Musique : Ndango veut lier la tradition et la modernité

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Commerçant à Douala, il sort un opus après 17 ans d’apprentissage musical.



“ “ Prévoir la vieillesse ” est un cri d’alarme pour dénoncer l’abandon dont victimes les personnes âgées au sein de la société. Une invitation à une jeunesse responsable, qui prenne en main son destin dès aujourd’hui, si elle ne veut pas se retrouver dans le même dénuement que nos parents et grands parents ”.C’est le titre phare qui porte l’album. Nkong Bernard Ndang, l’auteur compositeur, en parle avec tellement de passion. Une œuvre de huit morceaux, dans les bacs depuis novembre dernier, des variétés musicales camerounaises essentiellement avec une innovation majeure dans le quatrième titre “ Julius ”. L’artiste rend hommage à un proche en langue anglaise sur fond de rhumba slow. Les autres sonorités sont inévitablement, le slow, le makossa, le folklore traditionnel de l’Ouest du Cameroun : “ Je conçois ma musique comme un lien, une transition entre nos rythmes traditionnels authentiques et les sons modernes ”, explique Nkong Bernard Ndang, alias Ndango. Le cinquième morceau “ Parents prayer ” en est une illustration parfaite. Les instruments acoustiques, guitares rythmiques, basses et la batterie, soutiennent des instruments plus rustiques. L’ensemble forme un tout cohérent, très agréable à écouter. D’autant plus que tout au long de cet opus, l’artiste fait un effort particulier au niveau vocal, sachant souvent accorder la mélancolie du chant à celle de la mélodie. Comme dans “ Dodo ”. Alors que “ Compilation ”, la reprise des célébrissimes titre de Daouda met en lumière une autre dimension vocale de Ndango : “ J’ai eu la chance d’avoir bénéficié des enseignements de plusieurs musiciens et chanteurs, en guise de formation. C’est sans doute ce qui m’a permis de parfaire mes connaissances dans ce domaine ”, justifie-t-il.

“ Observateur du quotidien ”
Aujourd’hui, Ndango, tel un sociologue, écoute, regarde, conseille, dénonce : “ Il interpelle le comportement regrettable de ceux qui ont laissé filé entre leurs doigts une jeunesse qu’ils auraient pu mettre à profit pour le développement du pays ” ou “ le vagabondage sexuel qui se moque de la pandémie du siècle, alors qu’il suffirait de s’abstenir, rester fidèle ou de se préserver pour en être épargné ”, quand il chante les Evangiles, rappelant à qui veut l’entendre que : “ La parole de dieu est comme un feu qui brûle pour toujours. Il faut donc la prendre à la lettre ”. De même, lorsqu’il constate que: “ Il y a des gens que la nature n’a pas aidé. C’est la société entière qui doit leur témoigner d’une solidarité sans faille. ” Enfin, il interpelle cette même société en conseillant le triptyque “ abstinence, fidélité, port du préservatif ” pour barrer la route au Vih/Sida. Cet Artiste, Ndango, est décidément plus qu’un chanteur ou un musicien. C’est un historien et un sociologue du quotidien, observateur averti des comportements sociaux qu’il indexe pour mieux en corriger les dérives. On oublierait presque cet artiste est à l’origine commerçant de profession. Dans sa petite boutique, rue des Ecoles à Akwa, il n’est pas rare de le surprendre en train de fredonner une chanson : “ On peut faire énormément de choses dans la vie. A condition d’être bien organisé, de savoir gérer son emploi du temps. C’est ce qui me permet par ailleurs de mener à bien mes activités associatives ”, souligne Ndango qui ne comprend pas que l’Etat ne soutienne pas vraiment les jeunes et que ceux-ci ne s’approchent pas plus des anciens pour bénéficier de leur encadrement. Comme une bouteille jetée dans la mer, il espère que son message, d’une limpidité incontestable, parviendra à bon port.
 

Par Jean-Célestin EDJANGUE
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