PRIVATITION
L’Office national de l’eau potable du Maroc (Onep) se prépare déjà à la gestion (par affermage) de la Société nationale des eaux du Cameroun. Réunis lundi 23 juillet à Rabat, les membres du conseil d’administration de l’Onep ont présenté le plan d’action 2007 de cette entreprise. Parmi les résolutions de ce conseil d’administration, il y a surtout la mise en place d’une "société de droit privé pour la mise en affermage de l'alimentation en eau potable en milieu urbain et périurbain dans le périmètre d'activité de la Société nationale des eaux du Cameroun" (Snec) ”
Cette sortie de l’office nationale de l’eau potable du Maroc est un indicateur du choix imminent du bénéficiaire du contrat d’affermage en ce qui concerne la privatisation de la Société nationale des eaux du Cameroun. Dans le mémorandum de politiques économique et financière adressé au Fonds monétaire international le 29 mai dernier, le Premier ministre a clairement promis aux responsables du Fmi que “ le gouvernement mettra tout en œuvre afin que l’adjudicataire provisoire du contrat d’affermage de la société soit sélectionné d’ici fin juin 2007". Près d’un mois après cette échéance, le ministère de l’Economie et des finances n’a pas encore rendu public le nom du fermier.
Véolia et Onep
Pourtant selon des sources proches du dossier, c’est depuis le 3 juillet dernier que Veolia Water et l’Office national de l’eau potable (Onep) marocain devaient présenter leurs offres financières respectives. Pour que le gouvernement concède le contrat d’“ affermage ”. Depuis, aucune information n’a filtré du comité en charge de la liquidation et de la privatisation des entreprises publiques.
Les Marocains ne seront pas à leur première expérience à l’international. Selon l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique, l’Office national de l’eau potable (Onep) a déjà fait ses preuves ailleurs. En octobre 2006, il a décroché son premier contrat à l’international. En partenariat avec une entreprise publique française, la Société canal de Provence (Scp), les Marocains assurent l’assistance technique au projet d’alimentation en eau potable de Nouakchott, la capitale mauritanienne.
En attendant la position officielle du Minefi sur ce contrat de concession, Le Messager fait un état de lieux de la qualité et de la distribution de l’eau au Cameroun.
Problème d’eau
La distribution et la qualité de la meilleure boisson du monde laissent à désirer.
Comment la Snec assoiffe et arnaque les Camerounais
Les populations de Kotto village, quartier situé dans la partie Ouest de la ville de Douala, n’oublieront pas de si tôt les mois d’octobre, novembre et décembre 2006, janvier, février, mars et avril 2007. Privées d’eau potable au cours de ces mois, elles en ont souffert. Les multiples plaintes formulées auprès de la société nationale des eaux du Cameroun (Snec) sont restées lettres mortes au cours de cette période-là. “ Ces mois-là ont été très difficiles pour nous. Quand bien même l’eau arrivait dans les robinets tard dans la nuit, elle était de très mauvaise qualité et la pression très faible. Pour se ravitailler en eau potable, nous étions obligés de parcourir plusieurs kilomètres avec des bidons et autres bonbonnes. Le reste des travaux nécessitant de l’eau était effectué avec l’eau des puits ; pas toujours de bonne qualité ”, se rappelle Jules Kotto, habitant de cette zone périphérique de la capitale économique.
Bien qu’elle n’approvisionne pas ce quartier en eau potable, la Snec ne cesse de déposer des factures pour consommation chez ses clients de la zone. Des factures avec des montants à payer très élevés. “ Nous nous sommes plaints à la Snec, ils ont dit qu’ils régulariseront la situation. Mais, rien n’a été fait. Nous ne comprenions pas que les factures de la Snec continuent de nous parvenir alors que nous n’avions pas d’eau ”, dénonce Arlette Ngo’o, autre habitante du coin. A l’époque, les populations de cette partie de la ville se sont constituées en “ groupe de victimes des coupures d’eau régulières et intempestives du quartier Kotto village ”. A l’instar des démarches individuelles, celles menées par ce groupe constitué ne portent point de fruits. La Snec se contentant de promesses non réalisées. “ Nous avions alors décidé de ne plus honorer les multiples factures que nous recevions, malgré l’absence d’eau dans nos ménages ”, confie un membre de ce groupe. N’eût été le Japon qui, dans le cadre de la coopération avec le Cameroun, a financé la mise en place d’un projet d’hydraulique rurale à Kotto village en mai dernier, ces populations seraient toujours sans eau potable dans leur quartier.
Présidence et Primature défiées
Les plaintes formulées par les populations de Kotto village sont semblables à celles de nombreux d’autres usagers de la ville de Douala, et même de la quasi-totalité des villes camerounaises. La Snec excelle dans la fourniture d’une eau de mauvaise qualité. Les uns et les autres se demandent même si elle a une politique de traitement de ses tuyaux de canalisation. Car, l’eau est régulièrement colorée. “ Nous avons appris qu’une eau potable doit être inodore, incolore et sans saveur. Ce n’est pas le cas avec celle que la Snec distribue aux populations camerounaises ”, lance Alain Mbozo, usager ayant décidé de ne plus boire de l’eau de la Snec. “ Ma famille et moi ne buvons que de l’eau des forages mis à la disposition de la population par certaines entreprises brassicoles. Chez moi, l’eau de la Snec ne sert plus que pour la cuisson, le ménage et la lessive ”, confie Pierre Tatang, commerçant exerçant dans la capitale économique.
Autres griefs importants formulés contre la Snec par certains de ses usagers de la ville de Douala : l’augmentation continuelle (presque chaque mois) du prix du mètre cube d’eau ; l’insuffisance des guichets de paiement des factures. D’où les longues files d’hommes et femmes régulièrement présentes devant les guichets existants ; la paie des pénalités pour des retards de paiement des factures alors que la présidence et la primature ont déjà rendu publics des textes abrogeant ces pénalités. Pour ce dernier cas, la Snec refuse simplement de respecter des directives venues de la présidence et de la primature. Les uns et les autres pensent tout simplement qu’ils sont victimes d’une arnaque orchestrée par les dirigeants de la Snec.
Au lieu de se pencher sur les multiples problèmes susmentionnés pour y trouver des solutions, les dirigeants de la Snec se lancent plutôt dans des promesses dont la visibilité n’est pas encore perceptible, après plusieurs mois. Ils ont lancé une campagne de branchement social qui s’est limitée à l’effet d’annonce. L’extension du réseau annoncé est toujours attendue. Ainsi que la mise en place de Camwater et la privatisation annoncée de la Snec. Sollicité le 05 avril par Le Messager (voir fac similé), l’administrateur directeur général de la Snec n’a pas cru nécessaire de répondre aux questions.
Honoré FOIMOUKOM
Distribution
La capitale économique connaît de graves problèmes de pénurie du précieux liquide.
L’eau, une source bien rare à Douala
“ J’habite Village, du côté de Ndog passi 2. Depuis 7 mois, nous n’avons pas de l’eau courante. Aucune goutte ne coule des robinets. Mais chaque mois, les factures de la Snec tombent ”. Antoine Loudom, conducteur de moto taxi ne comprend pas pourquoi il doit continuer à payer une eau qu’il ne consomme plus depuis la saison sèche 2006. “ J’ai interpellé à plusieurs reprises les agents de la Snec à ce sujet. A chaque fois, ça été la même réponse : “ Nous allons voir ce problème prochainement ” ”, témoigne un autre habitant de ce quartier. A Ndogpassi 2, la pénurie d’eau est une dure réalité à vivre au quotidien : “ Je suis obligé de donner de l’argent aux jeunes du quartier pour qu’ils me ravitaillent chaque jour. Ils vont puiser de l’eau à plusieurs centaines de mètres de la concession. A la fin du mois, c’est entre 1.500 Fcfa et 3.000 Fcfa que je dépense, en plus de la facture de la Snec. C’est comme si je payais deux factures par mois ”, fulmine Antoine. Le malheur des uns faisant généralement le bonheur des autres, un autre riverain a eu l’idée, compte tenu des problèmes d’eau du secteur, de creuser un forage et de vendre le précieux liquide aux consommateurs : “ C’est 5 Fcfa les cinq litres, 25 Fcfa les vingt-cinq litres, 100 Fcfa les cent litres… ”, raconte-t-il, en toute innocence.
Quotidien chamboulé
Autres quartiers, autres situations. A Ndog-bong, Liliane Ojong, étudiante à l’Université de Douala, est traumatisée : “ On nous coupe l’eau chaque jour, à partir de 7 heures le matin jusqu’à 17 heures. L’eau revient à 20 heures jusqu’au lendemain matin. Le plus embêtant, c’est que la Snec ne donne aucune information relative à ces coupures intempestives. ” Conséquences de cette situation, c’est toute la vie domestique qui doit être réorganisée : “ On ne peut pas se laver avant d’aller à l’université, laver ses vêtements, si on n’a pas pu constituer les réserves. Le problème c’est que de ce côté de Ndog-bong, il n’y a ni puits, ni forage. On est obligé d’acheter de l’eau minérale embouteillée ou en sachet ”, indique l’étudiante. Avant de s’interroger : “ Mais jusqu’à quand pourrions-nous le faire ? ”. Comme pour Antoine, Liliane doit acheter des récipients, les remplir par précaution : “ Les gens ne s’imaginent pas combien c’est encombrant, de disposer des fûts, bassines et autres bidons dans une salle de bain. Il faut vraiment de l’espace ”, constate encore Liliane. Quant à sa grande sœur Akem qui s’acquitte des charges de la maison, elle a juste remarqué que : “ de temps en temps, nous avons des factures d’eau anormalement élevées, surtout avec les coupures incessantes ”.
Enfin, du côté de Bonabéri, la situation est loin d’être meilleure. La petite Sophie Békono, élève au Collège Alfred Saker explique comment toute la famille se mobilise pour contrer les coupures d’eau fréquentes : “ Mon oncle est chargé spécialement de veiller à ce que nous ne manquions jamais de l’eau. Le jour où il est défaillant, c’est la catastrophe. C’est toute la maisonnée qui lui tombe dessus. ”
Douala, capitale économique du Cameroun, est aussi l’une des ville qui connaît le plus de problème en matière de distribution de l’eau. Paradoxalement, les factures elles, continuent de grimper, inexorablement.
Jean-Célestin EDJANGUE
Solutions de survie
L’insuffisance chronique de l’offre en eau, pousse des Camerounais à rechercher puis à trouver des solutions de survie. Il faut par exemple descendre dans certains quartiers de la ville de Douala pour se rendre compte combien les populations doivent se battre pour avoir de l’eau. Mais dans cette lutte pour la survie, il y a ceux qui ont des moyens et ceux qui en ont un peu moins.
Du côté de la Cité des Palmiers, plusieurs habitants doivent parcourir des kilomètres à pied pour se rendre jusqu’au puits de Pk9 et étancher leur soif. A Kotto comme à Ndogpassi, c’est l’eau de forage qui fait le bonheur des populations. Tout comme à Bassa, Bonapriso et Bali, des secteurs où de nombreux promoteurs ont construit des forages pour permettre l’accès à l’eau potable, gratuitement. Mais, on peut aussi avoir de l’eau de forage mise en bouteille et vendue entre 50 et 100 Fcfa. Comme c’est le cas le long de l’Avenue dite “Paul Soppo Priso”, entre Total Bali et l’Ecole publique de Bonapriso garçons.
Pour les consommateurs disposant de moyens financiers importants, il faut débourser entre 100 et 500 Fcfa par jour pour acheter soit un verre d’eau soit une bouteille d’eau minérale. Et encore, ces prix sont pratiqués dans des grandes surfaces. Si on veut boire de l’eau minérale dans un restaurant, la bouteille coûte facilement 1.000 Fcfa. Et à voir le rythme avec lequel de nouvelles eaux embouteillées ou en sachets sont mises chaque jour sur le marché, il y a lieu de croire que l’eau, source de vie, est décidément un liquide précieux.
Entre ces deux situations, il y a des populations qui attendent comme une manne tombée du ciel, la saison des pluies. Alors, des familles entières sortent les ustensiles qu’elles remplissent du précieux liquide, gratuitement et sans vraiment avoir à parcourir le moindre kilomètre.
Jean Célestin EDJANGUE
Commentaire
Ils sont vraiment chiants à la Snec
Je suis habituellement un homme poli et discret. Mais, trop, c’est trop. Et je ne puis faire l’économie d’un mot grossier pour exprimer mon ras-le-bol devant le traitement que j’ai subi et subis encore de la part des agents de la Snec de Bassa.
Je ne leur en veux pas tant à cause des dépenses additionnelles que je fais pour acheter de l’eau minérale, parce que celle que je paie tous les mois à leurs guichets est jaune, blanche ou rouge et ne m’inspire aucune confiance. Ne nous a-t-on pas enseigné en cours d’hygiène qu’une eau potable doit être incolore, inodore et sans saveur ?
Je leur en veux, parce que je soupçonne derrière les souffrances qu’ils m’imposent, une combine pour conforter leur trésorerie qui doit avoir un ou des trous quelque part.
Tenez : depuis le mois d’août 2006, mon compteur d’eau a été relevé deux (02) fois, la première en août 2006, et la seconde le 22 juin 2007 quand ils sont revenus pour démonter mon compteur. Ne vous demandez pas comment ils peuvent facturer un client pendant une année entière sans prélever sa consommation une seule fois. Car c’est très simple.
L’agent qui vient déposer la facture de client est apparemment le même qui prélève l’index de la consommation du mois, puisque sous la date limite de paiement de la facture sortie de l’ordinateur, il mentionne de sa main la date de remise, comme étant aussi celle du prélèvement de l’index nouveau. Mais, dans la réalité, il ne prend pas la peine de consulter le compteur. Je passe outre le fait que la facture peut être déposée le samedi et même le dimanche, selon la manière dont l’agent distributeur gère son temps.
Toujours est-il que, quand il ramène la souche de la facture au service de la facturation, il y mentionne l’une ou l’autre des trois raisons préfabriquées dans l’entreprise pour justifier l’absence de l’index qu’il n’a pas prélevé. Alors, son chef peut lire : “ concession inaccessible ” ou “ client méchant ” ou encore “ compteur illisible ”.
Au mois de mars dernier, j’ai reçu en personne des mains d’un agent, une facture qui portait le 23 avril comme date limite de paiement, et sur laquelle il était mentionné que cet agent a prélevé mon index nouveau ce même jour (8 avril). Ce qui était faux évidemment. Lorsqu’en mai, j’ai reçu une facture au montant équivalent à mon salaire mensuel, je suis allé me plaindre, requête écrite à l’appui. J’ai alors constaté au cours des vérifications, que cet agent avait porté sur la souche de la facture remise le 8 avril la mention “ compteur illisible ”. Or, il était reparti après m’avoir remis la facture, sans demander où se trouvait le compteur dont il devait alors prélever l’index.
Lorsque rendu à l’agence, je pose naïvement au chef de service de la clientèle la question de savoir sur la base de quoi il établissait mes factures sachant que ma consommation n’était pas prélevée, j’ai été sidéré de m’entendre répondre que j’étais facturé ainsi tous les mois sur la base de ma “ moyenne de consommation de l’année précédente ”. Et que c’était la pratique courante à l’égard des clients dont la consommation ne pouvait être prélevée pour l’une des trois raisons citées plus haut.
Qu’est-ce à dire ? Simplement que si votre moyenne de consommation de 2006 était de 50 m3/mois, et que durant l’année 2007 les agents de la Snec, de leur propre chef ou sur instruction, décident de ne pas relever votre consommation, vous serez facturés à 50 m3 tous les mois, même si votre consommation réelle est passée en dessous de 25 m3 par mois. Et cela aussi longtemps que vous ne vous en serez pas aperçu. De temps en temps, ils oseront même une pinte de surfacturation supplémentaire, comme une cerise sur le gâteau. Dans mon cas, la “ moyenne de consommation ” de 49 m3 qui m’est facturée invariablement chaque mois, est passée à 94 m3 en février et 132 m3 en mai 2007, sur une base imaginaire. Ça marche donc avec coefficient ! ! !
L’entreprise a malheureusement le monopole – par bien des égards – de ce service public. Vous êtes donc obligés d’honorer ces factures fantaisistes, puisque vous n’avez aucun choix, au risque de voir arracher votre compteur, bien que vous l’ayiez acheté en propriété pour obtenir votre abonnement. Or, si vous laissez déposer et emporter votre compteur vous ne le retrouverez sûrement plus, parce qu’il aura été vendu à quelqu’un d’autre. Et quand vous aurez trouvé les moyens pour payer la facture, vous attendrez alors plusieurs semaines, plusieurs mois ou davantage pour que l’on daigne vous le remplacer. A moins que vous ayiez les bras assez longs, la main bien généreuse, ou la langue du “ village organisateur ” pour négocier l’arrangement.
Curieusement, lorsque vous arrivez dans ce qui est bien une agence commerciale, pour vous plaindre d’un désagrément, vous vous rendez compte que, non seulement vous n’êtes pas seul dans la souffrance, mais que la présence des clients qui viennent pourtant verser de l’argent dans les caisses n’enthousiasme pas les agents. Les gens vous regardent comme s’ils portaient toute la tristesse du monde, tandis que d’autres vous obligent à aller chercher la monnaie pour ne pas avoir à vous rembourser, ou vous font gentiment attendre que d’autres clients en apportent. Personne n’a jamais imaginé ici que, à l’instar des boulangeries, le responsable financier pouvait tous les matins aller chercher dans une banque de quoi ravitailler les caissiers en pièces de monnaies… Pour y arriver, il faudrait penser que “ le client est roi ”, et, à défaut, mérite quelque respect, parce que c’est grâce à lui que sont payés les salaires. Est-il donné ici de penser ? C’est vraiment à voir !
Je pourrais écrire un livre de tous les tracas que cause la Snec de Bassa à nombre de ses abonnés. Mais cela sert-il à quelque chose d’accabler ces agents s’ils ne se sentent pas eux-mêmes encadrés et rappelés à l’ordre, et si parfois ils manquent du nécessaire pour travailler ? Que fait par exemple l’entreprise avec tout cet argent que paient indûment les clients, pour qu’il y ait pénurie permanente de compteurs d’eau dans cette agence ? Et comment peut-on exiger 5000 Fcfa de pénalité sur une facture de 1000 Fcfa pour un jour de retard de paiement ?
J.B Sipa