40 marins camerounais en détresse au Congo

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Abandonnés depuis 2002 à Pointe-Noire, le gouvernement reste indifférent malgré les démarches des pouvoirs publics congolais.

Au départ, ils étaient 45 marins camerounais, partis en août 2000 pour le projet de lancement de la société congolaise des crustacés “ Congocrus ”, une filiale de Camecrus dont Andela Zogo revendiquait la propriété. A ce jour, deux d’entre eux sont décédés: Mbah Eric (inhumé au Congo) et Effoula Bersin (dont la dépouille a été ramenée au pays) ; en ce moment Balokel Bénoît, le doyen d’âge est à l’agonie. Deux autres auraient réussi à regagner “miraculeusement” le Cameroun. Les autres restés à quai depuis la faillite de la société Congocrus en juillet 2002 lancent une fois de plus un Sos pour que le gouvernement camerounais s’intéresse à leur situation. La majorité dit être sans nouvelles de leurs familles restées au Cameroun depuis leur départ. “Nos épouses se sont certainement remariées ”, s’inquiètent-ils. Toutes les démarches entreprises jusqu’ici par le gouvernement congolais pour que le gouvernement camerounais procède au rapatriement de ces compatriotes et au règlement des arriérés de salaires sont restées vaines. Laissant tous ses marins camerounais dans le désarroi. Le coût total de cette opération s’élève à près d’un milliard de franc Cfa, billets d’avion y compris.
Le projet de lancement de Congocrus (filiale de Camecrus) avait permis à la Société camerounaise de leasing maritime (Sclm), de signer un contrat d’affrètement de six navires de pêche (Andela VI, VII, VIII, IX, X et Sanaga V) et la mise à disposition d’un collectif de 45 marins engagés régulièrement depuis le Cameroun. Après la faillite de Congocrus, le collectif des marins camerounais a multiplié les revendications au point qu’on les a même accusés de saboter des navires en territoire congolais. Le représentant de la Sclm dont le domicile privé était en permanence violé et qui recevait des injures et des menaces de ses anciens collaborateurs a déclaré au tribunal que “le collectif a été récupéré par l’opposition politique camerounaise qui finance leurs activités revendicatrices en territoire congolais.”

Mauvaise gestion des armateurs
Cette menace à l’ordre public a obligé le gouvernement congolais à multiplier des démarches urgentes de conciliations entre S.E. Guillaume Nseke, l’Ambassadeur du Cameroun au Congo et la direction générale de la marine marchande du Congo. Des émissaires ont même été envoyés en terre camerounaise. Mais toutes ces démarches sont restées infructueuses. Le collectif des marins a alors saisi le tribunal de commerce de Pointe-Noire aux fins de saisir à titre conservatoire des navires et cargaisons de la Sclm pour exécuter une décision de justice ordonnant le paiement de la somme de 201 653 729 Fcfa en principal au titre des arriérés de salaires et des congés dûs par Congocrus et la somme de 30 000 000 Fcfa à titre de frais, dommages et intérêts calculés sur la base de salaires arrêtés dans l’ordre de mission de chaque marin depuis le Cameroun. Malgré les engagements de la Sclm de prendre en charge le passif et les actifs de Congocrus, la situation est allée de mal en pire pour les marins camerounais.
Cette situation a décidé S.E. Guillaume Nseke cumulativement avec sa fonction de chargé d’affaires par intérim du Cameroun auprès de la République du Congo de prendre des mesures conservatoires en mettant “sous séquestre conventionnel les six navires” de la Sclm dont deux sont en panne et qui étaient donnés en affrètement à la société Pemaco SA. Et en désignant en juillet 2005 “la société Marpeche atlantique Sea séquestre avec pour mission de gérer tant activement que passivement ces navires, propriété du gouvernement camerounais en attendant leur rapatriement au Cameroun, en remplacement de la société Harris International défaillante.”(sic) En contrepartie de cette gestion nautique et commerciale, génératrice de revenus, le séquestre est tenu de s’acquitter d’un loyer mensuel de huit millions Fcfa par bateau. Recettes devant servir prioritairement au paiement progressif des marins du collectif. Ce qui n’a jamais été respecté à la lettre.

Un comité pour retarder le rapatriement
En février 2007, la société Marpeche n’ayant honoré aucun de ses engagements après plus d’un an de gestion, est remplacée par la société Sopechesco. Dieudonné Evou Mekou, directeur général de la Caisse autonome d’amortissement (Caa), représentant de l’Etat du Cameroun, propriétaire des chalutiers exploités au Congo précise à cet effet que : “La bonne gestion des chalutiers est une garantie de remboursement de la dette due aux marins…” Instruction restée lettre morte. Même l’intervention en 2004 du Syndicat national des inscrits maritimes et assimilés du Cameroun (Synimac) et la saisine de la fédération internationale des ouvriers de transport (Itf) ne feront pas avancer les choses. Nous avons néanmoins appris de la direction des affaires maritimes et des voies navigables que sept ans après, le dossier vient (enfin) d’être remis sur la table du Premier ministre qui a constitué un comité pour évaluer les voies et moyens de rapatrier ses marins camerounais. Mais seules les lenteurs administratives justifient encore le retard qu’on peut observer aujourd’hui. “A-t-on besoin pour résoudre une situation sociale catastrophique qui dure autant d’années de passer par une commission ? ”, s’offusque un responsable du Synimac. Avant de poursuivre “ dans le transport maritime au Cameroun, ce sont ceux qui doivent apporter les solutions qui sont les problèmes. Ils ont trop d’intérêts dans le secteur maritime qui génère plus de recettes que le pétrole, ainsi qu’en ressources propres.”
 

Par Mathieu Nathanaël NJOG

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