Qu'est-ce qui vous a poussé à revenir sur l'histoire du peuple Beti dans ce livre illustré pour enfants que vous avez fait paraître aux éditions Tropiques ce mois de mars 2010?
Plusieurs raisons ont encadré ce choix. D'une part, la majorité des livres d'images pour enfants conçus jusqu'ici par les auteurs camerounais s'appuie uniquement sur des faits de la société, les comptines, les histoires imaginées et les Kits d'éveils, pourtant notre culture à travers ses multiples traditions, us, coutumes, histoires, mythes… regorge un immense répertoire qui à quelques fois connu des représentations théâtrales certes, mais n'a, malheureusement pas, pour la plupart, encore été immortaliser sur le plan plastique. A juste titre, l'histoire du "serpent Magique" est une épopée entièrement liée au passé historique, culturel et même cultuel des populations dites Fang-Béti-Boulou (du Cameroun et d'ailleurs) et autres groupes apparentés. Bien qu'il existe des publications essentiellement consacrées à cette étude sous le nom de "la traversée de la Sanaga" dans les domaines de l'histoire, de l'anthropologie et même de la littérature, les travaux en arts plastiques (même s'ils montreraient la vision personnel de l'artiste) sont rares, peu accessibles au grand public ou encore non publiés. D'autre part, nous avons constaté un vide sur la matérialisation des histoires pour enfants tirées de notre univers culturel. D'où la nette domination des livres de jeunesse qui nous viennent de l'occident et dont le contenu n'a rien à voir avec les réalités locales. Par ailleurs, il faut dire que dans le cadre d'un séminaire de restauration des œuvres
peintes, qui s'est tenu en 2003 dans l'atelier de l'artiste plasticien Pascal Kenfack, il m'a été donné de participer à la mise en œuvre des tableaux géants sur "la traversée de la Sanaga" que son auteur a bien voulu tout au long du processus me pétrit dans les différents moments encadrant cet évènement mythique, tout en me donnant l'opportunité de les présenter à l'équipe du Ministère de la culture qui était venu les réceptionner.
Vous destinez votre travail à un public jeune. Quelle tranche d'âge ciblez-vous?
Les individus de 7ans et plus.
Quelle est la limite que vous faites, dans votre travail entre le fantastique et la réalité?
Pour le cas d'espèce inspiré du mythe béti de l'épopée de la traversée de la Sanaga, je n'ai pas établit une franche limite entre imagination et réalité, du fait de la nature vraisemblable des propos (qui présentent de nombreux points communs, mais aussi les divergences sur certains éléments ou étapes) des personnes qui nous ont informé durant notre enquête sur le terrain, nous nous sommes proposé de faire une adaptation (tournant autour de Nga? Medzan, Nnëbodo et Kolo?Kunu.) de cette légende de la traversée. C'est pour cette raison que mes illustrations dépassent le simple cadre de la transformation scénique des récits et textes à illustrer pour donner à découvrir des données artistiques nouvelles.
C'est à dire que la prédisposition à la création est, dans certains cas, assujettie aux concepts irrationnels comme donne à voir certaines séquences du récit sur la traversée de la Sanaga, Cette conception peu être soutenue par l'environnement de l'artiste et à sa pensée subordonnée à sa détermination à être libre dans sa démarche. Au regard des données anthropologiques dans l'univers Béti, des procédés culturels (utilisant des forces "ngul" assimilées à des prières), des pouvoirs magiques (action des forces invisibles) et des pouvoirs mystiques (avec le rôle majeur du kékémbe : sceptre à pouvoir évocateur et divinatoire, formé de branchages du genre tige de balai, et qu'on utilisait aussi souvent à l'occasion des rituels religieux), furent mis à contribution avec pour point d'ancrage l'intervention de l'arc-en-ciel ou du serpent python (Nga? Medzâ).
Propos recueillis par Dorine Ekwè