Sam Fan Thomas : Le Makassi sur un podium

Comments · 2202 Views

Le créateur de ce rythme hybride a vu sa carrière récompensée il y a deux mois au Burkina Faso.

Le créateur de ce rythme hybride a vu sa carrière récompensée il y a deux mois au Burkina Faso.
Le 25 dernier, Sam Fan Thomas a reçu au Burkina Faso le Kundé d’honneur à l’occasion des oscars de la musique burkinabée. Une distinction qui récompensait l’ensemble de sa carrière et qui survenait après le Tamani d’hon, une autre distinction musicale, qui lui a été remis en 2006 au Mali. "Après un sondage, les organisateurs des Kundé, se sont dit que cette fois, c’est moi qui devais recevoir ce trophée qui récompense mes 20 ans de carrière. Il s’agit d’une statue et d’un Kundé (cithare)". La récompense lui a été remise par Chantal Compaoré, l’épouse du chef de l’Etat burkinabé. Et c’est avec impatience qu’il attend de présenter ce trophée au ministre de la Culture, Ama Tutu Muna.

Alors qu’il avait déjà sorti quelques vinyles dont "Rikiatou" en 1978, c’est en 1984 que Sam Fan Thomas (Samuel Ndonfeng) est révélé au public avec son "African Typic Collection" qui a d’ailleurs été disque d’or cette année-là. " Cette année, j’ai fait un disque à Cotonou. Il comprenait "Funky New Bell", "Fonctionnaire" et le fameux "African Typic Collection" malheureusement, ce dernier titre n’a pas été accepté là-bas. Ils ne comprenaient pas mon rythme qui était un mélange de plusieurs musiques africaines et d’ailleurs. Je suis revenu au Cameroun et j’ai rencontré Ekambi Brillant et Eko Roosevelt qui n’étaient pas chauds d’interpréter une chanson avec un style aussi nouveau.", raconte-t-il.

C’est alors qu’avec Isidore Tamo, il va à Paris où est enregistré le titre. La moutarde prend et le disque est désigné disque d’or en France cette année-là. A 56 ans, ce guitariste qui a fait ses classes dans plusieurs cabarets de Douala a roulé sa bosse dans le domaine. Depuis 1990, il a crée les studios makassi à Douala où éclosent les jeunes talents camerounais. Ici, il arrange et mixe des albums mais reste tout de même sceptique quant aux véritables qualités professionnelles de cette jeune vague.

C’est désabusé qu’il confie "Le fait de sortir un disque et de passer à la télé leur prend la tête à la tête. Même s’ils chantent faux, ils ne le savent pas ou s’en foutent carrément. L’essentiel c’est de passer à la radio et à la télévision. C’est dommage parce que nous, nous devrions travailler dur pour être reconnus. Il fallait frapper fort et il n’y avait pas la télé pour nous aider comme c’est le cas aujourd’hui. Ce n’était que sur les vinyles et les affiches que l’ont reconnaissait les vrais artistes." Pour que les choses rentrent dans l’ordre, il n’a qu’une seule solution à proposer: "Il faut qu’on signe avec les radios pour qu’il y ait des émissions phares pour présenter les vrais artistes et d’autres pour présenter ceux qui veulent se débrouiller parce que, on ne peut pas chanter faux sur 8 mesures et penser qu’ont est un musicien la voix à elle seule est un instrument de travail important".

Incapable de rester muet face à ce qui se passe parmi les musiciens, Sam Fan Thomas (lire, Samuel fanatique de Thomas Sankara) pense que chacun devrait faire une introspection et se demander s’il est capable de prendre en mains le destin de musiciens camerounais. "Depuis vingt ans, ça ne marche pas bien je pense que la musique doit être gérée par les vrais musiciens.", estime-t-il.

© Mutations : Dorine Ekwè
Paru le 19-06-2008 02:54:14

 

Comments