Une enquête sur un détournement de 40 millions est en cours.
A l'évocation de l'affaire ayant conduit, il y a près deux mois, trois de leurs collègues à la prison centrale de Kondengui, les agents de la communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) perdent subitement la voix. Les rares personnes disposées à en parler s'expriment sous cape. Tout en suggérant l'embargo sur cette information. "Il ne faut pas publier ça; c'est très sale", lance un agent, les mains chargées de volumineux registres et un pied sur une marche des escaliers en spirale conduisant au bureau du receveur municipal. Malgré le voile de silence autour de cette affaire, il reste vrai que Vincent de Paul Tsanga Tsanga, Ngon et Nyasse, agents du service de recouvrement à la Cuy sont écroués à la prison centrale de Yaoundé depuis le 25 mars 2009. Ils sont présumés coupables de détournements de 40 millions de Fcfa. Ils auraient ainsi utilisé, à leur profit, de fausses quittances lors d'opérations de recouvrement auprès de commerçants de la ville. Et le réseau s'étendrait à plusieurs autres communes et individus sur l'ensemble du territoire national.
Une source introduite indique que des registres de quittances ont été subtilisés dans certaines communes et remis aux agents de la Cuy pour utilisation frauduleuse. Une autre soutient l'inverse : "Ce sont plutôt les registres de la communauté urbaine qui se sont retrouvés là-bas." Un troisième avis fait état d'une fausse carte de stationnement, délivrée à un automobiliste et portée sur la table du délégué du gouvernement, Gilbert Tsimi Evouna, qui a aussitôt déclenché l'enquête et "donné des consignes pour qu'on démantèle tout le réseau".
A l'Hôtel de ville, un agent désigne un cadre de la maison qui aurait "remarqué certaines choses et a écrit au délégué". Approché le 7 mai dernier, le cadre concerné a déclaré, énigmatique: "A ma connaissance, aucun de mes collaborateurs n'est en prison au moment où je vous parle. Du moins en ce qui me concerne. La maison peut avoir 600 personnes, j'en connais à peine 20. Beaucoup de choses peuvent se passer dans la maison sans que je sois au courant." Il jure en plus ne connaître ni Tsanga Tsanga, ni Ngon, ni Nyasse.
Problème récurrent
Comme lui, les responsables des communes citées dans l'affaire n'ont pas souhaité s'exprimer sur l'affaire. Dans la commune rurale d'Olanguina, Angoula Nkodo, conseiller municipal, précise : "Le secrétaire général a distribué le même document à tous les conseillers et pas à moi seul. Je ne peux en parler parce que je suis un patriarche." Joint au téléphone le 22 avril 2009 autour de 13h30, Gilbert Tsimi Evouna s'est limité à dire : "Il faut aller voir le secrétaire général. C'est lui le chef de l'administration. S'il a besoin d'un complément d'information, c'est lui qui devra vous conduire chez moi. Nous luttons contre la corruption sans faire de bruits. Il y a des cadres qui seront licenciés." A quelques semaines de la Fête nationale, Alphonse Roger Ondoa Akoa, le Sg de la Cuy, ne trouve plus du temps pour recevoir : "Vous savez, il est très pris par les préparatifs du 20 Mai. Je ne pense pas qu'il puisse vraiment vous recevoir", tranche-t-on au secrétariat. Les multiples coups de fil passés n'aboutiront à aucun rendez-vous.
Deux jours avant l'entretien téléphonique avec Gilbert Tsimi Evouna, Vincent de Paul Tsanga Tsanga criait son innocence du fond de sa cellule du quartier 1 de la prison centrale de Kondengui. "J'ai tout remis à Dieu. Je ne sais rien de tout ce qui se passe. J'ai passé 22 jours dans une cellule mal éclairée, et avec ces lunettes [pendant à son cou], j'ai signé sans toutefois savoir ce que je signais." Interpellé le 3 mars 2009 par les éléments de la délégation régionale de la police judiciaire pour le Centre (Dppj) et placé sous mandat de dépôt le 25 mars 2009, suivant ses dires, l'agent de la Cuy affirme ne savoir ni avec qui il est dans le même dossier, ni le lieu où les autres se trouveraient. "Je sais seulement qu'au sortir de la cellule, j'ai vu une dame assise avec un bébé en main et à qui on a demandé si elle me connaissait. La dame a répondu par la négative. On l'a laissée partir et moi j'ai été conduit ici."
Selon plusieurs témoignages, la dame en question serait Akamba, adjointe au maire de la commune rurale d'Afanloum, dans le département de la Mefou-et-Afamba. Elle aurait toutefois bénéficié du soutien d'une élite de son coin qui s'est apitoyée sur une dame allaitant et sans moyens nécessaires pour nourrir son enfant, pendant qu'elle est en détention. Sa commune, avec celles d'Essé, d'Olanguina, d'Edzadouan dans le Centre, celle de Bertoua à l'Est et Maroua à l'Extrême-Nord, "sont trempées", révèle une source.
Célestin Obama
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