De la nécessité de réduire les dépenses en manuels et livres scolaires *

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Après la décision historique du Ministre des Enseignements secondaires (MINESEC) de reconduire la liste officielle des manuels scolaires de l’année dernière, de nombreux parents espèrent faire, à l’occasion de la prochaine rentrée scolaire, des économies substantielles en passant les livres des aînés aux cadets, en procédant à des échanges et à toutes sortes d’autres arrangements pour régler le second casse-tête chinois que représente l’acquisition des livres et manuels scolaires. Mais le pourcentage de nouveaux livres inscrits dans les programmes scolaires, d’une année à l’autre, n’est pas si important pour que la décision du Minesec permette aux parents de faire l’affaire du siècle.

De façon générale, le nombre de livres scolaires dont doit disposer un élève a exponentiellement augmenté depuis plusieurs décennies. L’heure n’est plus au fameux et unique Mamadou et Bineta qui comportait tout le programme de français et à Mon livre unique de calcul. A eux seuls, ces deux livres suffisaient à faire des têtes bien pleines et bien faites. Pour les autres matières : sciences, hygiène, etc. Les instituteurs et les professeurs prenaient le soin de recopier, d’une main d’écriture qui leur était quasiment commune, la leçon au tableau noir. Désormais, en plus d’avoir pratiquement un livre par matière, on en est rendu à deux très souvent, le livre principal étant vendu avec un cahier d’activité à usage unique. Les nouvelles conditions de scolarisation justifient amplement les nouvelles approches pédagogiques et les nouveaux outils didactiques en usage actuellement.
En prenant en compte les aspects économiques dont on a pu se rendre compte qu’ils sont un vrai souci pour les parents, on peut néanmoins se poser la question de la pertinence d’une pratique qui a cours dans notre système éducatif.

Il s’agit de l’inscription sur les listes des manuels scolaires, pour la même matière et dans la même classe, de plusieurs livres -parfois trois- au choix de l’équipe pédagogique des établissements scolaires. En changeant d’établissement, même à l’échelle d’une ville, un élève pourrait ne donc plus avoir exactement les mêmes livres à acheter. Vue à partir de la position d’éditeur, cette pratique contente tout le monde mais ne satisfait personne.
En effet, un éditeur dont le livre est inscrit au programme en amont par le MINESEC n’a aucune garantie en aval que ce livre lui sera commandé par les libraires tant qu’il n’est pas inscrit sur les listes spécifiques de tel ou de tel autre établissement. Tous les livres retenus par le ministère étant a priori bons, d’autres critères vont en motiver l’inscription dans tel ou tel autre établissement scolaire. Il y a là une porte ouverte à des pratiques peu licites qui n’est pas une simple vue de l’esprit. Les éditeurs se livrent au final à un jeu de probabilité de ventes très hasardeux et très dangereux pour la stabilité de leurs entreprises. Sur un plan purement pédagogique, la multiplication des titres pour la même matière dans la même classe pose un problème de docimologie et d’évaluation des élèves.

Comment concevoir une épreuve commune à deux élèves qui ont des corpus de référence différents ? Comment la faire corriger par deux enseignants qui ont eux-mêmes connaissance du contenu d’une de ces oeuvres à l’exclusion de l’autre ? In fine, pour satisfaire les uns et les autres, l’épreuve sera nécessairement transversale et les réponses des élèves générales ; un examen dans le fond serait donc interdit à l’enseignant honnête n’ayant pas lu le corpus de référence de la copie de l’élève qui lui serait soumise.
Ce qui serait définitivement avantageux pour les élèves, les parents, les éditeurs, les pédagogues et, finalement, l’ensemble du système éducatif camerounais, ce serait de revenir à la formule d’un livre par matière.

* Article paru dans notre édition
n° 2863 du jeudi 10 Mars 2011


Par Marcelin VOUNDA ETOA **
** Critique littéraire
Directeur des éditions

 

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