Daniel EYANGO NDOUMBE est décédé à l`âge de 92 ans

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Le compositeur émérite quitte la scène à 92 ans.
Dippah Kayessé



Personne ne se souvient de sa dernière sortie sur la scène, même si, dans son entourage, tout le monde a retenu sa dernière composition intitulée "A mama" dédiée à Esther Enangué, son épouse décédée en décembre 2002. Une perte qui va, hélas, empoisonner le restant de sa vie. Au fil des années, Daniel Doumbè Eyango que tout le monde appelait affectueusement "Pa’a Muledi" (Maître en langue duala), ou encore "Pa’a D.", va subir le poids de son âge et ses conséquences sur la santé. L’homme se déplaçait d’ores et déjà à l’aide d’une canne. Quand les forces le lui permettaient, clopin-clopant, il rejoignait les groupes de chorale qui venaient aux répétitions dans l’arrière cour de sa maison. Tout le monde le savait malade, mais l’espoir demeurait grand de le revoir en forme malgré son âge bien avancé.

Le 14 décembre dernier, le vénérable patriarche et auteur du célèbre hymne à la jeunesse, une de ses œuvres de réputation nationale, a finalement rendu l’âme à son domicile à Akwa à Douala. A 92 ans. "J’ai aimé deux choses dans la vie, Dieu le créateur et la musique, qui est un don du ciel", aimait-il à dire de son vivant pour justifier cette longévité. En un laps de temps, la nouvelle de cette disparition va rapidement faire le tour des chaumières de la capitale économique…
"Le Grand maître est mort", entendra-t-on. Ainsi s’achève la riche et brillante carrière musicale de Daniel Doumbè Eyango. Pendant près de 70 ans, ce virtuose de la musique a bercé les mélomanes des ses plus beaux cantiques composés et chantés en français, en allemand, en latin, en anglais et en duala. "Pa’a D. a laissé un répertoire de plus de deux mille chansons", explique Claude Eyango, son fils. Des artistes de renom comme Manu Dibango et Francis Kinguè sont passés à son école !

Répertoire
Auteur du célèbre hymne à la jeunesse, "Depuis les hauts du Manengouba" que de nombreux écoliers ont fredonné, Daniel Doumbè Eyango voit le jour le 24 avril 1914 à Douala. Très vite, il va s’initier à la pratique de la musique et principalement à la manipulation du violon, son inséparable instrument. Très doué, selon divers témoignages, l’homme jouait aussi du piano, du saxophone, de la clarinette et même à la guitare. Au départ, c’est dans les cabarets que le jeune Daniel va arroser de son talent les soirées des noctambules. Plus tard, il sera attiré par le gospel, où l’auteur compositeur va écrire les plus pages de sa vie. Son originalité : se frayer son propre chemin en s’inspirant des réalités du terroir. Un choix qui va lui réussir à travers la composition de plusieurs chansons dont les plus célèbres restent "Africa", "Bepuma ba mudi", "A oa tumba la Loba"…

Sa passion pour le chant classique ne se limitera uniquement pas à la composition. Daniel Doumbè Eyango sera à l’origine de la fondation de plusieurs groupes faisant dans le même style negro-spiritual. Lesquels drainent toujours des foules lors des concerts de musique. Parmi eux : Elong’a belongi de l’Eglise évangélique du Cameroun (1932), Makom m’esesa Yéhova (1940), la Grande chorale 101 de Yaoundé (1957), la chorale Sanki (1975) et, la dernière née, le Son’a club (1980). Il sera aussi à l’origine de la fondation de la première Fédération des chorales mixtes du Cameroun. Depuis l’annonce de son décès, ces chorales et bien d’autres font de l’animation tous les soirs à son domicile, dans le cadre des hommages bien mérités.

En guise de témoignage, Gervais Mendo Ze dédiera à Daniel Doumbè Eyango, en 2000, une chanson intitulée "Sesa Doumbè Eyango" (Hommage à Doumbè Eyango). De Daniel Doumbè Eyango, sa famille et ses proches retiendront son ardeur au travail, son sens du perfectionnisme, son dévouement à servir, sa passion pour la chose bien faite… Auteur-compositeur de talent, Daniel Doumbè Eyango laisse une progéniture de 10 enfants ainsi que de nombreux orphelins dans les milieux musico-religieux. Considéré à juste titre comme une bibliothèque, ce virtuose laisse, en effet, d’inestimables œuvres à la postérité.

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