Musique : sur les traces de Toucouleur

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Après cinq ans d’absence sur la scène musicale, il annonce son «come back» avec la sortie prochaine d’un nouvel album.

Le chanteur est devenu barman

Après cinq ans d’absence sur la scène musicale, il annonce son «come back» avec la sortie prochaine d’un nouvel album.

Voilà plusieurs années déjà que le chanteur de makossa Moukassi Lambo, dit Toucouleur, ne s’est plus présenté sur une scène musicale. Aujourd’hui, il consacre ses journées à la gestion d’un débit de boissons à Douala. «Ce bar, je l’ai ouvert il y a quatre ans. Ma femme s’occupait de sa gestion et je l’aidais de temps à autre. Depuis son décès il y a un an, la gérance m’incombe entièrement», déclare-t-il. Le bar, situé à Akwa à la rue Sylvanie, côtoie le studio de production Makassi. 

D’ailleurs, son enceinte sert de passage pour rallier l’entrée du studio. Avec une dizaine de tables, la buvette peut accueillir près de quarante personnes. Les chaises sont faites en bois. Quelques-unes ne tiennent plus. Une vendeuse de beignets-haricot et de mets locaux est installée sur une table à l’entrée du bar. Ses clients occupent les chaises. L’inscription « Couloir Tc Moukassi Lambo » est peinte en rouge sur le mur couvert d’affiches d’artistes. A l’autre bout du comptoir, un téléviseur diffuse, via un lecteur Dvd, un film américain. L’artiste-gérant, lorsqu’il n’est pas au service d’un client, est assis à une table près du comptoir et sirote quelques verres de liqueur en compagnie d’amis. «C’est mon bar, tout m’appartient ici. Je ne reçois d’ordre de personne, j’ouvre quand je veux», ironise Toucouleur qui présente son activité comme un passe-temps. Parmi sa clientèle, Toucouleur compte en bon nombre des chanteurs. « Des artistes qui passent au studio Makassi consomment chez moi. Ils sont très nombreux : Tonton Ebogo, Papillon, Lady Ponce, Majoie Ayi, San Fan Thomas et bien d’autres», révèle-t-il.
D’après Samuel Dongo, disquaire et ami de Toucouleur, même s’il a été absent de la scène musicale, Toucouleur ne s’est pas désintéressé des problèmes de la musique au Cameroun. Il a fait partie de la commission de lutte contre la piraterie qu’avait initiée Sam Mbende. Et c’est avec nostalgie que Samuel Dongo parle de la musique de Toucouleur : « Ce sont ses deux premiers albums qui m’ont marqué, surtout sa première livraison, ‘Soucouma’, qui lui a d’ailleurs valu un disque d’or à l’époque ». Il estime que « c’est un artiste qui doit son succès passé à la grande équipe qui l’a accompagné dans ses chansons. Je me souviens qu’Aladji Touré assurait la bass, Ebeni Donald Wesley la percussion et Toto Guillaume la guitare. Il était bien entouré. De plus, au niveau de la prestation scénique, c’est l’un des meilleurs au Cameroun. Je suis surpris de voir qu’avec le succès de ses deux premiers albums, il n’ait pas continué sur la même lancée. Il a plutôt disparu de la scène musicale. La dernière fois que je l’ai vu prester remonte à très longtemps. C’était au stade Mbapè Leppe, lors de la veillée de Kotto Bass en 1997 ». Pourtant, reconnaît-il, « aujourd’hui encore, certains clients réclament ses premiers albums qui gardent tout leur poids. Mais il n’y en a plus. Ce n’était disponible qu’en vinyle. Toucouleur n’avait pas pensé à mettre ces albums sur format Compact disc (Cd). Or, avec la numérisation, les vinyles ont disparu, en emportant le succès de l’artiste».
Toucouleur ou Tc, comme l’appellent affectueusement ses clients, confie que ses confrères lui demandent souvent de renouer avec la musique. Le monde musical, Toucouleur ne pense pourtant pas l’avoir complètement abandonné. Outre les instruments de musique qu’il possède dans certains cabarets de Douala et qui lui «rapportent assez d’argent», il indique qu’il a passé ces deux dernières années à préparer un nouvel album. «C’est un opus de dix titres dont j’assure moi-même le financement et la distribution. Je vais surtout mettre sur pied des stratégies pour contourner la piraterie. Elle tue trop d’artistes au pays». A la sortie de cet opus, le septième de sa carrière, Toucouleur entend confier la gestion du bar à un proche pour se consacrer désormais à l’art musical qu’il adore. D’ailleurs, comme le dit Samuel Dongo, « la musique camerounaise a besoin des gars comme lui ».

La carrière de Toucouleur en bref

Discographie
2002- Mabongo fédéral
1998- Pea Pea
1997- Wepe
1995- Ministre de l’ambiance
1989- Dernière solution  
1987-Papa soukoulou
Récompenses
1987-prix meilleure jeunesse

Tournées
Cameroun, Guinée équatoriale, Gabon, Congo, Rca, Tchad et Sao Tomé et Principe
Première scène musicale
1987- Télé podium, Crtv

Toucouleur : Mes plus beaux souvenirs

« Après ma prestation du titre « Soukoulou » à Télé podium sur la Crtv, j’ai décroché un producteur, Lancelo Foty. A l’époque, il était responsable de la plus grosse boîte de nuit, Toptem aujourd’hui Biblios. C’est avec l’artiste Jeka Ngoye que j’ai réalisé mes premières maquettes. Ensemble et avec les artistes de renoms tels Richard Bona, Guimé Manolo, nous avons fait les beaux jours à la rue Mermoz à Douala. C’est grâce à moi que les artistes ont commencé à introduire les « caisses claires » dans leur orchestre. C’est une des choses que j’ai apportée à la musique camerounaise. Aujourd’hui, j’en suis fièr. A mon public et mes fans, j’ai un seul mot à dire : Toucouleur revient très bientôt avec un nouvel album plein d’émotions !»

 

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Hans Ntocko, retraité

C’est un artiste qui a grandi dans les environs. Il venait coudre ses vêtements dans un atelier près de ma maison, à Akwa. D’autres artistes tels Elvis Kemayo et Narcisse Pryze fréquentaient aussi les parages. Ce sont surtout les danses de Toucouleur qui m’amusaient. A l’époque, il faisait de la bonne musique. Mais on ne parle plus de lui aujourd’hui. Par contre, les clips de ses confrères d’âge sont diffusés sur les chaînes de télévisions nationales.

 

Richard Nodjiba Senga, artiste amateur

Je me souviens que, quand j’étais encore tout petit, Toucouleur nous regroupait et organisait des concours de danse. Il promettait des bonbons aux meilleurs. L’élu était d’ailleurs baptisé Toucouleur du quartier. J’aime beaucoup sa danse, sa mélodie et son accoutrement. Quand je vois aujourd’hui des artistes comme Debby Debb’s et Atango de Manadjama, je vois qu’ils ont un peu le style de Toucouleur. Ceci montre qu’il n’est pas encore mort.

Maurice Tiefeng, commerçant

J’ai connu les chansons de Toucouleur dans les années 88, à travers l’émission Télé Podium de la télévision nationale. J’ai surtout admiré sa façon de danser. Ce serait intéressant qu’il réintègre la musique et fasse dans un style qui conscientise les jeunes. On voit aujourd’hui l’artiste John Boergson, qui a côtoyé Toucouleur, sortir un titre qui éveille la jeunesse sur les dangers de l’Internet.

Paul Ndoumbé, gérant de discothèque

C’est un artiste qui a fait son temps. Quand il a sorti ses deux premiers albums, les gens respectaient encore la musique au Cameroun et les œuvre d’art. Il me rend souvent visite. Aujourd’hui, Toucouleur essaye de survivre à sa façon. Il n’est plus l’artiste d’avant. Même à le voir, on sent qu’il se bat seulement à rester en vie. Ce n’est pas le sort que doit mériter un artiste. C’est la piraterie qui les conduit souvent à ce triste sort. 


Mathias Mouendé Ngamo (Stagiaire)

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