Musique : Que valent les distinctions annuelles ?

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Les différents promoteurs veulent en faire de grands moments événementiels en Afrique.
Venant Mboua

"La nuit des Masters", "Rts Awards", "Canal d'or"... Voilà quelques espaces de distinction des musiciens et autres et professionnels des arts au Cameroun. Trois espaces parmi les plus connus, mais également trois concepts qui ne font pas toujours l'unanimité au sein du public.
"La nuit des Masters", qui veut "consacrer la maîtrise", selon son promoteur, le journaliste et animateur sur Crtv FM 94, Billy Show, prime les professionnels des métiers de la musique (distributeurs, producteurs, arrangeurs, auteurs compositeurs, interprètes). C'est également la distinction la plus ancienne, qui date de l'an 2000. "La nuit des Masters" émane de l'émission "Bamboula hit parade", une émission quotidienne de la Fm 94, justement présentée par Billy Show. Le processus de nomination commence par la programmation des chansons, qui sont diffusées de février à octobre. Ces chansons sont soumises ainsi à l'appréciation du public qui, chaque soir, leur affecte des points.

Les 50 premières de l'année sont programmées dans la deuxième phase du concours, entre le 1er et le 30 novembre. Enfin, 30 sont retenues et programmées du 1er au 31 décembre. C'est donc de ce dernier groupe qu'émerge la meilleure chanson de l'année. En dehors des auditeurs qui expriment leurs préférences à travers les points, un jury composé de journalistes, animateurs et hommes de culture procède à la désignation des lauréats sur la base du choix des auditeurs. Généralement, "la nuit des Masters" sacre quinze professionnels. Mais cette année, explique Billy Show, "la création n'a pas été formidable, alors nous nous sommes limités à 7 distinctions".

Il faut noter que cette année, le jury était présidé par le journaliste et homme de culture François Bingono Bingono. Selon Billy Show, ce jury retient les critères suivants : la mélodie, les arrangements et le succès d'estime. Billy et son équipe prévoient d'ailleurs une "grande nuit des Masters" au cours de l'année 2007, entre mars et mai, qui procèdera à la remise des prix, un trophée, un diplôme et une enveloppe dont le montant n'est pas encore révélé.
A la Fm concurrente, Radio Tiémeni Siantou (Rts), on a déjà annoncé l'ambition des prix de cette année : "un véhicule flambant neuf pour le meilleur artiste de l'année", souhaite le président du Comité d'organisation des Rts Awards, Martin Désiré Brouta. Jean-Vincent Toko, son réalisateur, et lui-même, ont des ambitions de grands pour cet événement produit par la Rts, dont ils indiquent le budget à 15 millions de francs Cfa. Surtout que Rts Awards ne s'intéresse pas qu'à la musique, mais à tous les arts vivants (théâtre, cinéma, danse) ainsi qu'aux espace de diffusion (cabarets, centres et foyers culturels) et aux hommes du secteur (animateurs, DJ, producteurs, etc.).

Autre différence avec les autres, Rts Awards intègre dans son concours, les musiques étrangères qui marchent au Cameroun. Le processus de nomination est quelque peu complexe ici. Selon Martin Désiré Brouta, "après sélection par les organisateurs, un jury constitué de professionnels du secteur travaille sur les propositions d'animateurs des radios et télévisions sœurs, ainsi que d'informations recueillies auprès des organismes de gestion collective du droit d'auteur". "Ce jury travaille en off et peut faire tout amendement sur les propositions et les critères établis par les organisateurs", soutiennent Brouta et Toko.

Initiatives
La distinction la plus récente est Canal d'or, lancé en 2004 par le service commercial de la chaîne de télévision Canal 2 International. Théodore Danga, le président du Comité d'organisation, annonce la prochaine édition pour le mois de mars. Ici, on procède par l'écoute des téléspectateurs, qui déposent leurs votes sur une ligne téléphonique réservée à cet effet. En outre, les organisateurs consultent aussi la Cmc (Cameroon music corporation) pour avoir les tendances et les chiffres des ventes des Cd et cassettes. Chaque artiste a son numéro de code auquel correspondra la note affectée par les téléspectateurs. Les catégories distinguées sont évidemment les musiciens et les autres professionnels de la musique.

Comme chez Billy Show, Théodore Danga varie le nombre et même le genre à primer selon la qualité et la quantité de la production artistique. Canal d'or espère ainsi "valoriser l'artiste et son art et encourager les artistes. Mais aussi, nous rêvons de créer un événement prestigieux dans le genre Kora, qui se déroule en Afrique du sud". Billy Show pense comme lui que, " compte tenu du potentiel du Cameroun, il nous faut un événement culturel de grande envergure au Cameroun et je crois que la "grande nuit des Masters" le deviendra un jour". Désiré Brouta, humaniste, voudrait "remercier les artistes pour ce qu'ils font pour nous égayer tout le long de l'année; mais nous voulons aussi susciter auprès des artistes, plus de concentration au travail. Il faut qu'ils sachent que faire leur travail, ce n'est pas perdre du temps"

En dehors de ces événements en vue, il existe à la station Crtv du centre, un classement provincial, sous la coordination de l'animateur Bernard Erere, tandis que la jeune Sky radio émettant à Yaoundé, s'y aventure aussi, avec ses animateurs Francis Libéral et Dominique Tita.
Cependant, dans ces initiatives prises ici et là, chaque promoteur pense que son concept est le plus original, le mieux structuré qui mérite de phagocyter les autres, d'où, jusqu'à présent, l'absence d'une synergie pour un événement commun. D'autre part, les notions de genre et de catégorie semblent se mélanger chez les promoteurs et leurs jurys. Ainsi, une chanson primée la meilleure, fait du chanteur "l'artiste de l'année". De même, l'acteur principal d'un téléfilm longuement diffusé devient "le comédien de l'année", etc. Le doyen parmi eux, Billy Show, explique : "une oeuvre se confond avec son créateur. Ainsi, pour nous, lorsqu'une chanson est estimée par un grand nombre de personnes dans la population, nous faisons de son créateur le meilleur artiste".

Tous ces promoteurs se plaignent du manque de moyens financiers, infrastructurels et logistiques dans la réalisation de leurs projets. Les annonceurs se font prier tandis que les pouvoirs publics ne semblent pas encore s'intéresser à l'affaire. Martin Désiré Brouta en est amer : "l'État doit savoir faire plaisir à ses artistes. Que serait une journée sans musique, sans le rire que nous procure le théâtre et le plaisir du cinéma? Ce que nous faisons vient aussi combler le vide laissé par un ministère de la Culture qui dort". Depuis le départ de Henri Bandolo de ce ministère, les créateurs n'ont plus eu droit à une reconnaissance de leur société, de l'envergure des "épis" que ce ministre avait institué. La preuve, cela fait plus d'une décennie que le ministère de la Culture a promis des médailles aux Hommes de culture. Ils attendent toujours. Et, ne serait-ce qu'à cause de cela, les initiatives particulières d'aujourd'hui sont intéressantes.
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