Musique : Majoie risque de vous… Paniké

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Les huit titres de cette jeune chanteuse sont une promesse de succès à venir.
Jean Baptiste Ketchateng

La curiosité va peut-être mener le mélomane qui achète ce premier album de Majoie Ayi, "Origines", à se précipiter sur "Aïcha ". Sur la liste des huit titres, l'inoubliable succès de l'Algérien Cheb Khaled devient un bikutsi doucement exécuté. Jean Jacques Goldman apprécierait-il la métamorphose de son merveilleux slow? Quoiqu'il en pense, la bonne surprise qu'est Majoie, au-delà de cette reprise, devrait égayer l'avant-veille et les fêtes du crépuscule de cette année.
Cette voix presque grave qu'elle promène avec aisance sert plutôt bien ses messages imprimés sur des musiques épurées et entraînantes. Quand elle dit non par exemple, c'est à la fois une leçon de morale et un moment de récréation. Majoie dit non au nom des femmes, qui refusent d'être traitées comme des objets. De désir, évidemment. Messieurs, cessez donc de " Paniké " à cause de Majoie. Elle vous aura prévenus, l'ex-danseuse du célèbre quartier Poto-Poto de K-Tino dont elle a repris plus que les pas de danse.

Un bassin qui vous donne des envies parce qu'il se trémousse sur cet air, c'est pourtant ce qui risque d'arriver aux amoureux de bikutsi qui danseront " Paniké ". Insatiables les hommes? Abeilles éternellement butineuses? Ou bien simples êtres de chair qui ne résistent pas à la sirène. Pas seulement à la plastique du démon fantastique, mais aussi aux sons qu'elle émet et vers lesquels les marins des nuits d'ambiance, des boums d'anniversaire et des premières communions viendront échouer.
En dansant, ils ne penseront certainement pas à dire : " merci Bertrand Eba ", fabricant de tubes en vogue. Ces notes suaves Made by ce nouveau requin des studios d'arrangement yaoundéens suivent un cours tracé par cette " artiste née ", pense François Bingono Bingono, fin connaisseur des rythmes bantou dont le bikutsi de la forêt équatoriale camerounaise. C'est de cet héritage valorisé que vient, par exemple, le mvet de Daak Janvier, qui l'aide à chanter " Sal ". On eût dit un conte le soir autour du feu, dans un village vers Esse, qui n'aurait pas perdu toutes ses traditions, et où passeraient les eaux de la Mefou, près duquel l'oiseau qu'elle chante se donnerait à admirer.

Sauf que ce " Sal "-là est en français. Ce n'est pas la langue où Majoie chante le mieux dans cette première proposition au public. Cette lettre qui voudrait prendre un contact, avant des rendez-vous futurs parle aussi d'honnêteté, de franchise. Si ces qualités ne sont pas la règle entre personnes proches, Majoie les donne en partage. Tout comme ses appels aux "Turbulences", où son parcours dans les cabarets chauds de Yaoundé ressurgit : "Derrière le voisin en position… courbée". Des mots de noceurs qui ne fermeront pourtant pas ses yeux devant ces " océans de misère ". Comme si "autour de nous il n'existe rien ni personne".
Parions que cette offre-là, ces prouesses de la voix, ces accords de piano, ces cinq minutes de tristesse réfléchie feront reculer, même insensiblement, les limites de l'"Indifférence" dans les coeurs des mélomanes. Et si ce n'était pas le cas, Ayi aura-t-elle toujours de la joie à apporter dans de futurs albums?

Fiche technique
Album : Origines
Auteur compositeur : Majoie Ayi
Rythmes : Bikutsi
Date de sortie : septembre 2007
A écouter : Paniké, Aïcha, Indifférence, Origines
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