Arrangements : La nouvelle garde imprime ses marques

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Ces cinq dernières années, une armée de jeunes arrangeurs a envahi l’univers, donnant un certain élan à la production.




Depuis quelques années, ils ont posé leurs empreintes. Dans les albums qui occupent les premières places des hit-parades de la ville de Yaoundé et du pays, on devine le passage de leurs doigts de fées. Eux, ce sont ces jeunes artistes, musiciens et/ou chanteurs à la base et qui, ayant acquis une certaine assurance se sont lancés dans les arrangements. Métier incontournable de la musique que René Ayina, le promoteur du festi-bikutsi définit comme étant déterminant dans la musique. Parmi les plus sollicités de ces jeunes loups, notamment dans le bikutsi, on retrouve le groupe composé de Bertrand Eba’a (meilleur instrumentiste en 2008 selon la Rts), dont on a souvent admiré le doigté dans les albums de Ktino, Patou Bass révélé au public camerounais grâce à l’album «sans toi» en 2005. Francesco et Tonton Ebogo que l’on ne présente, font également partie de ce groupe de jeunes arrangeurs qui ont laissé souffler un vent frais dans notre univers musical. «Nous sommes de jeunes personnes qui en veulent. Je pense que nous avons pu nous démarquer grâce à ce souffle nouveau que nous avons apporté en insérant les cuivres et les violons dans le bikutsi. C’est vrai que c’est quelque chose qui c’était déjà fait mais nous essayons d’insérer ces instruments dans nos musiques. C’était une expérience difficile à mener quand on sait que ce ne sont pas des aménagements que les auteurs acceptent facilement», confie Tonton Ebogo.

Expérience
Alors que la notoriété de ces jeunes arrangeurs ne fait plus de doutes, Roméo Dika qui s’est également lancé dans ce créneau depuis de longues années, essaie d’analyser leur évolution. «Il faut tout d’abord savoir que la différence entre l'ancienne et la nouvelle génération se pose d’abord au plan technologique. Ici, la différence est énorme, la plupart des anciens sont des autodidactes formés sur le tas, alors que dans l'actuelle génération, beaucoup sont passés par des écoles de musique. De ce fait, le travail est facilité aujourd'hui, car avant il fallait avoir tous les musiciens sous la main et c'était en jouant que l'arrangeur apportait sa touche, alors que, aujourd'hui, la miniaturisation des équipements ouvre la possibilité à l'arrangeur de faire sonner son travail, lui donner un visage personnel avant les apports extérieurs».
Bien qu’il vante le travail de cette nouvelle génération, Christian Nguini qui revendique de longues années d’expérience dans le domaine, et a travaillé avec bonheur les arrangements des albums de la reine du bikutsi 2008, Lady Ponce, regrette cependant la «mécanisation» du travail de cette jeune génération du fait de la prédominance des machines dont les boites à rythme et autres. «L’ancienne vague argue-t-il, effectuait un travail plus vivant du fait de son humanisation dès la création. La raison fondamentale de cette mécanisation, c'est la recherche d'une meilleure qualité du son ainsi que la régularité orchestrale».

Arrangements
Des arguments que Tonton Ebogo balaie d’un sourire : «il faut bien que nous travaillons selon les normes qui s’imposent à notre temps. Nous ne pouvons pas travailler de façon archaïque tout simplement parce que les autres l’ont fait, nous avançons avec notre temps et nous essayons de le faire de la plus belle des manière». Seulement, ils doivent également compter avec la présence sur la scène de vieux briscards qui ont encore une influence certaine dans le milieu. Ici, on retrouve Ange Ebogo Emérant, musicien émérite qui s’est également investit à l’ombre dans l’arrangement d’albums de certains artistes. Des arrangements qui n’ont pas fait que le bonheur des artistes concernés mais aussi celui du public. Aladji Touré, Sam Fan Thomas, Christian Nguini, Touch’ la touche, Victorien Essono sont ces arrangeurs de la première heure qui ont, au fil des ans, marqué l’univers musical camerounais.

De l’avis de Roméo Dika, alors que tout semble bien se passer pour ces jeunes, «il y a des choses à améliorer, puisque nous sommes des insatisfaits, il faut toujours aller plus loin, mais je pense qu'il faudrait tout en améliorant la recherche au niveau des équipements, il faut associer ces avancées technologiques à une humanisation pour moi cela voudrait dire, qu'au lieu de programmer aux doigts les batteries par exemple, l'on pourrait s'équiper en batterie du style Dee drum. Ici le batteur joue vraiment sur cette batterie électronique et les séquenceurs enregistrent en temps réel, pour ainsi donner plus de vie à l'orchestration. On devrait aussi améliorer les lignes mélodiques et harmoniques, ne pas rester sur ce qui a déjà été entendu, aller vers des fusions car l'avenir appartient au métissage».

Dorine Ekwè

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