Livre : La fiscalité des affaires en 190 pages

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R. Atanga Fongue et A. Tocke viennent de publier les «homme d’affaires» qui veulent restés avertis.

 



«Eléments de la fiscalité des affaires au Cameroun». Le titre choisi par les auteurs, notamment un expert du droit public aussi coiffé de la casquette de fiscaliste professionnel (Roland Atanga Fongue) et un inspecteur des impôts qui a quel que peu fourbi ses armes dans la presse (Adrien Tocke), peut paraître réducteur au regard de l’ampleur du champ d’étude des auteurs. D’ailleurs, en conclusion de sa préface, Thomas Kousok, ancien directeur adjoint des Impôts, confesse que «jamais un ouvrage sur la fiscalité n’a abordé, avec méthode et science, un spectre aussi large de secteurs économique spécifiques». De ce point de vue, le titre «la fiscalité des affaires dans tous ses états» aurait pu être plus approprié.

En effet, sur seulement 188 pages, les deux auteurs de «Eléments de la fiscalité des affaires au Cameroun», ont tour à tour exploré la fiscalité pétrolière amont et aval, les fiscalités minière et forestière, la fiscalité du secteur boursier, celle des assurances, des établissements de crédits et de microfinance… tout ceci après avoir revisité les grandes étapes de l’évolution de la fiscalité au Cameroun, avec les différentes réformes induites. Des présentations qui ont été précédées par le postulat selon lequel toute fiscalité doit pouvoir concilier trois enjeux majeurs : la mobilisation du maximum de recettes, la création d’une relation de confiance entre l’administration fiscale et les contribuables, et l’attractivité aux fins d’inciter les opérateurs économiques à investir.

La fiscalité camerounaise, notamment celle des affaires, répond-elle à ces trois piliers de ce que les auteurs appellent la «fiscalité intelligente» ? Oui, répondent-ils à l’unisson, qui prennent pour preuve de leur posture, l’augmentation sans cesse croissante des recettes fiscales depuis quelques années, les différents documents didactiques conçus par l’administration fiscale au profit des contribuables, ainsi que les nombreuses plates-formes d’échanges créées entre les deux parties.
Mais ces avancées, apprend-on, ne doivent en aucun cas occulter les nombreux efforts qui restent à faire, notamment, insistent les auteurs, sur l’élargissement de l’assiette fiscale au Cameroun. Pays dans lequel la «cartographie fiscale se réduit à quelques poches urbaines». En outre, les auteurs de «Eléments de la fiscalité des affaires au Cameroun», dans une manière de plaidoyer aux pouvoirs publics, invitent à l’abandon «du mimétisme fiscal» qui doit être remplacé par une fiscalité reflétant les spécificités de notre société, parce que «l’importation des mécanismes» fiscaux de «notre village planétaire (…) est porteur de refus et d’incompréhensions». Autant de pistes qui sont proposées dans un style globalement simple, facile à comprendre.

L’ouvrage se présente déjà, cependant, comme un document qui va rapidement faire référence et agréger autour de lui aussi bien les partenaires habituels des services fiscaux que les cadres et agents eux-mêmes de cette administration, qui peinent souvent à retrouver (ou qui ne se donnent pas la peine de chercher) la règlementation appropriée pour régler des cas fiscaux de plus en plus complexes parce que pas toujours prévus dans le contexte du pays dont le Cameroun s’est inspiré (la France) pour préparer ses propres textes.
Bien sûr, du fait de la spécificité de l’ouvrage qui est purement technique, nombre de formules et autres expressions seront difficilement comprises par le commun des Camerounais, y compris par certains «hommes d’affaires», étiquette «galvaudée» qui, font remarquer les auteurs eux-mêmes dès le début du livre, peut être portée au Cameroun, aussi bien par «le chercheur d’emploi en tenue respectable, le chef d’une entreprise industrielle, le petit vendeur ambulant, [que] le dirigeant d’une filiale de multinationale». Mais on prend plaisir à retrouver là le goût de la dérision et le sens de la formule de l’un des auteurs qui n’a manifestement pas oublié qu’il est d’abord… journaliste.

Brice R. Mbodiam

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