“ C’était grave. Personne ne s’attendait à voir le quartier être envahi par les forces de l’ordre et des engins lourds. Nous avons tellement eu peur que certains parmi les commerçants ont fermé boutique et se sont barricadés dans les domiciles ”. Carrefour des Trois Baham à Bépanda. Hier, mardi 19 février. Il est un peu plus de 12h30. Les échoppes et autres petits commerces tentent de reprendre vie après la folle journée de samedi. Hermine, une jeune fille qui fait le call box et Benjamin, un chauffeur de taxi qui habite le secteur, sortent peu à peu de leur torpeur. Pour eux, comme pour des populations riveraines, la répression qui a suivi la manifestation du combattant Mboua Massock était disproportionnée : “ On ne réprime pas avec des engins lourds une marche pacifique. En plus c’était complètement ridicule de voir toute une armada lancée aux trousses d’un seul homme ”, observent-ils.
Non loin du call box de Hermine, au restau “ La Fourchette d’or ”, des travailleurs profitent de leur pause déjeuner. Conducteurs de motos taxis, maçons, hommes en tenue, ils ne peuvent s’empêcher de revenir sur le défi que Mboua Massock a essayé de lancer au gouverneur Faï Yengo, dont une note interdit toute manifestation sur l’ensemble de la province du Littoral. “ La décision du gouverneur est claire. M. Mboua Massock n’est pas plus citoyen camerounais vivant dans le Littoral qu’une autre personne. Il a provoqué cette situation, il doit en assumer les conséquences ”, pense un homme en tenue.
Dommages
Et les conséquences de cette répression policière, il y en a effectivement : “ Nous avons reçu des émanations de gaz lacrymogène dans mon salon de coiffure alors que je taillais les cheveux d’un client. La gêne était telle que, la porte et la fenêtre fermées n’ont pas facilité la respiration. J’ai donc été obligé de fermer le salon le reste de l’après-midi ”, confie Francis le coiffeur. Du côté de Bépanda Tonnerre, au carrefour du même nom, Joseph, Robert et Alvine qui tiennent des commerces en face Bafunk bar, déplorent quelques dégâts matériels. “ Je vends des chaussures et sandales. Les canaux à eau balancés par l’engin de la police ont mouillé toute ma marchandise. J’ai essayé de nettoyer cette eau à l’aide d’une éponge. Malheureusement, le cuir a été gravement touché ”, témoigne Ibrahim qui s’interroge : “ Comment faire pour être dédommagé ? J’ai perdu des dizaines de paires de chaussures samedi à cause de la répression policière ”.
Déjà, mardi dernier à Bessengue, les forces de l’ordre, dans leur obstination à barrer la marche emmenée par le “ Front du non ”, avait créé un mouvement de panique dans le quartier : “ La peur était partout, palpable. Les clients ne venaient plus acheter nos produits. A la fin de la journée, je me suis aperçu que je n’ai même pas atteint la moitié de ma recette quotidienne. C’est très difficile quand on a une famille de trois enfants à nourrir ”, raconte à son tour un boutiquier de la Vallée de Bessengue. Martine, une brave femme qui vend des condiments de l’autre côté de la rue, maudit la manifestation et la répression qui a suivi : “ Ils viennent faire leur cinéma et puis ils s’en vont. Laissant derrière une situation difficilement gérable ”.
Ainsi donc, les manifestations et les répressions qui les accompagnent depuis quelques jours, à Douala, semblent faire autant de mal aux populations qu’elles dérangent le pouvoir en place.
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