E.Inoni,l'epervier et l'Albatros

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Le nom du Premier ministre revient constamment lorsqu’on parle de l’acquisition de l’Albatros, l’avion présidentiel ayant englouti des milliards de Fcfa du contribuable camerounais et dans lequel le chef de l’Etat a failli perdre la vie. Décryptage.

Sauf changement de dernière minute, l’ex-administrateur directeur général (Adg) de la Cameroon Airlines (Camair) Yves Michel Fotso, répond ce jour, à une convocation à la direction de la police judiciaire à Yaoundé. Les enquêteurs de la sous direction des affaires économiques l’y attendent. Selon des sources dignes de foi, l’ex Adg de la Camair sera entendu sur la fameuse affaire « Albatros » (en référence à l’achat d’un avion présidentiel acquis en 2004 dans des conditions brumeuses). Vendredi dernier, l’ex ministre d’Etat secrétaire général de la présidence de la République, Jean Maie Atangana Mebara, était devant les policiers de la Dpj.
De sources policières, il aurait effectivement été entendu sur l’affaire Albatros. Il s’agit d’une affaire qui remonte à l’époque où Jean Marie Atangana était secrétaire général à la présidence de la République. Nous sommes en 2002. Il trouve sur sa table le dossier d’acquisition d’un avion présidentiel. Il s’agissait d’une volonté du chef de l’Etat. Son prédécesseur au poste de Sgpr, Marafa Hamidou Yaya, affirme-t-on dans les coulisses du Palais de l’Unité, avait déjà bien avancé dans le traitement de ce dossier depuis 2001. Et était pratiquement sur le point d’acquérir un avion destiné au président de la République. La commission mise en place que pilotait Marafa Hamidou Yaya comprenait entre autres le défunt général Benaé Mpecke, chef d’état major particulier du président de la République, Edgar Alain Mebe Ngo’o, directeur du cabinet civil et Cyrille Etoundi Atangana, alors directeur général de la Camair.
Le flou artistique commence au moment où arrive Yves Michel Fotso, nommé administrateur directeur général en remplacement de Cyrille Etoundi Atangana. Nommé à la tête du secrétariat général de la présidence de la République, Jean Marie Atangana à qui les instructions du chef de l’Etat pour l’acquisition d’un avion présidentiel sont renouvelées, décide de recommencer le dossier à zéro. La commission qu’il préside connaît désormais quelques bouleversements « stratégiques ». Edgar Alain Mebe Ngo’o, le directeur du cabinet civil, bien qu’y faisant formellement partie, sera pratiquement marginalisé. A cause, dit-on, de ses mauvais rapports à cette époque avec la Première dame, Chantal Biya. On se souvient qu’à ce moment-là, tous les communiqués des voyages officiels du président de la République étaient signés du ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République, Jean Marie Atangana Mebara. Ne voulant pas irriter l’épouse de Paul Biya auprès de qui Mebe Ngo’o était en disgrâce, Jean Marie Atangana Mebara choisit de ne pas l’associer à ce dossier suivi avec la plus grande attention par le couple présidentiel.

Collaborateur direct de Mebara
L’interrogation immédiate qui parcourt la tête du Sgpr est celle de savoir où trouver un avion au président de la République. On pense directement aux Etats-Unis d’Amérique où est implantée la société Boeing. A cette époque, Chief Inoni Ephraim est secrétaire général adjoint de la présidence de la République et collaborateur direct de Jean Marie Atangana Mebara. Il est « logiquement » introduit dans le dossier. D’abord parce que c’est un anglophone, bon connaisseur du pays de l’Oncle Sam où il a l’habitude de se rendre. De plus, entre l’ambassadeur du Cameroun en poste à Washington DC, Gérôme Mendouga et lui, le courant passe bien. Les deux hommes seraient même des amis. Il se trouve que l’enveloppe allouée à l’achat de l’avion présidentiel ne peut pas acheter un appareil neuf. Il faut donc se débrouiller.
Selon des sources bien introduites, c’est sur de hautes instructions du secrétaire général de la présidence de l’époque et sous le contrôle bienveillant du défunt général chef d’état major particulier du chef de l’Etat que l’actuel Premier ministre, l’ex ambassadeur du Cameroun aux Usa et, dans une certaine mesure, Yves Michel Fotso, mèneront les négociations qui aboutissent à la signature le 5 décembre 2003, d’un contrat de location d’un Boeing 767-200 entre les US National Bank Association et le Cameroun. La location devait effectivement coûter, comme l’a révélé Le Jour dans sa livraison lundi 28 avril 2008, 3 milliards de Fcfa par mois.

La police aura-t-elle le courage ?
L’avion qui atterrit à l’aéroport de Yaoundé Nsimalen au début du mois d’avril est repeint aux couleurs nationales du Cameroun. Il a à bord (en dehors de l’équipage), un seul passager chargé de convoyer le nouveau zinc présidentiel vers le Cameroun, Gérôme Mendouga, l’ambassadeur du Cameroun aux Etats-Unis d’Amérique. L’appareil est présenté à la télévision nationale lors des préparatifs du vol inaugural présidentiel. Mais le voyage qu’effectuent le président Paul Biya et sa famille à destination de Genève ne se fait pas sereinement. De graves ennuis mécaniques vont se signaler au point d’émouvoir le couple présidentiel. Une légende rapporte qu’après les déboires mécaniques de l’avion, Chantal Biya aurait passé son temps à pleurer. A la seule idée qu’on avait dangereusement exposé la vie du président. Après l’unique vol, l’Albatros est placé sous-cale, parmi les avions en détresse. C’est le début de « l’affaire Albatros ».
Alors qu’il est difficile de savoir le rôle joué par chacun des « négociateurs », certaines langues explorent les pistes d’un détournement de fonds. D’autres parlent même d’une tentative de coup d’Etat. Pendant quelques temps, l’affaire reste enfermée dans les tiroirs. Elle est remise aujourd’hui sur la table des fins limiers de l’enquête policière. Quatre ans après. Simple coïncidence ou hasard des choses, l’enquête préliminaire est placée sous le contrôle de Edgar Alain Mebe Ngo’o. Le Dgsn qui hier était marginalisé dans cette affaire alors qu’il occupait le poste de directeur du cabinet civil, a aujourd’hui le beau « rôle ». C’est à ses éléments que revient la latitude de démêler l’écheveau. L’on attend de voir si le Dgsn va accepter que le Pm Inoni Ephraim effectivement cité dans l’affaire, soit entendu à la Dpj. Comme tous les autres « suspects ». Affaire à suivre.
 

Par Jean François CHANNON
Le 30-04-2008

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