Lontsi Ferry, jeune Camerounais de 24 ans, comme l’indique son prénom, publie le recueil de poèmes «Sentinelles » aux éditions Ifrikiya. Il devient ainsi l’un des désormais nombreux poètes qui s’expriment aujourd’hui grâce à la collection Ronde que dirige le très créatif Jean-Claude Awono aux éditions Ifriqya.
Le recueil de Lontsi Ferry se divise en sept parties, sept clairières, pour parler comme lui. Ces clairières apparaissent comme un ensemble de préoccupations personnelles : la terre natale est célébrée à travers des figures parentales vénérées (avec simultanément le rejet subtil de l’ailleurs) ; la femme est revisitée avec des accents proches de la symbolique d’Alfred de Vigny ; l’inévitable mort permet de plonger dans la mystique traditionnelle africaine ; le thème de l’éveil introduit les grandes questions existentielles avant que celui du désenchantement ne dévoile le côté obscur de la quête poétique.
Mais la poésie, c’est aussi la liberté, et l’auteur n’hésite pas à exprimer cette soif irrépressible : « Demain donc / Brisant l’aube / De chaînes et de béton / A l’ombre des longitudes / Je romprai ma kola / Avec mes hôtes / Car je veux appartenir au monde / Sans détour / Je veux lui appartenir / Pour toujours ». « Sentinelles » s’achève sur des «Actualités » qui passent par l’antique Samson et sur l’annonce d’un printemps arabe très poétique.
L’œuvre de Lontsy Ferry ne manquera pas d’être critiquable. On peut finasser sur l’ordre ces clairières où l’on meurt avant de s’éveiller ; on peut attaquer des tournures stylistiques dues à des auteurs mille fois lus et relus ; on peut regretter l’omniprésence de l’esprit « Ronde des poètes ». Mais un poème ne se lit pas comme l’essai. Ce qu’on attend d’un poète, c’est qu’il soit authentique et qu’il livre une réelle sensibilité, c’est que le don naturel ne l’empêche pas d’être rigoureux et artiste. Dans cette perspective (ou ces perspectives), Lontsy Ferry nous livre un recueil remarquable. Un jeune « voyant » (pour citer Rimbaud) se fait sentinelle dans un royaume de béotiens ; il est cultivé, enthousiaste et s’affirmera d’avantage avec les années. Dans la nuit camerounaise, nous pouvons dormir tranquille s’il se tient à l’entrée de la grotte ; et s’il prend la parole, il métrite toute notre attention.
Lontsi Ferry,
Sentinelles,
poésie,
Yaoundé, éditions Ifriqya,
2008, 90 p.