Jocelyne Saucier, Prix des cinq continents de la Francophonie 2011. Une mention spéciale à Patrice Nganang

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Pour cette nouvelle édition du Prix des cinq continents de la Francophonie 2011 c'est l'auteure Jocelyne Saucier (Canada-Québec) qui a été récompensée pour son roman Il pleuvait des oiseaux publié aux éditions XYZ.


Ce 30 septembre, le jury s'est retrouvé pour délibérer, à l'occasion de la 10e édition, et a également remis une mention spéciale à Patrice Nganang (Cameroun) pour son roman Mont-Plaisant (Éd. Philippe Rey).
Abdou Diouf, président de l'Organisation internationale de la francophonie remettre le 9 décembre prochain les prix au cours d'une cérémonie organisée à Paris.

Le jury du Prix des cinq continents a distingué un superbe récit de Jocelyne Saucier, deux fois finaliste au Prix du Gouverneur général et récipiendaire du Prix à la création artistique du CALQ pour l’Abitibi-Témiscamingue (2010).

« C’est le miracle d’êtres qui se sont volontairement retirés d’un monde calciné et qui se retrouvent dans une forêt nordique, frères en humanité et libres de leur vie et de leur mort », souligne-t-il dans un communiqué.








En 1931, Sara arrive au Mont Plaisant, quartier de Yaoundé, offerte en cadeau au sultan Njoya chassé de ses terres du Bamoun par l’occupant français. Elle a neuf ans, a été arrachée à sa mère pour rendre confortable l’exil du sultan. Elle doit rejoindre les 300 femmes de Njoya, lorsque des circonstances imprévues poussent la matrone qui l’y prépare à la travestir en garçon, et c’est désormais sous le nom de Nebu que Sara va vivre au Mont Plaisant au cœur d’une cour déclinante, tandis que les nations se préparent à la Seconde Guerre mondiale.
Soixante-dix ans plus tard, Bertha, une jeune Camerounaise étudiant aux États-Unis, rentre au pays et rencontre Sara, maintenant âgée. Le dialogue entre les deux femmes raconte l’histoire du Cameroun dans l’entre-deux-guerres, en révélant d’incroyables personnages. Tout d’abord Njoya lui-même, homme d’une grande curiosité scientifique, inventeur d’un alphabet, entouré d’une colonie d’artistes, qui s’évertue à faire prospérer l’art raffiné de son peuple.
On croise aussi Joseph Ngono, professeur de langues africaines à l’université de Berlin en 1913, qui, face à la difficulté de vivre dans une Allemagne en guerre, décide de rentrer au Cameroun, où sa déception est cruelle. Joseph qui est aussi le père de Sara… Finalement est aussi narré le destin du vrai Nebu – celui que Sara a remplacé : un sculpteur qui aimait une femme inaccessible et transformait ses rêves en statues d’une beauté parfaite. Nebu, dont la fin tragique donne à sa mère le désir de le remplacer par Sara…
Alors que la narratrice Bertha reconstitue ces différentes vies, elle nous emmène au cœur des conflits en Afrique entre Français, Anglais et Allemands durant la première moitié du XXe siècle –conflits ayant eu des répercussions considérables sur les sociétés africaines.
Un roman total, ambitieux, magistralement construit et écrit, sur l’amour, le pouvoir, la petite histoire victime de la grande, le colonialisme, la beauté de la civilisation bamoun, la vitalité de ses artistes, la tragédie de son déclin. Un beau portrait de femme aussi, car la lumière de ce récit demeure le regard de cette petite fille de 9 ans que Sara, même très âgée, continue à porter sur ce monde complexe qu’elle a si bien su comprendre à sa manière…

Patrice Nganang est romancier, poète et essayiste, écrivant avec autant de facilité en français, en anglais et en allemand. Son roman Temps de chien (Le Serpent à plumes, 2001) a reçu le prix Marguerite Yourcenar et le Grand Prix de la littérature d’Afrique noire en 2003. Parmi ses autres titres : La joie de vivre (Le Serpent à plumes, 2003) et L’invention d’un beau regard (Gallimard, 2004) et Manifeste d’une nouvelle littérature africaine (Homnisphères, 2007).

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