Le Cameroun en état de siège

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Société - Sécurité

La psychose plane dans la plupart des grandes villes, fortement militarisées depuis une semaine.

“ Je reviens d’Edéa où j’ai assisté à un enterrement. En route, les forces de l’ordre, prétextant un contrôle de routine, ont fait descendre du véhicule de transport qui nous raccompagnait à Douala, tous ses passagers. Pour ceux qui étaient munis de leur pièce d’identité, il fallait parcourir quelques dizaines de mètres à pied avant de remonter dans le véhicule. Pour ceux qui n’en avaient pas, l’agent de la force publique demandait 1.000 F Cfa (mille francs) sans quoi ils étaient retenus sur place ”. Ce témoignage, d’un voyageur revenant d’Edéa et en partance à Douala, rejoint celui de nombreux autres voyageurs se rendant dans la capitale du Cameroun. “ Nous avons été priés de descendre du bus, avant de subir une fouille à corps au niveau de Mbankomo, en l’entrée de Yaoundé. Nous avons perdu beaucoup de temps. Les passagers qui n’étaient pas en possession de la carte d’identité se sont vus soutirer une somme allant de 500 F Cfa(cinq cents) à 1.000 F Cfa(mille francs) avant de regagner le moyen de locomotion. ”.
Plus largement, les principales villes du pays sont prises d’assaut depuis une bonne semaine maintenant. Dans les rues de Douala, le poumon économique du pays, les populations ont du mal à intégrer cette (nouvelle ?) donne. “ La semaine écoulée, les rafles se sont multipliées du côté de Paris dancing (un quartier chaud de Douala, Ndlr) où je travaille, ce qui a affecté les commerces. Les gens ayant peur d’être interpellés abusivement ”, explique Blaise, réceptionniste dans une structure hôtelière. Au Carrefour Ndokoti et à Shell New-Bell ou encore à Oyack Espoir, s’il n’y a pas encore de rafle, les forces de l’ordre sont néanmoins omniprésentes. Puissamment armées de surcroît. Comme à Yaoundé, Bafoussam, Kribi et même Njombé-Penja, pour ne citer que ces agglomérations, les hommes en tenue sont omniprésents.

Psychose
Aucune information n’ayant circulé quant à cette militarisation soudaine des grandes villes du Cameroun, les supputations vont bon train. En fait, il semblerait que le gouvernement de Paul Biya, méfiant depuis les événements sanglants de février dernier, a décidé de prendre les devants en anticipant toute tentative éventuelle de soulèvement après le dépôt à l’Assemblée nationale, vendredi 04 avril, du projet de loi portant sur la révision constitutionnelle. On sait que lors des manifestations violentes de la dernière semaine du mois de février 2008, des slogans hostiles à cette révision se sont fait entendre, allant de fait dans le même sens que les positions de nombre de leaders politiques de l’opposition et de la société civile. Ces positions tranchées prévenaient contre toute modification de la Constitution, notamment l’article 6.2 qui fixe la limitation du mandat présidentiel.
Dès jeudi soir, certaines sources généralement bien informées parlaient déjà de la mise en alerte du quartier général de Yaoundé. Les populations camerounaises dont le pays ressemble à s’y méprendre à un Etat assiégé, vont devoir supporter cette réalité le temps des débats du projet de loi arrivé vendredi devant l’Assemblée nationale. Des discussions qui s’annoncent néanmoins âpres, des voix s’élevant de plus en plus au sein même du parti au pouvoir, le Rdpc, pour dénoncer la volonté entretenue par M. Biya de briguer un mandat supplémentaire en 2011. La psychose provoquée par la présence massive des hommes en tenue dans les principales villes du Cameroun, risque de grandir davantage. Mais en choisissant délibérément d’appeler ce projet de loi à Assemblée nationale, quelques semaines seulement après les dernières émeutes, le gouvernement semble avoir choisi de jouer avec le feu.
 

Par Jean-Célestin EDJANGUE
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