Remember Jean Zoa (1998- 2008)

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Hommage :

Il y a dix ans disparaissait à Yaoundé le 1er archevêque métropolitain camerounais de Yaoundé
Par Daniel Boo*

Vendredi 20 mars 1998. Il fait beau sur Yaoundé…
L'énorme boule incandescente - jaune or ! - irradie obliquement ses rayons catholiques dans le céleste parvis, par la nef latérale de cette Cathédrale Notre-Dame-des-Victoires, où du beau monde endimanché a pris place et attend, en compagnie de la chorale classique de feu Me Elle Ntonga, et des mille et une couleurs d'un vitrail rasséréné…
Au premier plan, l'Homme - président et sa suite : la quasi - intégralité du gratin politico - administratif ; militaro - diplomatique ; etc. venu se recueillir, pour la toute dernière fois, devant la dépouille mortelle du tout premier Evêque de Mbalmayo…
Côté clergé, le Cardinal Tumi et le Nonce apostolique ; en plus de la panoplie de chasubles violettes ; mitres étincelantes et robes immaculées ; des prêtres ; des Evêques ; qu'accompagne docilement la flopée de servants de messe qui, habilement, s'affairent pieusement autour d'un autel hautement fleuri ; illuminé de bougies, et embaumé d'encens…

Dignité ecclésiastique ; règles de l'art catholique, pour un faste cérémoniel destiné à marquer d'une 'pierre particulière', la 'grave' solennité du tout dernier Hommage en la Cité - capitale rendu à l'un des tout premiers Evêques (1955) de l'Afrique noire francophone : Monseigneur Paul Etoga (1911 - 1998), décédé une semaine plus tôt, ce vendredi 13 mars 1998. La cérémonie étant retransmise en direct de la Crtv - radio et télévision…
Au moment où l'Archevêque de Yaoundé, Mgr Jean Zoa, s'apprête à retrouver le prône, l'on ne se doute guère qu'il ne prononcera jamais cette homélie funèbre - là ! De fait - et contre toute attente ! - le tout premier pallium (autochtone) de la province ecclésiastique du Cameroun - lorsqu'il n'y en avait qu'une seule en 1962 - s'écroule aussitôt sans pouvoir quitter sa cathèdre ! Stupeur ! Consternation ! Victime de fatale dépression cardiaque ! Transporté d'urgence à l'Hôpital central de Yaoundé, il ne s'en relèvera plus jamais…

'Evénement dans l'Evénement !' Pour tout dire !
Et l'Histoire de retenir qu'en ce mémorable jour, à Yaoundé (Cameroun), " un illustre départ ad vitam aeternam en aura caché un autre ". Deux Evêques - pionniers, dans le même train de la mort - l'on n'en eût pas dit plus ! Le train de l'un en ayant (bel et bien) caché celui de l'autre.
Trois décennies auparavant, les deux Evêques-pionniers, présents à Rome pour Vatican II, représentaient bel et bien, à titre exclusif, l'Eglise catholique qui est au Cameroun, en ce Concile estampillé par leurs homonymes respectifs, Jean et Paul : ouvert en l'occurrence par Jean XXIII ce 11 octobre 1962, pour être clos par Paul VI, son successeur, ce 08 décembre 1965…
Pourquoi ne pas établir quelque rapprochement entre le présent " drame ecclésiastique " du dernier jour des deux Evêques-là - Jean et Paul - considérés bon an mal an comme étant des francs, voire, des bons ennemis cordiaux - et qui, aussi carrément, adviennent à se tenir la main pour tirer la révérence en partant de ce monde ?
Certes, quel que soit le bout par lequel on voudra bien décrypter ladite situation, ne sommes - nous toujours pas en présence, tout bien considéré, de quelque 'mystère' de plus, à élucider tôt ou tard ; à insérer dans tous les cas parmi les 'faits marquants' de l'antique Eglise romaine ? A ranger à tout le moins parmi les énigmes les plus illustratives du Concile précité, Vatican II - convoqué par Jean, pour être clos par Paul - et qui, en définitive, aura littéralement, sinon, bel et bien reconfiguré le visage vétéran du Christianisme catholique qui, promptement, enfourchait de facto, bravement et fièrement, sa plus impressionnante mutation de tous les temps ?

Le train de la mort
Insondable destinée, dirait - on au demeurant sans risque de se tromper.
Certes, 36 ans auparavant, l'on revoit la séquence de ce mémorable train, comme une légende prophétique : nouvellement promu à la dignité épiscopale, le jeune Archevêque de Yaoundé, Jean Zoa, se trouve dans l'obligation de 'faire face' au pouvoir temporel. Pour la cause de la vérité ! De boire, jusqu'à la lie, sa coupe pastorale ! C'était le 1er février 1962 : 52 personnes, arrêtées à Douala et dans l'ouest du pays, pour avoir… 'distribué des tracts' ! Parquées dans le fourgon d'un train, à destination de Yaoundé. A l'arrivée (du train), 25 cadavres, pas moins !
Tentative officielle de dissimuler la bavure ? Rien à faire ! Du haut de sa chaire, Jean Zoa va protester ! Energiquement ! En célébrant sans coup férir une " messe de requiem pour les 25 disparus " ; en faisant par la suite largement diffuser ladite information dans sa lettre pastorale ! Ahidjo en est furieux ! Il n'oubliera jamais ce 'bras de fer' du prélat catholique, décidé à respecter ses engagements devant Dieu, devant les Hommes !
Ouverture d'une enquête gouvernementale dont les résultats - suivez notre regard ! - ne seront jamais connus…

Il y a de cela dix (10) ans tombait le soldat du Christ : Jean Zoa. Sur le champ de la bataille - les armes à la main ! Et l'Histoire de retenir, pour le pasteur qu'il fut, qu'il aura certainement quitté ce monde de la plus belle manière, et ce, au cours d'un ultime direct médiatico-religieux ! Au terme d'un épiscopat dont l'une des principales caractéristiques aura été "l'usage approprié, sinon, efficace et à bon escient, de la magie des médias"…
Des formules enlevées prononcées ex cathedra, et d'avance, expressément confectionnées pour frapper les esprits : du "Cameroun qui ressemble à un homme tombé entre les mains des bandits" à cette 'corruption de nos routes', perpétrée par des " mendiants déguisés (sic) ", c'est bel et bien cette voix orthophonique, plus ou moins métallisée, de tel Prélat de l'Eglise et de la République qui, éteinte à jamais, nous manquera certainement...
Resquiescat in pace !

* Cell: 96 60 12 53
afrisolar@yahoo.de
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