Cette organisation appelle le pouvoir de Yaoundé à mettre en place un organe électoral crédible et à autoriser la double nationalité.
C’est forcément le genre de réaction qui fait tilt dans un environnement encombré de louanges en direction du chef de l’Etat après l’adoption par l’Assemblée nationale, réuni en session extraordinaire le 6 juillet dernier, de la loi relative au vote des Camerounais établis ou résidant à l’étranger. Le Code, organisation de la diaspora camerounaise, qui ne loupe aucune occasion pour «perturber» Paul Biya lors de ses déplacements en Europe, vient, dans un communiqué signé de son secrétaire exécutif, Moïse Essoh et des responsables des organisations membres du Code, de réagir au projet de loi déposé par le pouvoir exécutif et adopté par les députés.
Pour les signataires de la correspondance «Le Code devrait à priori se réjouir d’une telle annonce, étant donné que ce droit de vote est l’une des revendications phares qu’il porte depuis sa création à Bruxelles en décembre 2003. Cette revendication fut d’ailleurs l’une des principales recommandations adoptées par toutes les organisations et personnalités participantes du «Forum international de la diaspora camerounaise» tenu à Paris les 14 et 15 mai 2005, et fut indissociablement liée à l’octroi de la double nationalité».
Le Code relève cependant que ce projet de loi est présenté deux décennies après le retour du multipartisme au Cameroun, trois ans après une promesse du président du Rdpc et à quelques semaines seulement d’une échéance électorale importante. Il survient en outre dans un contexte national et international marqué par : «le débat sur l’illégalité de la candidature de Paul Biya à la prochaine présidentielle, l’exigence, par certains partenaires du Cameroun, d’une élection présidentielle transparente, et surtout la revendication forte, par les forces politiques et sociales, d’une vraie commission électorale, en lieu et place d’Elecam dont la fiabilité en tant qu’organisme neutre de contrôle du processus électoral est vivement contestée».
Par ailleurs, indique le Code, le droit de vote accordé à la diaspora ne pourra de surcroît pas avoir une traduction matérielle d’ici à octobre 2011, compte tenu des délais. Cette loi ne concernant que les élections présidentielles et un éventuel referendum, elle ne pourra donc pas être applicable avant un délai prévisible de 7 ans. «Ce projet apparaît donc clairement comme une diversion de la part du régime sclérosé Rdpc au pouvoir au Cameroun. A moins qu’il ne s’agisse d’un argumentaire en construction pour justifier, le cas échéant, un report du scrutin dont la date est comme toujours confisquée par M. Biya», tranche le Code. L’organisation dénonce et condamne «ces man?uvres de distraction massive visant à tromper la nécessaire vigilance du peuple camerounais en ces temps préélectoraux».
Pour le Code, le problème politique majeur au Cameroun est celui des institutions électorales partisanes et corrompues qui détournent systématiquement le vote des citoyens au profit de Paul Biya, du Rdpc et leurs affidés. «L’urgence démocratique dans notre pays est donc de mettre sur pied un organisme neutre de contrôle des processus électoraux. En effet, le droit de vote des Camerounais de la diaspora, n’a de sens que si ce vote, comme celui des Camerounais de l’intérieur, est valablement comptabilisé et son résultat respecté. Ce qui n’est pas garantit avec Elecam». Il soutient du reste que la loi sur le droit de vote de la diaspora, «discuté à la va-vite et non couplé à la double nationalité, galvaude totalement la revendication du Code».
Adoptée dernier à l’Assemblée nationale, la loi sur le vote de la diaspora vise, d’après le gouvernement, à «consolider la démocratie en favorisant la pleine expression de la souveraineté nationale à travers la participation des Camerounais de l’étranger à l’élection du président de la République et au referendum». Les opérations électorales seront conduites de bout en bout par Elecam.
Mais, d’autres voix s’étaient déjà élevées, pour critiquer ce droit de vote qui n’aurait pas de sens sans la double nationalité. Un Camerounais résidant au Canada a ainsi indiqué à Mutations que «90% de compatriotes vivant à l’étranger ont la double nationalité. Ce qui les exclue d’office de l’exercice du vote concédé». Selon des chiffres non officiels, la diaspora camerounaise est évaluée à 4 millions de personnes.
Georges Alain Boyomo