Faddah Kawtal, Bantou Pô-Si, Macase et Sutlan Oshimihn ont fait la première partie du spectacle de haute facture de samedi dernier.
Eric Roland Kongou
C'est à 0h15'que la salle s'est littéralement embrasée. Abdou Guité Seck, monté sur les planches du cinéma le Wouri 25 minutes plutôt, décide de rendre hommage au président de l'association des sénégalais de Douala. L'instant d'après, Masamba Am Ar, drapé dans un boubou est déjà debout en face de l'artiste. Mettant un point d'honneur à rendre la monnaie (au propre) à Abdou Guité qui l'honore ainsi dans une chanson repris en chœur par la salle pleine à craquer. Masamba Am Ar, tel un pacha saoudien, gratifie l'artiste des billets de banque pendant environ cinq minutes avant de se rasseoir. Le coup d'envoi du " farotage " est ainsi donné à toute la communauté sénégalaise présente au Cinéma le Wouri ce samedi 5 avril 2008, qui coïncidait avec la fête nationale du pays d'Abdoulaye Wade.
Aux premières loges, une vingtaine des sénégalaises, bien distinctes par leurs toilettes soyeuses, vont accompagner par des danses Abdou Guité Seck, drapé dans une gandoura marron et des babouches blanches. Alors que l'hystérie générale embrasait littéralement le public acquis à la cause de l'artiste, ce dernier s'arrête, un instant, le temps de rendre hommage au Consul du Sénégal à Douala. Mme Mariam ainsi interpellée ira devant Abdou Guité pour le rituel des gratifications des billets de banques à l'artiste. Suffisant pour que ses compatriotes l'accompagnent dans ce geste qui a le don de décupler la vivacité de l'artiste, tenant difficilement sur place : devant cette communion générale des sénégalais de Douala et sa star, la communauté camerounaise restera bouche bée devant cette culture de " motivation " de l'artiste par des billets de banque. " Abdou Guité qui sort d'une famille de griot sait exactement ce qu'il faut faire pour encourager le public à lui donner des billets de banques. Au Sénégal, c'est toujours le même rituel de voir les femmes s'agglutiner au pied du podium pour danser avec l'artiste mais surtout pour lui donner de l'argent ", explique Roland Onana, informaticien camerounais mais très au parfum des coutumes du Sénégal pour avoir effectué des missions dans ce pays.
En première partie, quelques artistes locaux ont chauffé à blanc le public avant l'entrée de la guest star. C'est Inesbo du groupe Faddah Kawtal qui met le feu aux poudres en revisitant son répertoire et surtout le titre " Maïramdjo " qui aura le don de soulever le pagne des sénégalaises, complètement déchaînées. Les groupes Bantou Pô Si, Macase et Sultan Oshimin viendront juste entretenir la flamme jusqu'à l'arrivée d'Abdou Guité sur le podium dont un de ses gestes, anodin, a suscité le courroux d'une bonne partie du public. Une jeune fille sénégalaise de cinq ans qui exécutait des pas de danses à côté de l'artiste reçoit des liasses des billets de banque et les reverse aussitôt à Abdou Guité Seck qui n'a pas l'honnêteté de les remettre à la petite fille, ne serait-ce qu'une partie de ce pactole. Malgré ce petit incident, Mohamadou Guisse, le patron de Fatou Couture, est visiblement comblé : " c'est toujours avec nostalgie que toute la communauté sénégalaise du Cameroun vient communier avec un artiste venant du pays. A mon avis, la musique d'Abdou Guité est mieux que celle de Youssou N'dour ".