Un nouveau jour se lève-t-il pour la culture camerounaise ?

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La famille des artistes semble fonder de réels espoirs sur la ministre Ama Tutu Muna.
Eugène Dipanda

Les images parlent d’elles-mêmes. Lundi dernier, lors de la cérémonie d’installation du tout nouveau ministre de la Culture, Ama Tutu Muna, de nombreux artistes se sont amassés, malgré la fine pluie qui s’abattait sur la capitale, à l’entrée du bâtiment abritant les ministères de la Culture et de la Communication, pour célébrer à leur manière le changement décrété vendredi, 07 septembre 2007. L’ère de Ferdinand Léopold Oyono, ministre d’Etat en charge de la Culture, est donc révolue. Après dix années de verticalité. Lesquelles années, bon an mal an, ont fait vivre le show et l’effroi à toute la grande famille des artistes camerounais. Côté show, on mettra à l’actif de l’ancien ministre d’Etat, une certaine "modernisation" de la gestion du droit d’auteur au Cameroun, avec la création, à la faveur de la loi 2000 devenue référence, de quatre sociétés de gestion collective des droits d’auteurs.

La Cameroon Music Corporation (Cmc), la Société civile des arts audiovisuels et photographiques (Scaap), la Société des droits de la littérature et des arts dramatiques (Sociladra), et la Société civile de droit d’auteur et droits voisins des arts plastiques et graphiques (Socadap), sont en effet nées de l’ex Société civile nationale du droit d’auteur (Socinada), un mastodonte qui englobait jusque-là tous les secteurs d’activités culturelles.
La création le 05 décembre 2001, soit une année seulement après l’arrivée de Ferdinand Léopold Oyono à la tête du ministère de la Culture, d’un compte d’affectation spéciale pour le soutien à la politique culturelle du Cameroun, peut également être intégrée dans le bilan de l’ex ministre d’Etat. Tout comme la mise sur pied de la Commission permanente de médiation et de contrôle, à l’effet d’assurer une distribution équitable des droits d’auteurs aux bénéficiaires des quatre sociétés. Des actions qui, dans le principe, sont plutôt louables, à en croire certains artistes. Mais là s’arrêtent les aspects positifs.

Fenac
Dans la pratique, un certain immobilisme a cependant semblé caractériser le ministère de la Culture pendant de longues années, du fait notamment de l’absentéisme de l’ancien maître des lieux, qui a souvent eu quelques soucis avec son état de santé ; ou, simplement, qui était tout le temps en mission à l’étranger. Avec le chef de l’Etat ! Conséquence : de nombreux dossiers sont restés en instance. Les autres responsables du ministère de la Culture préférant, soit attendre le retour hypothétique de Léopold Ferdinand Oyono, s’octroyer quelquefois des pouvoirs surdimensionnés, soit encore gérer les choses en toute désinvolture.
Parmi les chantiers ainsi abandonnés, le Festival national des arts et la culture (Fenac) apparaît comme l’un des plus importants. Malgré les assurances du ministère de la Culture, on ne sait toujours pas avec exactitude quand se tiendra cet événement censé "vendre" la culture camerounaise. Le compte d’affectation spéciale à la politique culturelle, lui, n’a pas bénéficié aux artistes demandeurs d’aide depuis l’année 2005. L’Ensemble national, qui a semblé sortir récemment de sa léthargie avec une série de prestations du Ballet national à Yaoundé, connaît un gros problème de management, ainsi qu’une insuffisance de moyens financiers et matériels. Le Musée national, lui, n’a jamais véritablement attiré les touristes. Malgré les nombreux appels des artistes, les salles de spectacles restent inexistantes. Inutile d’évoquer le cas du Centre culturel camerounais. Vétuste et moisi, le cadre est devenu un vrai repaire pour rongeurs.

Immobilisme
Que peut donc la ministre Ama Tutu Muna face à un tel dénuement ? Chargé d’études assistant au ministère de la Culture, le bien connu Charles Ateba Eyene n’a pas résisté à la tentation de commettre un brûlot au lendemain du décret du 07 septembre portant réorganisation du gouvernement ; une sorte de lettre ouverte à son nouveau ministre, qui dresse un état de lieux du département qu’hérite Ama Tutu Muna.
Sur le plan interne, ce dernier indique, entre autres, que "L’inspecteur général Henri Meva Ondo, qui est la troisième personnalité du ministère, est à la retraite depuis des lustres. Mme Nnomo Zibi, qui fut depuis des années chef de cellule de la Coopération, réside désormais au Canada, Mme Manga Salomé, qui est supposée être directeur du Cinéma, est en même temps déléguée provinciale dans le Littoral. M. Benjamin Bilong, venu des Relations Extérieures, a démissionné de la tête de la division de la Coopération et est rentré comme simple cadre dans son ministère d’origine. M. Blaise Etoa Tsanga, qui fut chef de la cellule de Communication, est désormais en service à Orange Cameroun…"
Comme quoi, la relance effective de la culture camerounaise commencerait par une réforme en profondeur des institutions et autres organismes chargés de la mettre en œuvre. Le reste, pensent en chœur les artistes, pourrait alors se faire sans problème. La jeunesse de Ama Tutu Muna, 47 ans, son profil de linguiste et le dynamisme qu’on lui prête, devraient en principe concourir à sortir la culture camerounaise de l’abîme.
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