Musique : Le Gabon fête ses artistes

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La première édition du Balafon Music Awards a eu lieu le week-end dernier.
Jules Romuald Nkonlak, à Libreville

Ce samedi 25 novembre 2006, il fait chaud à Libreville, capitale du Gabon. Il va sans doute pleuvoir, pense un habitant de la ville, qui nous apprend par ailleurs qu’à Libreville, lorsqu’il pleut, on ne fait rien. Il est midi et la prédiction de l’ami gabonais ne s’est pas encore réalisée. Au palais des conférences de Libreville, l’une des salles de l’imposant complexe baptisé " Cité de la démocratie ", construit à l’occasion du sommet de l’Oua abrité en 1977 par le Gabon, c’est plutôt une pluie de sons et de lumières.

Une équipe d’au moins une trentaine de personnes s’active autour d’une scène géante. Dans quelques heures, elle sera visible dans une cinquantaine de pays de la planète, car l’événement du jour, la première édition du Balafon Gabon Music Awards, soirée de remise de prix en même temps qu’émission de télévision en direct sera sur le satellite. Pour le moment, il s’agit d’une répétition. Pour que tout se passe de la meilleure des façons. Le technicien français qui dirige l’équipe fait des allées et venues entre la scène et la salle. Les techniciens de l’agence de communication Iris Com, partenaire de l’événement, et qui détient l’imposant matériel qui va servir à la réalisation de l’émission n’ont pas de repos non plus. Encore moins Justine Mintsa, la directrice générale de la Culture du Gabon, qui veut que la fête aux artistes gabonais soit un succès et qu’on voit s’impliquer dans l’organisation de la soirée.

Jury
La veille déjà, elle a suivi de près le travail du jury chargé d’étudier les œuvres musicales qui étaient en compétition. Pour chacune des catégories, trois artistes ont été nominés. Ils ont d’ailleurs pu se produire ce même vendredi-là au gymnase omnisports président Bongo, afin que le public puisse lui aussi s’en faire une idée. Ce soir, il pourra également voter par sms, pour choisir son artiste préféré.
A 17h, il ne pleut toujours pas. Les danseurs et autres intervenants à la soirée ont fait plusieurs essais des ballets prévus. La répétition s’est arrêtée. Il ne reste plus que l’équipe technique qui essaie de régler les derniers détails liés au son et à l’éclairage de la salle. Sur la première chaîne de la Radio Télévision gabonaise (Rtg), une émission consacrée à la jeunesse s’achève. Le présentateur de ce programmes qui s’intitule justement "Espace jeunes", répond aux préoccupations d’un téléspectateur qui veut savoir si le Balafon Gabon Music Awards sera retransmis en direct sur la chaîne. "Ce sera possible", lance le journaliste.
19h. La cité de la démocratie a pris une autre allure. Le tapis rouge a été installé à l’entrée de la salle, et grâce à deux écrans géants installés de part et d’autre du podium, on peut assister à l’arrivée des invités. Ceux-ci avancent majestueusement entre des bananiers qui ont été installés pour la décoration. Certains portent même des régimes de plantain. Un décor exotique qui se poursuit même dans la salle et qui tranche complètement avec l’architecture de l’édifice. Il fait froid à cause de la climatisation et on se surprend à s’inquiéter pour les jolies hôtesses et leurs robes démembrées et décolletées.

Stars
La salle se remplit progressivement. Il y a une partie réservée aux artistes en compétition. De jeunes gens y sont assis et les lunettes de soleil, malgré le fait que la nuit soit tombée depuis un moment y ont particulièrement la cote. De cette zone de la salle, partiront bientôt des cris de joie, à la lecture des distinctions.
Il y a un autre espace réservé aux personnes qui seront chargées de remettre les prix. Du beau monde : Amobé Mévégué de Radio France Internationale (Rfi), Edgar Yonkeu, Théophile Mbouma Bissa, directeur du Massao qui se tient à Douala et dont l’expertise a été sollicitée par le comité d’organisation du Balafon Gabon Music Awards, et d’autres.
20h25. On annonce que l’émission en direct commencera dans cinq minutes. On aperçoit encore le technicien français courir à toutes vitesses dans tous les sens, un casque vissé aux oreilles.

20h30. C’est parti. Sur les écrans géants de la salle, comme certainement sur les petits écrans dans les domiciles, apparaît, juste après un court générique, l’image d’un présentateur. Il s’appelle Phil, mais il y a un problème. Bien que l’on voie ses lèvres bouger, aucun son n’est perceptible. Des regards étonnés fendent la salle. Comme le diront plusieurs fois les présentateurs pendant la soirée, " les cœurs battent la chamade ". Mais plus de peur que de mal, le problème sera vite résolu. L’orchestre traditionnel qui a répété pendant une bonne partie de la journée s’installe sur la scène et joue sa partition. Cette fois-ci, c’est définitivement parti. Régis et Angèle, les présentateurs de la soirée annoncent les nominés dans la première catégorie, qui est celle de la musique gospel. Une dizaine d’artistes retourneront ainsi à leur place avec le petit balafon doré, le trophée mis en jeu par le ministère de la Culture, des Arts et de l’Education populaire, pour la première édition du Balafon Gabon Music Awards. Reggae, hip hop, musique traditionnelle, musique tradimoderne, variété… sont quelques unes des catégories retenues.

La remise de prix est interrompue par moments par des prestations sur scène, qui permettent de découvrir des artistes de qualité, véritables stars au Gabon, mais parfaitement inconnus à l’extérieur. Rien à voir avec les Pierre Claver Akendengue, Patience Dabany, Hilarion Nguema, Pierre Claver Ndzeng et les autres anciens, les Gabon old stars, qui vont, heureusement se rappeler au bon souvenir de leurs fans, en interprétant une chanson qui, pendant près de dix minutes, a empli la salle d’émotion. Tout le monde s’est levé pour accompagner ces grands noms de la musique gabonaise, pour accompagner cette chanson qui parlait de Gabon, de liberté, d’unité et de paix. Une chanson patriotique que le public a redemandée. Mais il fallait mettre un terme à la soirée. Pierre Claver Akendengué a reçu un prix d’excellence pour l’ensemble de son œuvre, Mouketou et Rainbow ont reçu les prix spéciaux du jury, tandis que Ndong Bula, " le phénoménal ", acclamé par toute la salle, est reparti avec le prix du public. Mais avant, la salle a exigé une prestation de cet artiste qui est diffusé en boucle sur les radios gabonaises depuis plusieurs mois. Il a lancé une phrase. Le public l’a complétée, en criant de plus belle. Et la soirée s’est achevée, avec, en fond sonore, pour le plus grand plaisir des invités, la chanson des old stars. Comme pour rappeler à la jeunesse musicale gabonaise qu’il y a du travail à faire.
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