Gaston Paul Effa : Un pays sans bibliothèque manque de lumière

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Le philosophe et écrivain qui est à Yaoundé depuis quelques jours souhaite y ouvrir une bibliothèque totalement gratuite.

 



On s’attendait à vous voir avec un nouveau livre sous les bras mais c’est plutôt un nouveau projet que vous tenez. Peut-on savoir de quoi il s’agit ?
C’est un projet toujours lié à l’écriture ou plus particulièrement au livre. Je suis là dans le cadre d’un projet qui vise à la création d’une bibliothèque ouverte au public de Nkoldongo à Yaoundé. L’urbanisation de la ville nous a été préjudiciable puisque la bibliothèque qui sortait de terre a été détruite car il fallait agrandir la rue. Mais maintenant, tout commence à reprendre pied. Je suis venu voir ce qu’il faut faire pour, véritablement faire décoller ce projet qui nous tient à cœur. J’ai pensé que venir voir, toucher, pourrait générer d’autres idées, vocations qui encouragent le partenariat pour construire réellement une bibliothèque qui, pour moi, est essentielle pour la transformation des êtres.

De quelle façon ?
Il faut savoir que j’ai vécu dans les livres et sous le toit des livres et je pense qu’un livre transforme celui qui le lit. Par ailleurs, un pays qui n’a pas de bibliothèques dignes de ce nom manque de quelque chose d’essentiel, d’une lumière intérieure. Je pense que le Centre culturel français ne peut pas être l’élément essentiel de Yaoundé en termes de bibliothèque. Il faut aller au-delà de Yaoundé. Je pense que le Cameroun, à travers quelques démarches citoyennes et fraternelles peut avoir, enfin, une bonne petite bibliothèque.

Vous destinez cette bibliothèque uniquement aux populations de Nkolndongo ou bien c’est juste un problème d’emplacement ?
Il se trouve que je suis un petit enfant qui est né dans ce quartier et nous y avons déjà une base : le collège Effa Gaston qui existe depuis plusieurs années. Nous avons pensé que le collège resterait en arrière et qu’on ouvrira avec quelque chose d’essentiel qui serait le point de rencontre, d’échanges. Ce sera une bibliothèque ouverte à tous et dont on espère que l’emprunt des livres serait gratuit. Pour la première fois, on ferra confiance à un Camerounais en lui disant : «tout ce qu’on te demande, c’est de laisser une trace qui indique que tu vas revenir» resituer le livre. Il ne paie pas de livres. Il emprunte, vient le remettre par la suite Il n’y aura pas d’abonnement. Tout se ferra sur l’honneur.

Ce projet est adossé à une association que vous dirigez : l’association pour les Arts du monde. Elle se veut au service de l’humanité, de la femme africaine et de la scolarité. De quoi s’agit-il exactement ?
C’est une association qui existe depuis un certain temps déjà et dont le but est d’accorder les arts. Je suis professeur de philosophie et il n’empêche que, après avoir cuisiné mes élèves, je descende dans mes cuisines et que je prenne les casseroles. J’ai pensé que les arts de la bouche, l’art culinaire était aussi l’occasion de faire découvrir le Cameroun à l’intérieur de ce petit espace français qui est la Moselle.
On s’est dit que les gens pouvaient joindre l’utile à l’agréable : manger et découvrir l’autre. Les gens viennent découvrir la cuisine africaine, ils donnent un peu d’argent et le bénéfice est de construire l’humanité africaine à travers le Cameroun. Il y a des personnes qui sont autour de nous et qui encouragent cet effort de découverte de l’autre à travers cette association qui est aujourd’hui classée, en France, d’intérêt général. Lorsque quelqu’un fait un don, il a des réductions fiscales.

Il y a également au sein de cette association un volet lié à l’éducation de la jeune fille…
Tout à fait. Nous souhaitons que le collège Effa Gaston soit totalement gratuit pour les jeunes filles. Il me semble que le développement du continent africain va nécessairement passer par la libération de la conscience féminine. La porte ouverte à cela est la scolarisation. Donc, on y croit et on va s’y employer.

Dans toutes ces démarches, avez-vous le temps de penser à votre prochain livre ?
Je ne sors pas du livre. Je suis en train de faire un roman dont le personnage éponyme est un épervier qui s’appelle Obama, toute ressemblance avec un personnage existant, fut-il président des Etats-Unis est fortuite. Pour le contenu, attendons un peu. Je suis superstitieux, je suis un homme de la tradition et je pense qu’il ne faut jamais tout dévoiler. Je réserve encore quelques surprises.

Propos recueillis par Dorine Ekwè

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