Le livre de 408 pages qui s'intéresse aux enjeux d'une sociologie authentiquement africaine, est le produit d'un collectif sous la direction de Valentin Nga Ndongo de l'université de Yaoundé I et Emmanuel Kamdem de l'université de Douala. Sous le titre: "La sociologie aujourd'hui: une perspective africaine", l'ouvrage qui s'inscrit dans un champ de recherche, au lendemain d'un colloque organisé à Yaoundé en 2005,s'ouvre par une introduction de Emmanuel Kamdem après une brève présentation de la collection que dirige M. Nga Ndongo qui par ailleurs signe l'avant-propos.
Subdivisé en trois parties pour un total de 21 chapitres, la réflexion de Mm Nga Ndongo et Kamdem regroupe autour de 21 articles de presque autant d'auteurs dont la plupart font partie du comité scientifique de la collection. Face à la pénurie qui limite l'épanouissement du champ de la recherche en Afrique, face aux exigences chaque jour croissantes de l'ordre mondial régnant: Mondialisation des économies, ouverture des marchés, innovation technologique, fracture numérique et diversité culturelle, les universitaires proposent des solutions.
Sans la prétention d'en faire une panacée, ils adossent leurs développements respectifs sur la méthode, l'épistémologie et au regard des différentes théories déjà élaborées sur cette question. Et c'est bien entendu, Valentin Nga Ndongo qui, le premier aborde la question dès le premier chapitre. Il s'interroge ainsi sur la difficulté qu'il y a à donner une définition universelle et satisfaisante de la sociologie. Une discipline semble tout embrasser. Mais dont Valentin Nga Ndongo dit qu'il ne s'agit que d'une impression. Car, en réalité la sociologie à défaut d'être le carrefour, fédère l'ensemble des sciences sociales. Par la suite, Armel Huet, Cyrille Koné, Missé Missé, Abdoulaye Niang, Camille Ekomo Engolo, Pierre Mbouombouo et Godefroy Nguima Mawoung, partent chacun d'un prisme singulier. D'où l'urgence d'un nouvel apprentissage doublée d'une autre pratique de la sociologie à la faveur de l'urbanisation généralisée de la société du 21e siècle. Il s'agit, selon Cyrille Koné, non pas de sa portée à la philosophie, mais de se libérer de la simple spéculation pour asseoir une synergie devant aboutir à une complémentarité des autres sciences sociales de manière à contribuer à l'épanouissement de l'individu.
Spéculation
Dans cet exercice, Missé Missé ouvre le débat sur la question épistémologique de la recherche en sciences humaines et sociales. S'il suggère une approche méthodologique convergente pour l'ensemble des disciplines constitutives des savoirs en sciences sociales, il souhaite davantage qu'une telle orientation donne de la voie aux changements sociaux. Passées ces étapes, les différents auteurs s'intéressent à la reliance sociale comme c'est le cas avec Abdoulaye Niang qui met en relief des réalités de son pays. Non loin de là, Camille Ekomo invoque se penche sur la sociologie du développement dont les représentations ont prise sur le mouvement social.
La deuxième partie de l'ouvrage met en rapport, du point de vue de l'analyse, la sociologie et les autres disciplines du segment des sciences sociales. C'est ici qu'interviennent Jean Nzhié Engono, Svetlana Roubailo-Koudolo, Jean Claude Mbarga, Matin Elouga, Lucien Ayissi et Mbonji Edjenguèlè. Si pour les uns, il faut dépasser lesquelles identitaires sur la préservation et le nombrilisme, l'approche genre dans la transformation de la société sur le littoral du Golfe du Benin s'invite au débat. Martin Elouga s'investit en croisant divers savoirs pour expliquer l'impact de la paléo métallurgie du fer en Afrique. Sa réflexion donne un éclairage sur le parcours, l'usage et la production du fer. Cependant Lucien Ayissi trace le lien étroit entre la structure sociale, l'anthropologie et la vérité.
De ce fait, la troisième partie qui voit lesretour de Emmanuel Kamdem, l'entrée en piste de Rose Ikelle, Laurent Charles Boyomo Assala, Jacques Philippe Tsala Tsala, Emmanuel Amougou Mballa, Moustapha Tamba Olayinka Margaret Njikam et Mebenga Tamba. Les uns présentent leur expérience en enseignement de la sociologie aux apprenants de management. Les autres comme Laurent Charles Boyomo font part des transformations technologiques de l'univers de l'information et de la communication. Jacques Philippe Tsala Tsala ne manque pas dans cet exercice de revisiter les théories psychologiques et psychanalytiques. Au bout du compte, un livre éminemment actuel à la faveur duquel les universitaires en exercice revisitent la gouvernance, le port vestimentaire, l'alimentation, la culture, la pratique démocratique des Etats, le langage, etc.
Léger Ntiga