendant que “Pas toucher”, dans un subtil mélange de Mangambeu, Bikutsi et Bolobo revisite les rythmes de notre diversité culturelle.

Belle distribution
Le retour aux sources de Jacky Lobè, c’est surtout ses retrouvailles avec l’ambiance, les senteurs et parfums qui font la ville de Douala. Un des titres de ce nouvel album Rue de la joie, illustre cette rencontre entre le musicien et ses origines : “ Je suis né à Bonapriso, un des plus beaux quartiers villages de la capitale économique du Cameroun. En témoigne son carnaval qui attire de plus en plus de monde ”. Mais au-delà de la cité de Douala Manga Bell, c’est le Cameroun entier que Jacky Lobè porte dans le cœur. On peut donc comprendre qu’il soit interpellé par les évènements de la semaine du 25 février, qui ont plongé le Cameroun dans une violence inouïe : “ Je déplore que des particuliers aient tout perdu et que des familles entières aient été endeuillées. Ce que je pense de ces évènements, en guise d’analyse, c’est qu’il s’agit d’un ras-le-bol général. Il y a plusieurs années, quand j’allais en Côte d’Ivoire, je leur disais de faire attention. Je sentais que ça allait exploser. C’est le même avertissement que je lançais au Cameroun, à la moindre occasion. Les gens en ont tellement marre ”, constate-t-il. Et de lancer dans la fouler : “ On est dans un pays où même les aveugles verraient et les sourds entendraient. On n’est pas dupe. On a l’un des pays les plus beaux au monde. Mais c’est aussi celui où les populations ont le plus de problèmes pour vivre décemment ”. Sa prière “ que les préoccupations des Camerounais soient davantage prises en compte par ceux et celles qui ont le pouvoir de décision ”. Son “ Sona anti ”, le nouvel opus de Jacky Lobè est servi par une distribution d’artistes aussi connus que Bobby Ngimè, Haoussa, Nicole Mara, Papa Zoé ou encore Henry Njoh.
Vivement qu’il soit dans les bacs !
 

Par Jean-Célestin Edjangue
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