Jean Marie Ahanda : Le trompettiste garde la tête bien fraîche

Comments · 3573 Views



Le fondateur des « Têtes brûlées » ne résiste pas à revenir sur la période lumineuse de sa vie.

 



C’est toujours avec bonheur que Jean Marie Ahanda parle de musique. Le sourire ne l’a pas quitté lorsqu’il s’entretenait avec les journalistes culturels samedi 30 juillet dernier. Mais même s’il leur ressassait les périodes musicales du Cameroun, il n’a pas résisté à leur parler de «Têtes brûlées», ce mythique groupe qu’il fonda dans les années 1980. Comment pouvait-il en être autrement ? Jean Marie Ahanda a les «Têtes brûlées» dans la peau. Et il a eu plaisir à raconter aux membres de la Cameroon art critics (Camac) l’aventure de ces enfants terribles du bikutsi.
Mais très peu l’ignorent en réalité, cette fantastique aventure qui s’acheva très tôt, bien avant la fin de la partition. Bien avant que le concept ait été compris. Mais depuis le décès de Zanzibar, le très talentueux et charismatique guitariste du groupe, les têtes brûlées n’ont vraiment pas dit leur dernière note. Ils eurent beaucoup d’autres disques (Ma musique à moi en 1990, Bikutsi rock en 1992, Be happy en 1995, Bikutsi Fever en 2000 et Repentance en 2009), mais ne vécurent pas toujours heureux.

Choix
Les scissions et les altercations ont ponctué leur traversée du désert. Traversée dans l’oubli. Car le groupe adulé hier par le public, était maintenant vomi, parce qu’accusé d’avoir assassiné l’idole partie. Mais Zanzibar à lui tout seul ne fait pas les «Têtes brûlées». «Personne à lui tout seul ne fait les Têtes brûlées», rappelle à chaque fois, Jean Marie Ahanda. C’est que le célèbre trompettiste a matière à le répéter. En effet les mélomanes ont découvert des groupes de «Têtes brûlées» quelques peu personnalisées. On a eu tour à tour «X et les Têtes brûlées».
Puis Y et les Têtes brûlées. Puis «Z et les Têtes Brûlées». Des lettres quelconques pour ne pas citer Atebass, Tino ou Mengala Joss, tous ex membre du groupe originel. Et Jean Marie Ahanda dans tout ça ? Il laisse faire. A-t-il le choix ? On a toujours le choix, dira-t-on. Alors Jma tente de sauver les meubles.
Dans l’ombre. Sous les feux de la rampe. Mais il essaie. Le retour à la lumière n’est peut-être pas pour demain. Et en attendant, Jma s’active à autre chose. A la peinture, sa seconde passion après la musique, après les notes sonnantes et trébuchantes du bikutsi. Et il y a aussi l’école.
Jean Marie Ahanda transmet sa longue expérience aux jeunes étudiants de l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic). Là-bas c’est une autre scène. Autre que celle qu’il a fréquentée. Là-bas aussi fini le look du visage et des vêtements peinturlurés. Mais au fond, Jean Marie reste habité par le «Têtes brûlées» spirit. Car au moins, l’esprit n’a pas besoin des feux des projecteurs pour exister.

Monique Ngo Mayag

Comments