Les policiers se plaignent de la mauvaise organisation du défilé dans leur corps cette année. Ils n’ont pas eu de repas de corps ; les fonds alloués à l’achat du matériel auraient été détournés.
École nationale supérieure de police de Yaoundé, mardi 20 mai 2008. Il est 16h. T.A, gardien de la paix principal qui a pris part au défilé ne décolère pas : « On traite les policiers comme s’ils étaient les moins que rien. Regardez vous-mêmes : le jour de la fête nationale de notre pays, nous n’avons même pas droit au rituel du repas de corps. Ailleurs, au Mindef, à la douane, et chez les gardiens de prison c’est la fête. Vous trouvez cela normal ? » P.M., un inspecteur de police, est lui aussi courroucé : « Nous pensons que les moyens ont été débloqués par la hiérarchie pour que la police fasse bonne figure au cours de la célébration de la fête nationale. Et c’est bien dommage pour l’image de la police camerounaise ... »
Même les officiers de police, généralement très discrets en pareille circonstance, manifestent des frustrations. C’est le cas de R.A, officier de police principal qui a pris part au défilé: « On a donné aux policiers selon les grades 1000 Fcfa ou 1500 Fcfa. Pas de repas de corps. Il s’agit quand même d’une tradition qui existe depuis toujours. Le plus marrant est que certains des officiers et commissaires de police qui ont des amis officiers à la gendarmerie ou dans l’armée ont été invités à se replier au niveau du quartier général de Yaoundé, où l’armée prenait son repas de corps en présence de ses chefs. Ce que la police n’a pas pu nous offrir. Hélas !»
Manque d’uniformité
En réalité, ces plaintes ne portent pas que sur le repas de corps qui n’aurait pas été servi aux policiers. D’autres griefs sont formulés contre « les chefs ». Pour ce défilé du 20 mai 2008, la police camerounaise était pourtant à l’honneur. En ce sens que les organisateurs l’ont retenue pour ouvrir et clôturer le défilé militaire. Le délégué général à la Sûreté nationale avait ainsi instruit ses principaux collaborateurs à se montrer dignes de cette confiance. Depuis un mois environ, les préparatifs ont été engagés. Un mois au cours duquel des entraînements accrus ont été structurés à travers les différentes mises en scène.
Mais ce qui est difficile de savoir ce sont les moyens d’accompagnement dégagés par la hiérarchie de la police camerounaise pour atteindre les résultats escomptés. Seuls Edgar Alain Mebe Ngo’o et ses collaborateurs directs le savent pour l’instant. Ce que les simples policiers savent est qu’une prime journalière leur était allouée. Elle était de 1000 Fcfa pour les gardiens de la paix et les inspecteurs, et de 1500 Fcfa pour les officiers. Les commissaires et autres hauts gradés de la police avaient des taux particuliers dont les montants n’ont pas été révélés. Sur les 30 jours qu’auront durés les entraînements et autres préparatifs du défilé, la plupart des policiers approchés affirment n’avoir reçu que les perdiems pour 14 jours.
D’autre part, des sources bien introduites affirment que l’octroi des tenues et des chaussures de défilé aurait également fait l’objet d’une forte controverse cette année au sein de la police. T.A, gardien de la paix explique : « On a donné des chaussures et des tenues sans tenir compte des pointures et des corpulences des gens. Ce qui fait que il y a des camarades qui ont reçu des chaussures de pointure 42 alors qu’ils chaussaient du 44. Et vice versa. Certains ont préféré défiler avec leurs propres chaussures civiles qui n’étaient pas réglementaires. Les uns avaient les rangers, et d’autres les chaussures du quartier. Parfois de différente couleur. En plus de cela, les bérets étaient non seulement sans insignes de la police, mais aussi les couleurs variaient entre le noir et le bleu. C’est ainsi qu’au défilé les éléments de la police, notamment ceux du carré spécial n’étaient pas uniformes comme les élèves officiers de l’Emia par exemple. »
Une sonorisation foireuse
Le coup le plus dur porté au défilé de la police ce 20 mai 2008 est certainement cette histoire du matériel de sonorisation acheté sur instruction du Dgsn au prix, affirme-t-on, de 100 millions de Fcfa. Curieusement, quelques jours avant le défilé, le matériel qu’on avait présenté au Dgsn comme étant flambant neuf s’est abîmé. Conséquence, on a dû aller louer un autre matériel qui a d’ailleurs produit un son médiocre pendant la manifestation des éléments de la police devant le chef de l’Etat.
Dans l’entourage du délégué général à la Sûreté nationale, personne ne confirme ces informations que distillent pourtant les policiers à Yaoundé. Un commissaire principal proche du Dgsn commente : « Le patron n’a rien à voir avec toutes ces histoires. Il a donné des instructions et les moyens pour que tout se passe normalement. S’il est établi que les malversations ont été opérées, vous verrez qu’il va prendre dans les jours qui viennent des sanctions qui s’imposent. »
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