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Musique : La première copie d'Aladji Touré

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Eriko, lauréat des "Master Class" initiées par le célèbre bassiste, vient de mettre un album sur le marché.
Jules Romuald Nkonlak


Lorsque Aladji Touré, musicien camerounais de renom, annonce le retour du vrai makossa, il ne pense pas au retour des anciens, encore moins à la réplique nostalgique de cette musique qui se faisait dans les années 70-80 et qui fait danser l'Afrique au rythme du Cameroun. Pour s'en convaincre, en effet, il faut écouter le tout premier produit du projet Aladji Toure Masters Class, l'école de musique lancée par le bassiste en 2006.
Eriko, Eric Kouoh de son véritable nom, l'un des lauréats de la première classe d'Aladji Touré et des autres musiciens qu'il a fait venir de France pour encadrer les jeunes camerounais, a quelque chose de prometteur.

Un bon timbre, des textes intéressants, une ouverture qui lui permet d'intégrer d'autres sensibilités dans sa musique. Car, non content d'avoir pu réunir en son tout premier album les dinosaures que sont Aladji Touré (arrangements, direction d'orchestre et basse) et Toto Guillaume (guitare rythmique), le jeune chanteur s'est également tourné vers la jeunesse et ce qu'elle a de novateur, en faisant notamment intervenir le Kalakuta Rap Band, dont les passages, dans certains des titres, loin de dénaturer l'œuvre, la perfectionnent en la rafraîchissant. Pour compléter l'équipe, Aubin Sandio à la programmation et aux claviers, Mouasso Elamé à la guitare rythmique, Djodjou à la batterie, Eric Sefu à la guitare solo, Moka et Nono aux chœurs.

L'album, intitulé "Yondo", compte dix titres, dont Eric Kouoh est l'auteur-compositeur et interprète. Produit et réalisé par les soins de la maison Tjr (Aladji Touré), cette œuvre a été ficelée entre Douala et Paris. Il s'agit essentiellement de makossa, dans la pure tradition de la côte du Cameroun, avec des influences qui ne sont pas sans rappeler les anciens, débarrassés au contraire de celles qui avaient envahi la musique camerounaise de guitares congolaises. On percevra certes, parfois, ce son si caractéristique d'Eric Sefu (guitare solo), mais sans que cela ne soit prédominant, un peu comme pour montrer qu'il y a une évolution dont on ne pourra plus se passer et que, pour parler de vrai makossa désormais, il faudra bien regarder devant, et non derrière.

Du makossa donc, que l'on retrouve dans huit des dix titres, chantés en langue duala, en français et en pidgin. Des airs mélodieux et dansants qui parlent beaucoup d'amour. De celui qu'on a (Yondo) ; de celui qu'on craint de perdre (Baby) ; de celui qui s'en est allé dans l'au-delà (Lily) ; de celui que l'on espère dégotter à travers Internet (Njombis), ou encore de celui qui est mal vu (Amour interdit). Cette dernière chanson raconte une relation entre un jeune homme et une femme beaucoup plus âgée que lui et que l'entourage a du mal à admettre.
Comme pour bien faire partie de son temps, Eriko n'a pas dérogé à une règle non écrite des nouveaux chanteurs de makossa camerounais, celle du petit clin d'œil au zouk love, "makossa love" peut-être, devenu quasi-incontournable dans leurs albums. C'est sur ce rythme de sensualité que s'écoule la chanson "Amour interdit".

"C'est quelqu'un qui chante vraiment bien, qui a quelque chose au niveau de la couleur de sa voix. C'est la voix de l'avenir. Il a tout ce qu'il faut et physiquement il est bien. C'est un artiste complet et il est bon musicien aussi, c'est-à-dire qu'indépendamment du fait qu'il chante bien, il a une très bonne approche au niveau de l'oreille et ça joue énormément." Aladji Touré, le producteur et parrain ne tarit pas d'éloges sur son poulain.
Mais Eriko, comme son pseudonyme peut d'ailleurs le laisser penser, est encore bien jeune, n'est encore qu'à sa première œuvre, et à certains signes, l'on perçoit qu'il cherche encore sa voie, qu'il peut mûrir davantage et que, s'il est encadré jusqu'au bout, il pourra bien faire partie de ce renouveau du makossa qu'Aladji Touré et les autres appellent de tous leurs vœux.

Repères
Auteur compositeur : Eriko (Eric Kouoh)
Titre de l'album : Yondo
Production : Tjr (Aladji Touré)
Nombre de titres : Dix
A écouter : Yondo, Pourras-tu, Baby, Lily
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