Cinéma camerounais - ça revit

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Cameroon Tribune (Yaoundé)

14 Novembre 2007
Publié sur le web le 14 Novembre 2007

Alliance Nyobia


Petite info d'avant projection. Il n'est pas question de célébrer ici un quelconque retour en fanfare du cinéma camerounais sur la scène.

Ni d'entonner l'hosanna de sa résurrection, n'ayant jamais prétendu qu'il était mort. Il s'agit juste de relever que le 7e art made in Cameroon retrouve des couleurs. Moteur, caméra, action ! Le frémissement, pour emprunter le terme aux économistes, s'est bien fait sentir lors du dernier Fespaco : deux récompenses pour des cinéastes camerounais, dont l'appréciable Etalon d'argent décerné à Jean-Pierre Bekolo, auteur du long métrage « Les Saignantes ». Ensuite, avec une constance devenue inhabituelle pour un public longtemps privé d'oeuvres locales, quelques « films camerounais » sont sortis des studios.

 
Fait notable, ces bébés ont des géniteurs variés, comme si une fièvre de la production avait gagné les esprits. Entre les Hélène Ebah, Daniel Ndo, Joséphine Ndagnou, Nomo Zanga, Cyrille Masso et autres Isidore Modjo, le public a eu de quoi voir, sur des affiches placardées sporadiquement çà et là en ville. C'est vrai, le niveau varie d'une production à l'autre. La qualité ou l'originalité ne sont peut-être pas toujours au rendez-vous (ne citons pas d'exemples, la critique paraîtrait trop facile). Si on peut déplorer que des navets poussent dans le nouveau champ du cinéma camerounais, il faut en même temps reconnaître que seul l'existant peut être amélioré. Produire n'est déjà pas une mince affaire.

D'ailleurs, rien n'est facile dans la filière. En d'autres termes, ce qui peut être considéré aujourd'hui comme un fragile acquis doit être consolidé.


 
Si le cinéma camerounais semble être sur une bonne courbe, l'espoir de lendemains meilleurs ne doit pas se transformer en optimisme naïf. Une jeune réalisatrice confiait récemment à la presse qu'elle n'avait pas pu boucler le budget de son film. C'est à crédit que l'affaire a été finalisée. Vous avez dit accouchement par césarienne ? Daouda Mouchangou, Pca de la Scaap (la société civile s'occupant des arts audiovisuels et photographiques) estime que les réalisations actuelles - source d'un contentement légitime, quoique modéré - sont dus à la grande passion des cinéastes impliqués. Autrement dit, c'est avec leurs tripes que producteurs, réalisateurs, comédiens, etc. arrivent meubler l'espace cinématographique national. Avec plus ou moins de bonheur. Combien de temps peuvent-ils tenir comme ça ? Pas bien longtemps si les autres acteurs-partenaires de l'industrie ne s'en mêlent pas.

Au ministère de la Culture, on accorde une importance réelle au cinéma.

Entre autres choses, des appuis financiers sont accordés, se chiffrant parfois en millions de francs. Problème, ça ne suffit pas toujours. La production demande des moyens. Beaucoup de moyens. C'est pour cela que les cinéastes lorgnent aussi, avec espoir, du côté des grands annonceurs, sponsors qui feraient bien leur affaire. Comment oublier le public, qui, lui, a le don d'attirer les sponsors pour peu qu'il se mobilise ? Il y a finalement une logique dans tout ça : le cinéma camerounais ne peut se rebâtir qu'avec le concours de tous les maillons de la société camerounaise. Pourvu que chacun joue bien son rôle.

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