Remember Eboa lottin

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A Bonamouti (Akwa) à quelques mètres du British Council, la maison de Eboa Lottin est facilement répérable. Son portail est peint en noir avec en lettres d’or les initiales du chanteur : E.L.

C’est là que vit encore sa veuve et leurs cinq enfants âgés de 17 à 11 ans qui se prénomment Germaine-linda, Etienne-Henri, Françoise-Jackie, Joêlle-Cathy et Samuel-Francis. Un an après le  décès de Eboa Lottin, son absence se fait encore ressentir dans la maison. Ni la photographie de son père, le pasteur Lottin Samè, qui veille discrètement à l’entrée, ni les portraits de Eboa Lottin et les gerbes de fleurs artificielles qui sont dans le séjour n’arrivent à atténuer ce manque. Pour cette famille, le plus dur est passé : « Aux premiers jours de la mort de leur père, les enfants étaient traumatisés, si bien qu’au premier trimestre scolaire quatre ont eu des échecs. Mais après, tout allait bien et à la fin de l’année scolaire, ils ont tous été reçus. Moi je me remets à peine. Peut-être que dans un an tout ira mieux », confie dame veuve Lottin, née Bebey Jackie. Pour cette famille, jamais on n’oubliera ce père et ce mari qui a été aimé pour la joie de vivre qu’il prodiguait. Dans leurs  cœurs, il vivra toujours.

Chose étrange, depuis la mort de Eboa Lottin, sa famille est sans réconfort moral ni des amis, ni des artistes. Dieu, qu’ils étaient nombreux ceux qui, de son vivant, se réclamaient d’être ses amis et ses disciples ! Mais ceux qui ont adressé des condoléances à la famille éprouvée se comptent sur le bout des doigts : « Un ami de mon défunt époux bien que malade, est venu de Dschang pour m’adresser ses condoléances, un autre du Gabon aussi. Comme artistes il n’y a que Tom Yom’s qui est venu régulièrement, Charlotte Mbango aussi. J’ai également reçu l’assistance du directeur de la Socinadra », cite tristement la veuve Lottin qui ne se plaint pourtant pas. Pire, certains ne sont venus la voir que dans un but particulier. C’est le cas de Francis Dinde et de Aladji Touré venus une seule fois, juste pour avoir l’autorisation de faire les reprises des succès de Eboa Lottin.

La deuxième mort  de Eboa Lottin

Quelques mois après le décès de Eboa Lottin, Aladji Touré a fait mettre sur le marché discographique une cassette en deux volumes de la reprise des anciens succès du défunt intitulée « Hommage à Eboa Lottin ». En fait d’hommage, c’est plutôt un coup terrible qui aurait sûrement précipité Eboa à la tombe s’il n’était déjà pas mort. Pourtant, de grandes valeurs du makossa que sont Ekambi Brillant ; Ben Decca ; Charlotte Mbango…et autres artistes de renom tels Pierre Didy Tchakounté ont participé  à la réalisation de ces cassettes. Mais le résultat est déplorable. Les chansons reprises ne ressemblent en rien au style d’Eboa Lottin dont le côté simple et doux des mélodies est remplacé par des sonorités de bikutsi et de jazz, dans cette bruyance qui caractérise les chanteurs de la nouvelle génération. Les faiblesses des jeunes Frank Chaleur, Sammy Diko ou Sergio Polo n’ont pu être transcendées, et les atouts vocaux de Ruth Kotto n’ont pu être utilisés à bon escient pour rester fidèle à la vision musicale d’Eboa Lottin.

Le public ne s’est pas laissé abuser par cet homme qui n’est qu’une pâle copie des œuvres de Eboa Lottin. Il a préféré à cela les œuvres originales de l’artiste. La preuve, pendant que Eboa Lottin vend un peu plus de 10 500 cassettes en un an après sa mort, le nombre de vente des reprises en hommage n’approche même pas le dixième de ce chiffre. Déjà, un an avant sa mort, Eboa Lottin avait vendu 9 000 cassettes environ.

Le dernier souffle

Aux derniers mois de sa vie, Eboa était assez actif. Juste avant sa  mort, il a pu faire une dizaine de pièces artisanales en bois aux motifs de poissons, papillons, etc. de ses propres mains. De plus, il s’apprêtait à sortir une nouvelle cassette quand la mort l’a surpris. Mais, il a eu le temps d’entrer en studio et ses bandes sont au studio Dobell d’où elles attendent de sortir pour être sur le marché. En fait, il s’agit d’une double cassette dont l’une est le fruit du dernier labeur d’Eboa Lottin et l’autre, les reprises des compositions de son père, le pasteur Lottin Samè, qui fut l’un des grands compositeurs de musique de chorales duala. « Cette cassette devait sortir avant qu’Eboa n’ait passé un an sous terre. Mais, à cause de quelques problèmes, cela n’a pas été possible. Néanmoins, je tiens à faire sortir cette dernière œuvre de mon mari, car ça fera du bien aux gens » confie la veuve Eboa Lottin. Vivement que ce dernier souffle du chanteur parvienne bientôt aux oreilles des mélomanes.



Le Messager

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