Livre : L’alimentation chez les africains

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Dans un recueil, Joseph Ndinda analyse les ouvrages qui ont trait à ce thème.

 



"Comment cuisiner son mari à l’africaine" de Calixthe Beyala est le premier ouvrage sur lequel Joseph Ndinda, auteur de «Ecriture, jeu et enjeux, mythes et représentations de l’alimentaire dans les littératures africaines» s’arrête pour mener son analyse. Celle de la place que l’alimentation occupe dans les textes de littérature africaine. Dans son ouvrage, la franco- camerounaise explique à travers des histoires vraies, comment une femme réussit à se faire aimer à partir des mets qu’elle concocte à son homme. La jeune Andela réussit enfin à se faire accepter par Biloa en lui préparant un «ndolé à la viande et aux crevettes». Quand elle rencontre Bolobolo, Aïssatou décide d’en finir avec la logique de séduction occidentale où il faut être toute maigre pour se faire interpeller. Elle conquiert en premier le «ventre» de ce dernier. Le corps et le coeur suivront logiquement. L’auteur démontre ici que «la nourriture est une arme pour vaincre toute résistance amoureuse».

Sept autres ouvrages sont passés sous la critique de Joseph Ndinda, pour une meilleure compréhension de la problématique posée. Une compréhension selon son prisme. Notamment celle qu’il fait de «Partager ou mourir : analyse de l’os de Mor Lam» de Birago Diop. L’analyse faite dans ce livre montre comment l’insuffisance alimentaire a amené un homme qui possédait un os de viande à préférer la mort plutôt que le partage.
Parce que Mor Lam ne voulait pas partager son os avec son ami Moussa venu lui rendre visite il simule la mort qui le conduira malheureusement sous terre. Sur le chemin du lieu où on va l’inhumer, Mor Lam ne cesse de demander à son épouse si son os qui est à la cuisson est bien ramolli, celle-ci très soumise répondra par l’affirmative. Mais au-delà de l’aspect un peu anecdotique de cette histoire, l’auteur veut entre autre dénoncer : L’égoïsme, la cupidité, l’extrême soumission de la femme, la trahison… car finalement on n’en tire pas grand-chose.

A titre d’illustration, Mor Lam se fait enterrer laissant ses biens : son os, son épouse revenus tous à son ami Moussa. L’alimentation occuperait une très grande place dans les cultures africaines. Le peuple Yan Kama l’a compris. C’est la raison pour laquelle il lui accorde une grande importance. Notamment dans «Nourriture et subversion dans la littérature populaire haoussa : le cas des Yan Kama ou les comédiens burlesques».
L’analyste laisse entendre que dans cette culture, le bonheur passe «par la nourriture, le plaisir de la bonne gastronomie». Le cinquième ouvrage auquel il s’est intéressé est le cannibalisme rituel dans «l’intérieur de la nuit» de l’écrivaine camerounaise Leonora Miano entre désir de pouvoir et échec d’une idéologie macabre. Dans son texte, l’auteur analyse la structuration des repas. Dans cette ?uvre romanesque Léonara présente une scène de cannibalisme qui oblige les habitants d’Eku à "manger" un de ses enfants pour sceller une sorte d’alliance. Parce que dans cette ?uvre on accuse les villageois d’ignorer tout de leur histoire, il leur est imposé de consommer un enfant de la tribu. Pour le dernier chapitre de ce recueil, l’auteur, à travers des contes et chroniques de Sévérin Cécil Abega et Guillaume Oyono Mbia évoque le vocabulaire sexuel et culinaire.
Ce recueil de Joseph Ndinda qui dénombre 165 pages a été édité aux éditions Clé. Son auteur, maître de conférences à l’Université de Ngaoundéré compte plus de trois ouvrages scientifiques et une vingtaine d’articles.

Aïcha Nsangou (Stagiaire)

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