Livre : Les regrets d’un colonel

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Revisitant ses mémoires, le colonel Célestin Ngemaleu fait le tour d’horizon de sa carrière envieuse, malgré les entraves imposées par sa hiérarchie.


“Pendant que les étoiles de général s’éteignaient en s’éloignant rapidement de moi, elles brillaient de mille feu en s’approchant au galop des autres, bien moins anciens et ayant nettement moins d’expérience. C’est leur sort ; mais pour certains de ceux-là, leur heureux sort est le fait des hommes ; et non celui du hasard ou des critères établis ”. Cet extrait en page 253, du livre intitulé “ Sur les escaliers des officiers ”, traduit l’état d’esprit de son auteur, Célestin Nguemaleu, qui, quoique devenu colonel dans l’armée camerounaise qu’il a servie pendant trentaine cinq ans, nourrit bien des regrets et des frustrations pour n’avoir pas pu jouir de la pleine considération liée à son rang, son ancienneté, son expertise, etc. L’homme nourrissait le rêve de devenir général, d’autant plus que, comme il le précise, il était proposé annuellement depuis 1988. Mais, il avait oublié la formule du général polytechnicien Jean Nganso Sundji, qui n’avait de cesse de répéter que “ pour devenir général, il faut être colonel et attendre ”. Une formule qui ne précise cependant pas la durée de l’attente. Las d’attendre, il s’en ira à la retraite sans la consécration suprême. Une frustration de trop clairement, traduite à travers les lignes du livre, et qui s’est ajoutée à bien de précédentes ayant émaillé sa carrière d’hommes d’armes.
Dans son livre, Célestin Ngemaleu revient sur sa carrière au sein de l’armée qu’il a volontairement intégrée au 17ème Bima à Douala, une matinée de septembre 1959, à l’aube de l’indépendance du Cameroun. Pour plusieurs raisons, parmi lesquelles son souci de veiller lui-même à sa défense, après qu’il soit devenu précocement orphelin, encore élève au lycée. Entre litanies, dénonciations, aveux, déclarations, l’auteur de “ Sur les escaliers des officiers ” parle, révèle ce qu’il n’a pas dû faire du temps où il arborait fièrement la tenue militaire. L’armée, la grande muette, l’interdisant, comme lui-même le reconnaît dans son mot d’au revoir à l’attention de ses camarades au moment de partir en retraite (P.256), après une carrière pleine et méritée.

Palier supérieur
Bien qu’il ait été déçu de n’avoir pas été intégré au sein de l’armée de l’air pour nourrir sa passion d’être pilote de chasse, encore moins au sein des troupes aéroportées ou à la cavalerie qu’il aurait préféré comme alternatives. Pire, cantonné au génie militaire contre son gré - mais où il s’implique au développement social - il s’interposera avec dévotion au putsch du 6 avril 1984. Mais sans reconnaissance de sa hiérarchie au moment des lauriers. L’incontournable Pierre Semengue et d’autres entraves que l’officier ne comprenait pas s’interposant à lui. Une appréciation partisane de sa carrière et de ses sollicitations jouant en sa défaveur D’où la lettre qu’il adresse dès la page 275 au général des corps d’armées Pierre Semengue, pour lui rappeler un certain nombre de choses. Néanmoins, Célestin Nguemaleu atteint le palier supérieur dans l’armée, dans le confort matériel digne de son rang, malgré les choix qui n’étaient pas les siens, dans la frustration, la peur et l’horreur. Il verra même mourir tragiquement son parrain dans l’armée, le lieutenant Enada Ongolo, après avoir survécu lors d’opérations risquées de maintien de l’ordre du temps du maquis dans la Nkam, la Moungo, le Littoral, etc.
Le livre de 298 pages, publié aux éditions Cheakoua, présente dans le même temps l’auteur âgé de 70 ans et originaire de Bafang, à l’Ouest du Cameroun. Le livre, plein d’anecdotes, est écrit dans un style simple, facile à parcourir. Il est également une sorte d’hommage à une génération de militaires qui font office d’exemples pour les jeunes aspirants. Enfin, l’opus est édifiant pour la compréhension du fonctionnement sain et malsain de l’armée camerounaise. Mais, il inspire la patience nécessaire à tout aspirant pour son évolution.

Louis Blaise Ongolo

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