Nouveauté : Le Lawal Band fait un retour aux sources

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Des musiques du «village» savamment orchestrées par ce groupe révélé par Mactar Silla.

 



C'est une musique entièrement ''roots''. Dix titres sortis des entrailles de la richesse folklorique des peuples de la forêt équatoriale, du sahel et des grassfield. Les rythmes de «Black nature» puisent dans du ''ben skin'' au ''meuteu'' de l'Ouest Cameroun, du ''bolobo'' du Littoral ou encore du ''bikutsi'' des régions du Centre-Sud-Est. Suffisant pour que «New afro jazz» (c'est ainsi qu'ils baptisent cette musique du quatuor qui constitue le Lawal band (Mimy Yvy, Vicky Mandjawa (aux choeurs), Pascal Mefo'o (à la percussion) et le leader du groupe, Lawal Teng'si (guitare acoustique) tapent à l'œil de Macta Silla, l'ancien directeur général de Stv.

Ce dernier leur ouvre d'ailleurs ses antennes. Toute chose qui motive le Lawal Band à entrer en studio pour un premier jet qui a le mérite de ne pas faire dans la vulgarité ambiante. Les thèmes de cet album sont inspirés de la souffrance humaine. «Souffrir n'est pas mourir» qui parle de la motivation d'un homme malgré la souffrance, de cette Afrique qui suffoque debout, fière de son héritage, en dépit des menaces extérieures. Les femmes qui «tapent dans le dos» des autres sous prétexte que le «mari d'autrui est sucré» sont vertement fustigées dans le titre «Nihi ndouma». Les textes sont écrits en «guemba» (langue parlée dans le département de la Mifi, du Koung-khi, des Hauts plateaux), du «medumba» (dans le département du Ndé), en bulu (langue parlée dans le Sud), en français et en anglais.

Au delà de puiser dans le folklore traditionnel africain, l'album «Black nature» se moule dans des instruments des percussions africaines (''djembé'', calebasse, maracas, bouteilles, etc), de la guitare acoustique et surtout des effets spéciaux. Les rares instruments modernes qui interviennent dans cet album sont le cuivre, notamment le saxophone joué avec maestria par Alain Oyono, baptisé «Alain Sax» et dont le doigté dans le titre «Ngang ngu», finalement un vrai régal pour le tympan. Dans le titre «Nelam», le Lawal band chante a capella, avec des incursions sporadiques de maracas. Autre originalité dans ce titre, on tape les mains, on entend des cris de quelques animaux de la forêt équatoriale et plein d'effets spéciaux. On retrouve l'ambiance des chants funéraires des grassfield. Les femmes poussent des cris de tristesse. Le frisson est assuré.

Un vrai patchwork d'émotion. Le lawal band ne revendique pas un nombrilisme africain. Au contraire. L'album s'ouvre sur des influences extérieures notamment le rythme jazz qui constitue le tapis musical de ce premier album. Toutefois, on regrette les textes truffés de fautes dans les paroles qu'on retrouve sur la pochette de l'album. Tout comme on déplore l'omniprésence de Lawal Teng'si, le leader du groupe qui est l'alpha et l'oméga de cet album. On le retrouve comme auteur compositeur, lead vocal, doublure, guitare, arrangement, effets spéciaux, checkers et producteur. Rien que ça. Heureusement, on ressort de l'écoute de «Black nature» avec le sentiment d'avoir fait un plongeon dans les musiques villageoise de l'Afrique, savamment orchestrées sous des rythmes folk, blues, jazz et qui présagent d'un avenir prometteur de ce jeune groupe.

Eric Roland Kongou

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