RENAUD RODRIGUE ZEH

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“ On est victime d’une certaine marginalisation ”

Très connu sous le nom d’Ibanez, il est à la fois bassiste et l’un des “ lead vocal ” du groupe Efazik. Tout en faisant le tour d’horizon de la tournée, il s’indigne de la maigreur des évènements culturels dans le septentrion et de la marginalisation dont les trois provinces sont victimes.

Quelle est la raison d’être de cette tournée qui vous a permis de vous produire dans les grandes villes du Cameroun et qui s’est s’achevée en apothéose vendredi dernier ?

L’initiative est du Réseau culturel des Alliances franco camerounaises et des Centres culturels français du Cameroun. La tournée a été abordée de façon professionnelle. Tout s’est bien passé, car on est parti de Garoua, notre ville de résidence, pour le premier concert qui a eu lieu dans la ville de Dschang le 28 novembre. Après, nous avons joué à Bamenda, Douala, Buéa, Yaoundé. Le clou a été Garoua où nous avons retrouvé notre charmant public avec qui la communion a été parfaite. Nous avons clôturé cette grande tournée avec le groupe Bu’k’ru’ de Dschang qui nous a rendu la politesse en acceptant de ne nous accueillir chez eux au début de la tournée, et en venant célébrer la fin en fête chez nous, à Garoua. L’ampleur de la tournée est perceptible et palpable d’autant plus que c’est une tournée nationale. Lorsqu’on sait que ce sont des occasions assez rares dans le pays et plus encore dans le septentrion, on comprend que c’est une aubaine pour nos deux groupes. Le plus grand avantage est que cette tournée est organisée dans un réseau professionnel. Cela aurait pu être différent si on avait procédé autrement.

Parlons de la quotidienneté du groupe, de la perception de la culture dans toutes ses composantes dans le septentrion et plus particulièrement à Garoua
C’est difficile d’en parler. Dans le septentrion, on est pratiquement coupé de tout. On est victime d’une certaine marginalisation. Comment expliquer que malgré toutes les richesses culturelles et les trésors touristiques que regorge le septentrion, on n’a pas un événement culturel majeur, ni un festival de la taille du “ gondo ” ou du “ nguon ” ? On travaille en résidence artistique à l’alliance franco-camerounaise qui nous donne le matériel nécessaire. Il est certes vrai qu’on reste connecté au vu des influences qui viennent, de manière sporadique, nous retrouver dans le septentrion. Cela fait un an et demi que Efazik est en résidence. Nous travaillons en étroite collaboration avec d’autres musiciens de la ville, on fait des spectacles. Après la tournée on va entrer en atelier de création. Pour ce qui est du comportement des autres artistes dans la diversité des arts et de la culture du septentrion, j’avoue que nous sommes ici, en marge de l’évolution des choses. Tout paraît statique et figé. Rien ne bouge, on ne ressent pas vraiment le mouvement. Pensez-vous qu’il n’y a pas un véritable bureau de la Cmc à Garoua. Une absence qui se vérifie également pour ce qui est des trois autres sociétés de gestion collective. Et, pourtant, il y a des artistes à Garoua. Tout se passe comme si on était coupés des réalités du pays et qu’on évoluait en vase clos. On a le sentiment que les réformes commencent et s’arrêtent au grand centre sud, au grand ouest et au littoral. Celles des structures qui par exemple essayent de garder la tête dans l’eau pour assurer la représentation des sociétés de gestion collective du droit d’auteur, sont moribondes. Elles vibrent en contradiction avec la dynamique nationale.

Que dire de la programmation des spectacles et de la vivacité de la culture en général dans ces trois provinces ?
Il y a très peu de programmation des spectacles ici. On n’en a pratiquement pas, si oui, de façon épistolaire. On fait des efforts pour se connecter mais en vain. Il y a des talents qui émergent, il y a des jeunes qui travaillent beaucoup, mais ce sont des efforts qui ne sont pas valorisés. Il arrive qu’on initie un projet artistique, mais celui-ci ne permet pas l’épanouissement réel de son auteur. Or, le talent ne sert à rien s’il n’est pas exploité. En faisant le tour des villes comme Maroua et Ngaoundéré, beaucoup de jeunes font des grandes choses, mais il leur manque des soutiens. Il n’y a qu’à aller se balader au “ Ngaoundéré university music ”, au club Caliao à Maroua ou ici à l’alliance franco-camerounaise de Garoua. Il y a des gens qui ont envie d’exprimer quelque chose. Ils ne demandent, ne souhaitent qu’à obtenir une chance pour s’en sortir. Pour un meilleur épanouissement de la culture dans le grand nord, il faut que les jeunes et tous les talents en général, soient canalisés et aidés dans leur travail. Sinon on continuera à enrichir la région des hommes artistiquement doués mais qui ne seront jamais émancipés. On attend le Fenac de pied ferme, pour montrer la musique sahélienne, celle que fait le groupe Efazik : la poterie, l’artisanat, le théâtre… Tout ce qui est art en somme. Peut-être qu’après ce rendez-vous, on verra le septentrion autrement.
 

Par par Souley ONOHIOLO
Le 11-12-2006

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