Livre scolaire : vente libre

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Le Cameroun est sûrement l'un des rares pays au monde où la vente du livre n'est pas une activité réservée aux seuls libraires.
Par Marcelin VOUNDA ETOA*





En période de rentrée scolaire, on voit en effet fleurir et de façon spontanée, çà et là, des points de vente de livres. Or la commercialisation du livre autant que celle de tout autre produit requiert la production d'un dossier dont quelques uns des éléments constitutifs sont : une patente, un registre de commerce, un numéro de contribuable et une fiche technique. La réglementation dont le ministre du Commerce doit s'assurer du respect scrupuleux a pour corollaire un éventail de pénalités. S'y exposent les libraires qui haussent les prix autant que ceux qui les baissent. Les marchands qui vendraient en-deçà du prix public peuvent être suspectés de fraude fiscale ou de trafic illicite des livres ; dans le second cas de figure ci-dessus, il peut s'agir de livres contrefaits, de livres distraits au moment de leur production dans les imprimeries ou dans les magasins et points de stockages des éditeurs.

Lorsque les livres sont originaux aucun libraire ne les vendra en deçà du prix public officiel, sauf à rogner sur sa propre marge bénéficière qui est généralement de l'ordre de 20% du prix public homologué. Du point de vue réglementaire, les choses semblent donc en bon ordre dans le domaine de la commercialisation du livre scolaire au Cameroun. Mais chez nous, le métier de libraire est saisonnier parce que seul le livre prescrit, le livre scolaire, se vend vraiment. Ces ventes, concentrées sur trois mois de l'année, ont l'effet d'une curée sur des hordes de personnes sans foi ni loi qui tirent l'objet de la curée que sont les parents d'élèves dans l'ombre de l'informel pour mieux les plumer, à l'abri de toute réglementation.

Deux pôles sont le point terminal de la commercialisation informelle et illicite des livres. Il s'agit d'abord des bourses du livre et ensuite des libraires du poteau. Conçues à l'origine pour être des lieux d'échange et de compensation à très faible prix des livres dont les enfants ont besoin en passant d'une classe à l'autre, les bourses du livre sont très vite devenues, pour la plupart d'entre elles, des lieux de recel et de commercialisation des livres contrefaits. Livres neufs et de seconde main, originaux et contrefaits y sont mêlés au grand malheur du parent naïf. Les librairies du poteau sont le second lieu de commercialisation illicite des livres scolaires. Il faut être allé un jour à la librairie St Paul à Yaoundé en période de rentrée scolaire, et même au-delà, pour se faire une idée des assauts dont sont victimes les parents de la part des libraires du poteau. Réputée pratiquer des prix honnêtes, la librairie St Paul est, en période de rentrée scolaire, le point de convergence de tous les parents qui ne veulent pas se faire gruger. Malheureusement, l'entrée de cette vénérable librairie est obstruée de l'ouverture à la fermeture par une horde de vendeurs de livres qui agissent tous dans l'informel.

Pour s'en prémunir, la librairie St Paul qui est pourtant un espace commercial a dû se claquemurer, au mépris des règles élémentaires de marketing. Le client naïf qui en ressort sans le livre qu'il recherche, s'il n'a pas été détourné avant d'en avoir franchi la clôture d'enceinte, se fait entrainer dans des dédales du marché où on lui fait miroiter la possibilité d'acheter des livres de même qualité que ceux vendus à St Paul à moindre coût. On lui proposera aussi au besoin des livres de seconde main, parfois vendus plus chers que les neufs, s'il a le malheur d'en ignorer le prix de vente public officiel.
Succombant à la tentation de s'inviter à la curée, de nombreux libraires ayant pignon sur rue entrent de plus en plus dans le jeu de la contrefaçon, généralement, en annexant une bourse du livre à leur librairie.
La jurisprudence en matière de sanctions contre les libraires véreux n'a enregistré jusqu'à ce jour aucune condamnation des acteurs maffieux de la commercialisation. L'anomie va donc progressivement s'établir comme étant la règle dans le secteur, jusqu'à ce qu'il n'existe plus un seul vrai libraire au Cameroun.
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