Avec des encadreurs de renom, une trentaine de Camerounais ont appris à déchiffrer les notes et à les jouer.
Marion Obam
Une odeur de Ndolè chatouille les narines ce mercredi 24 mai 2006 à l’entrée du cabaret Jason City situé à Bonamoussadi à Douala. Il est 14h. Des bruits de voix et quelques éclats de rires accompagnés de ceux des couverts qui rentrent en contact avec le plat. A ce moment là, on est loin d’imaginer que c’est dans cette salle que se tient depuis le lundi 22 mai 2006 le Master class, un atelier de formation musicale et conseil artistique, organisé par Aladji Touré. En face de la scène, l’organisateur de cette formation est attablé,
" C’est la pause déjeuner. Nous reprenons dans une trentaine de minutes. Ventre affamé n’a point d’oreille…", ajoute t-il en riant. Une atmosphère bonne enfant règne ici. La trentaine d’élèves sélectionnés à Yaoundé et Douala ne mangent pas entre eux. Au contraire, ils profitent même de ce moment pour assaillir les encadreurs que sont Philippe Monange pour le piano, Denis Tchangou, batteur et percussionniste, Olivier Marchand pour la guitare et Aladji Touré pour la basse, de questions.
A 15h, tout le monde se remet au travail. De petites cellules se forment. Une pour chaque discipline. A l’entrée Peter Bishop fait travailler les élèves au chant. De temps en temps, les vocalises sont interrompues par de sons lourds de la basse. Produit par Aladji Touré et ses trois jeunes qui étudient cet instrument. "Serge, une note à chaque fois." Pendant deux minutes, ce bassiste émérite camerounais converse avec sa guitare. "Quelqu’un peu faire comme moi", interroge Aladji, avant d’engager un décompte pour un des élèves : One-two. " One-two-tree…
Yes. Stop, tu es tellement content de soler que tu ne veux plus arrêter." Sur le balcon arrière qui donne sur un lac, Denis Tchangou installe une cloche et teste les pédales. Avec les baguettes, il différencie les sons avec ses deux apprentis. C’est l’atelier le moins fourni. " C’est dommage, pourtant nous avons des jeunes doués et très talentueux qui pourraient s’améliorer grâce à un apprentissage de la théorie qui leur permettraient d’être compétitif sur le plan international "
C’est le même constat qui a été fait par les autres encadreurs Olivier Marchand et Philippe Monange. C’est pour cela que le premier avec de jouer une note, la décompose. " Deux broches liées donne le "Ré". C’est plus facile et logique d’écrire ainsi " conseille-t-il. Sur des feuilles distribuées à tous se trouvent des notes, qu’il leur explique et demande d’écrire avant de jouer. " Ce n’est pas évident. Le gros problème c’est qu’il joue à l’oreille. S’il pouvait lire la musique, il serait complet. Et nous leur donnons ces rudiments ", explique Olivier Marchand.
D’après un élève, qui serre très fort son cahier de chant comportant des notes de musiques classiques et celles écrites par lui : "C’est inestimable ce que nous apprenons ici. J’ai compris pourquoi, le son des artistes étrangers reste fidèle que ce soit sur Cd ou en concert, c’est parce qu’ils utilisent les mêmes notes que n’importe quel professionnel doit pourvoir lire et jouer." Aladji Touré Master Class qui s’est achevé samedi 27 mai 2006 par un concert géant mêlant encadreurs et élèves, même si ce n’était qu’une semaine, permettra dorénavant à ces jeunes camerounais de lire et jouer la musique. Ce que beaucoup d’artistes camerounais confirmés ne savent pas faire.