Opération épervier : Le tribunal se prononce contre la libération de Me Eyoum

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Le délibéré relatif à sa demande de libération dans l'affaire de détournement au sujet de la liquidation de l'ex-Oncpb a été vidé hier.

Pour toute l'assistance, le prononcé du verdict sur la demande de mise en liberté immédiate de Me Lydienne Yen Eyoum hier, devait être une affaire de secondes. Que non! Le président du tribunal, Gilbert Shlick, s'est livré à un exercice peu ordinaire dans les cours et tribunaux du Cameroun. Le juge a, en réalité rappelé les faits et l'ensemble de la procédure ainsi que les débats entre les parties lors de la récente audience du 06 mai 2010. Avant de dire, au détour d'une phrase, qu'en raison de tout ce qui précède, il ne saurait autorisé la mise en liberté de Me Lydienne yen Eyoum. Au total, 36 minutes de lecture donc.

Devant lui, dans son costume verdâtre, Me Eyoum a religieusement écouté le verdict avant d'esquisser un sourire étouffé au bout du verdict au cours duquel, le président Shlick a mal dissimulé son embarras. Tant il s'est érigé en conseil des avocats de la défense à qui il a recommandé de faire appel de la décision dans les cinq jours. Il leur a d'ailleurs suggéré de saisir la Cour suprême au cas où ils n'étaient pas malgré tout satisfaits. Gilbert Shlick a ensuite précisé qu'il avait rendu sa décision en son âme et conscience. Sans pleurs, ni éclats de voix, la requérante, ses proches parents dont l'époux et les conseils ont sereinement accueilli la sentence.

Après avoir plaidé sa liberté immédiate et sans condition devant le tribunal de grande instance du Mfoundi, le 06 mai 2010 lors de l'audience en Habeas corpus, Me Eyoum, qui se veut combative, envisage déjà l'avenir à la Cour d'appel. Détenue à la prison centrale de Yaoundé depuis le 11 janvier 2010, elle prévaut de l'illégalité de son arrestation. Ainsi que l'a rappelé le président du tribunal, ses conseils dont Albert Black Yondo Mandengue, Mongue Din et Me Betayene fustigent de nombreuses violations des droits humains. Des griefs qui leur font dire que l'actuelle détention de leur cliente ne se justifie pas.

Illégalité
Et pour cause? Il n'existe pas d'infraction contre celle qui a été régulièrement constituée par l'Etat du Cameroun pour recouvrer sa créance auprès de la Sgbc dans le cadre de la liquidation de l'ex Oncpb. Me Yondo va davantage plaider l'absence de partie civile dans le dossier. D'où la question : qui poursuit Me Eyoum? De son côté, le ministère public affirme qu'il s'agit d'une procédure pénale dans laquelle le parquet poursuit naturellement. A sa décharge, le ministère public précise également que la Me Eyoum fait l'objet d'une mise en détention provisoire régulièrement délivrée et en cours de validité. Il assène par ailleurs les charges de coaction en détournement contre l'avocate, l'ancien ministre de l'Economie et des Finances, Polycarpe Abah Abah et son ministre délégué, Henri Engoulou.

Le poursuivant soutient surtout que Me Eyoum ne peut être libérée tant de "Polycarpe Abah Abah détenu à bon droit à la prison centrale de Yaoundé reste incarcéré". Il est reproché à l'auxiliaire de justice d'avoir indûment perçu la somme de 1,070 milliard, dans le cadre de l'opération de recouvrement de 3,637 milliards de Fcfa émis par la société Barry au profit de l'Etat du Cameroun.
La filiale camerounaise de la Société générale (58% de parts), reçoit le virement correspondant au rachat à l'Etat des 36.094 actions détenues par l'Office national de commercialisation des produits de base (Oncpb). Pour Me Lydienne Yen Eyoum, l'enveloppe a été détournée par la banque, qui couvrirait les "manipulations et malversations financières" de certains de ses responsables dont l'ex-directeur des affaires juridiques, André Noa. La Sgbc accable l'avocate, commise pour le recouvrement de la créance, de détournement destiné à obtenir de l'Etat du Cameroun un remboursement de 2,155 milliards de Fcfa.

Léger Ntiga

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