Ils se sont retrouvés hier devant le siège de la chaîne publique, à Mballa II. Pour revendiquer le paiement de leurs droits. Au terme de la réunion de crise entre le Dg de la Crtv et les grévistes, une avance de 60. millions de franc cfa a été payée séance tenante.
Hier matin, aux environs de 9h30, l’ambiance somme toute ordinaire qui prévaut devant le grand portail de la Crtv télé est encore loin d’augurer d’un évènement trouble. Car, piétons et véhicules circulent librement. Lorsque l’on s’approche graduellement de 10h30 mn, l’ambiance s’embrase avec l’arrivée des artistes de diverses filières, armés de pancartes des diverses sociétés de droits d’auteur. Respectivement ceux de la Sociladra, de la Cmc de la Socadrap et de la Socadap.
Dans les esprits encore confus de quelques observateurs postés aux alentours, l’on cherche toujours à comprendre les raisons d’une telle mobilisation tous azimuts. Pourtant, la curiosité des uns et des autres sera comblée lorsque les acteurs vont faire le pied de grue devant le grand portail de la Crtv. Les messages imprimés sur les pancartes “ L’artiste doit aussi vivre de ses droits ”, “ Nous exigeons le paiement de nos droits ” et autres, renseignent davantage sur un mouvement de grève. Qui prend véritablement corps avec l’arrivée d’un contingent d’artistes musiciens en provenance de Douala.
Dans le groupe, quelques grandes figures de la musique camerounaise : Lapiro de Mbanga, Francois Missé Ngoh, Njang le Zappeur, Djene Djento et Sam Mbendé, président de la Cameroon Music Corporation. A leurs côtés, Magloire Ondoua et Hubert Mono Ndjana, Pca de la Sociladra. “ Nous sommes venus rencontrer le directeur général, pour qu’il paye la redevance des artistes à un taux équitable. Le nombre d’artistes a augmenté au Cameroun. Il faut donc revoir à la hausse le paiement de ces droits. Nous sommes condamnés à nous entendre et à sortir d’ici avec un consensus ”, indique le Pca de la Sociladra. Sur le même chapitre des revendications, Daniel Nlend, artiste dramaturge, ajoute : “ Nous voulons voir de nos yeux les 900 millions de francs Cfa que la Crtv a promis de payer aux artistes camerounais en guise de redevance. Nous devons aussi vivre comme des hommes, l’artiste camerounais ne doit pas être traité comme un animal ”. Dans les coulisses, l’on parle d’une lettre adressée par le collectif des artistes au Dg de la Crtv pour la signature d’un paiement des droits sur contrat depuis juillet 2005.
Devant le grand portail de la Crtv où la tension est montée d’un cran chez les manifestants, Lapiro de Mbanga, engoncé dans sa gandoura rayée, donne le ton :“ Pour commencer, nous allons bloquer la circulation (...). Ici personne n’entre, personne ne sort ”. “ Adopted ! ”, répondent en cœur les grévistes qui s’exécutent aussitôt. Dès lors, la circulation est paralysée et aucun véhicule n’a plus accès à la Crtv. Même le cortège transportant le président mondial des Eglises baptistes du Cameroun (de passage à la Crtv pour une émission) est stoppé net. Alerté par ses collaborateurs sur la situation qui prévaut, Amadou Vamoulké va enfin descendre du 11e étage de la tour en aluminium pour discuter avec les grévistes. Face à lui, Lapiro de Mbanga, sur un ton sec, prend la parole au nom du groupe : “ Monsieur le directeur, nous sommes ici pour réclamer le paiement de 284 millions de francs Cfa, représentant la redevance des artistes (...) Nous rentrerons d’ici avec notre argent ”. Réponse du Dg de la Crtv “ Je comprends les problèmes des artistes. Mais, sachez que l’argent enregistré par la structure en terme de redevance est en baisse. Jusqu’ici, la Crtv n’a pas ménagé d’effort pour essayer de résoudre votre problème ”.
Alors que le ton des négociations se radicalise entre les deux parties, une pensionnaire du Centre Jamot s’interpose et traite le Dg de la Crtv de voleur. “ Voleur, vous mangez l’argent des artistes. Vous avez reçu plus de 600 millions de francs Cfa. Et vous ne voulez pas payer les artistes. Cet argent va sortir.” Confus et presque dépassé par les évènements, Amadou Vamoulké convie les grévistes à un tête-à-tête dans son bureau. Lapiro de Mbanga, après avoir hésité quelque temps, finit par accepter la proposition. Au bout de quelques minutes, un camion de militaires surgit. Les éléments armes au point tentent de décanter le passage, mais ils rencontrent une vive résistance chez les artistes. Quelques minutes après, les militaires reçoivent le renfort des policiers. Ce qui conduit à la casse des pancartes des artistes, interrompt les négociations entre Vamoulké et les représentants des artistes. Lesquels vont renouer le dialogue aux encablures de 13h 30, dans une ambiance tout aussi surchauffée qu’au début de la manifestation. Car, à l’extérieur, la tension est toujours vive. C’est aux environs de 16h30 que le Dg de la Crtv et les grévistes arrivent à un consensus. Avec le paiement séance tenante de 60millions de francs Cfa aux quatre corporations. En outre, le Dg de la Crtv promet de verser 90 millions de francs Cfa aux ayant droits à compter du 1er septembre.
Publié le 17-08-2006