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Hubert Haddad : Le tragique essaye d'ouvrir à la réalité des perspectives de vie

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Le lauréat du prix des Cinq continents 2008 de la Francophonie parle de la magie de "Palestine".
Propos recueillis par Marion Obam, à Québec





Vous avez reçu lundi 13 octobre 2008 à Québec des mains du Secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, en présence de Jean-Marie Gustave Le Clézio, le prix Nobel de la littérature 2008, le Prix des Cinq continents 2008. Que signifie ce moment pour vous ?
Beaucoup d'émotions. C'est un moment de rencontre. Victor Hugo disait que la vie n'est que rencontres. Pour moi c'est une occasion supplémentaire de rencontre sachant que quand un écrivain est dans son livre, dans son travail est tellement, il est isolé qu'il en devient un peu prisonnier. Mais là tout d'un coup, il faut sortir et abandonner tout son enfermement et puis croire et rencontrer. Pour moi c'est ça le plus important à travers évidemment un travail sur lequel on s'interrogeait, sur lequel on doute toujours. Il y'avait quand 77 livres en lice et rien n'est jamais acquis. La magie de Palestine c'est la rencontre.

Qu'est ce qui a été le déclic pour Palestine que le jury composé de huit auteurs à succès a qualifié de " fable politique en français, qui parle l'arabe et l'hébreu, où l'écriture lyrique se mêle au sens aigu du réel " ?
Il y'a 20 ans j'ai écris un roman qui s'appelle Oholiba des songes dans lequel je parle de la Jérusalem déchu, de l'abandon, de l'exil. Le livre présentait un photographe de guerre qui allait à travers le monde à la recherche du lieu où tout disparaît, parce qu'il a connu la Choa sa famille a disparu. Il n'a jamais voulu aller à Palestine. A un moment de sa vie, après de nombreuses ruptures, il va mourir là-bas. Il rencontre une jeune palestinienne qui lui parle de sa solitude morale et physique dans ce pays et cette jeune femme, je l'ai écris il y'a 20 ans sans que je ne m'en souvienne est devenue l'héroïne de Palestine. Elle pleure en évoquant la Palestine. Falestine c'est l'héroïne de Palestine. C'est une Antigone, elle est entière elle ne comprend pas le sort qui lui est réservé. S'il y'a une vrai motivation, c'est mon frère Michaël qui est évoqué dans le livre. C'est un artiste peintre qui a vécu là-bas et qui s'est suicidé. La fin de sa vie c'était dans la cabane dans Jérusalem Ouest parmi les Oliviers qu'il y'a à la fin du livre. Il s'était mis à peindre dans cet endroit dans la solitude totale entouré de vergers et il est mort de désespérance à cause de la situation vécue par les palestiniens et je voulais lui rendre hommage en écrivant ce livre.

Comment justifiez-vous l'usage de l'arabe et l'hébreu sans jamais donner d'explication en français ?
C'est la musique. Je crois qu'on comprend. C'est un langage assez universel. Pour ceux qui ne connaissent ni l'arabe, ni l'hébreu c'est changeant et enrichissant de voir comment une autre langue peut se mettre en musique sans fausses notes avec le français. L'émotion n'en est que plus forte. C'est comme si je disais je t'aime. Il y'a des mots qui n'ont pas toujours besoin d'explication. Mais c'est la part de moi et de ce qui se passe à Palestine.

Votre technique d'écriture est assez singulière avec des ruptures dans le récit que vous recoller plus loin, pour quelle fin ?
J'ai un peu une écriture cinématographique. Je travaille comme un cinéaste. Qui a des retours, des rappels, des ruptures. Tout ça pour essayer dans un récit très court d'essayer de donner toutes les dimensions du roman, de mon sujet. Si j'avais été davantage linéaire, narratif, il m'aurait fallait beaucoup plus de pages et je ne sais pas si l'effet aurait été le même. J'ai voulu que ce soit plus dynamique comme dans une tragédie.

La fin du roman est suspense, on ne sait pas si le héros, Cham devenu Nessim, meurt…
Je laisse ça aux lecteurs. On aurait tendance à penser qu'il va se sacrifier. Si on meurt dans le roman c'est pour qu'on vive dans la vie réelle. Le tragique dans le roman c'est pour essayer d'ouvrir à la réalité des perspectives de vie.
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