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Hommage : Paul Biya célèbre Manu Dibango

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Le cinquantenaire de musique du père du "Soul Makossa" est annoncé comme une fête grandiose du 16 au 22 décembre prochain à Yaoundé.
Dorine Ekwè

Est-ce le signe que la hache de guerre a été enterrée entre le ministère camerounais de la Culture (Mincult) et l'artiste musicien Manu Dibango? Cela en a, en tout cas, l'air. Dans un communiqué rendu public hier, mercredi 12 décembre 2007 dans les colonnes de notre confrère, Cameroon Tribune, le ministère de la Culture annonce la célébration des cinquante ans de la carrière musicale de Manu Dibango. "Au-delà de ce qui s'est passé il y a quelques années, il faut juste retenir que cette célébration est un hommage que nous avons voulu rendre à ce grand artiste camerounais qui le mérite. Madame le ministre a soumis le projet à la présidence de la République qui l'a approuvé et accepté de parrainer l'évènement ", dit-on au sein de ce département ministériel qui annonce que l'évènement est placé sous le haut patronage du président de la République du Cameroun, Paul Biya, qui voit en Manu Dibango "l'artiste du siècle au Cameroun".

Pour l'occasion, on annonce pour dimanche le 16 décembre prochain l'arrivée de la star a l'aéroport international de Yaoundé-Nsimalen. Il est également prévu le vernissage d'une exposition de peinture et de photographies sur le thème: "Trois kilos de café, carrière, rencontres influences, scènes". Le clou de ces festivités sera les deux spectacles qu'il donnera le 22 décembre prochain: l'un à l'esplanade du musée national. A cette occasion, il partagera la scène avec des artistes du terroir et l'autre, sur invitation, au Palais des congrès de Yaoundé. Ces deux spectacles se présenteront sous forme de "safari musical" au cours duquel le public redécouvrira la carrière musicale de cet artiste ainsi que les courants musicaux qui l'ont nourri tout au long de sa carrière. Ce spectacle qui sera animé par les musiciens de son orchestre: le "Maraboutik Big Band", de même que des artistes tels André Marie Talla, Meiway, Mc Solaar, le Soweto string quartet, André Manga…

Cmc
Une série d'activités qui réjouissent autant les artistes locaux que les mélomanes qui n'ont pas toujours le plaisir de voir cet artiste sur scène. Ceci, bien qu'en mars 2003, l'artiste s'est produit a cabaret "La Pêche" à l'occasion des Rencontres internationales des musiques du Sud (Rims) qu'organisait alors André Djibathé. En septembre de la même année, il sera désigné comme étant le président du Conseil d'administration (Pca) de la Cmc. Ses pourfendeurs affirmeront d'ailleurs, prudents, que son arrivée à la tête de la société de gestion collective des droits des musiciens, avait été imposée par le chef de l'Etat en personne. Bien que fort respecté, il a toutefois dû faire face aux critiques acerbes des jeunes musiciens qui réclamaient l'organisation d'une assemblée générale. Quelques mois plus tard, alors qu'il soutient la candidature de Henri Din Manga, un de ses proches, au poste de directeur de cette société, il est traité de tribaliste.

Dans la foulée, les relations entre la société et la Commission de médiation et de contrôle permanent des sociétés de gestion collective dégénèrent. La Commission dénonce la gestion de la société et le ministre exige désormais la tenue d'une assemblée générale dite de refondation. Manu, quant à lui, quitte la société car, pensait-il, la création de cette commission faisait naître un organisme de trop. Il s'en est d'ailleurs suivi des échanges vifs, par journaux interposés entre le ministre Oyono et la star camerounaise.
Au ministère de la Culture, cependant, l'heure, dit-on, n'est pas à la polémique. "S'il a accepté notre invitation, cela signifie qu'il a finalement passé l'éponge sur cet épisode là", confie-t-on. La preuve, lors du passage du président de la République à l'Unesco il y a quelques semaines, c'est à lui qu'est revenue la charge d'organiser le volet artistique de cette visite. "A travers ces différentes manifestations, le peuple camerounais entend ainsi rendre un vibrant hommage national à l'un de ses dignes et prestigieux fils", annonce-t-on dans la plaquette élaborée pour l'évènement.

Carrière
Passée cette période orageuse, Manu Dibango, 74 ans (il est né le 12 décembre 1933), n'arrête pas. Il sort au courant de l'année 2007 "Manu Dibango joue Sydney Bechet", un hommage au compositeur et instrumentiste noir américain originaire de la Nouvelle Orléans, et réédite "Africadelic", un album funky. En mars 2007, il a fêté les cinquante ans de sa carrière à Paris. A cette occasion, il a permis à son public de redécouvrir ce Soul Makossa né à l'aube des années 1970 et qui a permis à l'Afrique, à travers cette musique de faire ses premiers pas dans la "Soul music". Arrivé à Marseille (France) en 1949, Manu rencontre Francis Bebey, fan de jazz. Ils apprennent chacun à pratiquer son instrument. Manu découvre le saxophone et prend des cours de musique. Son premier contact avec la musique africaine se fera en 1960 avec la musique moderne congolaise. C'est au sein de la boîte bruxelloise Les anges noirs où il est alors chef d'orchestre.

Avec ses influences Jazz, il retrouve le son du continent africain avec Kabasélé qui le recrute comme saxophoniste dans son orchestre. Une quarantaine de morceaux naîtront de cette collaboration fort appréciée sur le continent. Après un passage à vide et un retour infructueux au pays, Manu et son épouse, Coco rentrent en France où il est embauché dans l'orchestre de Dick Rivers, grande vedette des années 60, puis dans celui de Nino Ferrer où il joue de l'orgue Hammond. Avec ce dernier, les tournées s'enchaînent. Début 69, il se sépare du chanteur et signe un premier contrat d'édition avec la compagnie Tutti.Manu évolue désormais seul et propose le "Saxy Party", un album jazzy composé de reprises et de compositions personnelles. L'album ne remporte qu'un succès d'estime. A l'occasion de la Huitième coupe d'Afrique des Nations, à Yaoundé en 1972, Manu compose un hymne dont la face B du 45 tours n'est autre que le plus gros tube africain de tous les temps, "Soul Makossa".
Si dans un premier temps personne ne semble apprécier ce morceau à Yaoundé comme à Paris, quelques américains en visite chez Decca, embarquent le 45 tours et réussissent à le passer sur les radios. La porte du succès s'ouvre alors pour l'artiste…

Repères
Nom: Emmanuel NDjoké Dibango
Naissance: 12 décembre 1933 naît à Douala
1949: Arrivée en France

Discographie
1995 : Lamastabastani : sortie le 22 novembre. Manu a entrepris un merveilleux retour aux sources de son enfance, souvenirs de ses premières années dans le temple protestant où sa mère dirigeait la chorale. Hommage à son maître de musique, Doumbè Eyango. Hommage à ses parents et à son épouse. Cela nous vaut " Elongui " du révérend Ekambi Brillant, un " Nobody Knows " rythm and blues arrosé de gospel, un " Hymne à l'Amour " de Piaf complètement marabouté et des " Mouna Maria " qui ne sont pas des Ave mais des morceaux d'œcuménisme. Album produit et réalisé par Manu pour Soul Paris Records, distribué par Mélodie.
1996 : Live 96, Papa Groove : enregistré au Petit Journal Montparnasse les 29 et 30 janvier (distribution WMD). Album sorti le 22 avril.
1996 : Sax ans Spirituals/Lamastabastani, sortie le 12 décembre. Manu aime se laisser rattraper par son passé et par la musique du temple protestant où sa mère dirigeait la chorale. Un prétexte qui l'invite à réaliser une collection deux titres remodelés, avec la participation du chanteur.
1997 : African Soul, The Very Best Of (Mercury/Polygram) : plus de vingt ans après le foudroyant succès de " Soul Makossa ", Mercury France sort la première " vraie " compilation de Manu Dibango, regroupant quelques uns de ses meilleurs succès, avec notamment la version originale de " Soul Makossa ". On y retrouve également " Senga Abélé " dont le son avant-gardiste annonce la future éclosion de l'Acid Jazz.
1998 : Cubafrica, Manu Dibango et Cuarteto Patria: Cubafrica est une aguichante visite guidée dans le jardin des standards latinos, avec ses senteurs créoles. Latinos et pas uniquement cubains, voir ces escapades vers le " Cielito Lindo " mexicain ou " Cerezo Rosa ", cette sucrerie française d'André Claveau pimentée mambo par Perez Prado (et présente sur la compilation de Radio Nova). Un répertoire que même les novices du latino sauront fredonner, tant il est patrimonial, qu'égrènent les Cubains et leurs complices d'Afrique, des sons tout en rondeurs pour un son primesautier : le continent noir et l'île Caraïbe ne sont décidément pas près de perdre le fil. (Cubafrica sorti chez Celluloïd/Mélodie).
Manu Safari (Wagram Music), sorti le 23 octobre 1998 : après African Soul, Manu vous propose une visite guidée dans le Dibangoland, à travers deux volumes qui vous feront franchir le mur des décades 60, 70, 80 et 90 avec deux titres inédits : " A la Claire Fontaine " et une nouvelle version de " Soir au village ". (Licence Soul Makossa pour Wagram Music).
Wakafrica, nouvelle édition de cet album sorti en 1994 avec 2 nouveaux titres : Wakafrica Remix et Biko Remix (Arcade Music/distribution Wagram Music).
GONE Clear, réédition de cet album enregistré à Kingston en 1979 ; album souvenir de la rencontre avec le reggae. (Licence Soul Makosa pour Wagram Music)
1999 : Compilation Manu Dibango Collection Legende 12 titres inédits. (Licence Soul Makossa pour Wagram Music)
2000: Mboa'su Kamer Feeling (JPS Productions/Distribution Mélodie). Manu reprend des titres phares de son répertoire dans lequel se reconnaissent toutes les générations du " Pays ". Cet album marque le retour de Manu au Cameroun après 10 ans d'absence.
2001 : Kamer Feeling (JPS Productions). Toujours avec un casting puisé dans le milieu de la musique africaine professionnelle, cet album est le 2ème volume d'une série que Manu a voulu dédier à ses racines. Ici, la palette est plus large avec des interventions mesurées de plusieurs artistes de la diaspora tels que Werrason, Omar Sosa, Coco Ateba… avec en commun, un talent et une disponibilité spirituelle.
2002 : B Sides (Soul Makossa/Mélodie). Manu pratique l'abstinence du sax. Le voici fine lame du marimba et du vibraphone ; instruments qu'il avait remisés depuis plus d'une décennie.
2003 : Sortie de la compilation " Africadelic " à l'occasion des 30 ans de " Soul Makossa " (Mercury/Universal)
2004 : Sortie du long box " Voyage anthologique " (Mercury/Universal), relatant 3 décennies de la carrière de Manu, des années 60 au début des années 90.
2005 : Manu compose la BO du film d'animation " Kirikou et les bêtes sauvages ", sorti en France le 7 décembre.
2006 : Sortie du Dvd Live de Manu et le Soul Makossa Gang.
2007 : Manu joue et chante Sidney Bechet : sortie le 8 mars 2007 chez Cristal Records

Musiques originales de films
1989 : BO du film franco-canadien " Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer "
BO du premier dessin animé africain " Kimbo ", à l'initiative de la fondation " Ndaya Internatioanl " résidée par Mme Houphouët-Boigny.
2003 : BO du film " Nha Fala " du réalisateur Flora Gomez, sorti en juillet
2005 : Manu compose la BO du film d'animation " Kirikou et les bêtes sauvages ". (Ulm/Universal).

Autres musiques de films et documentaires
Le Prix de la liberté de Jean-Pierre Dikonguè-Pipa (Cameroun)
Ceddo de Ousmane Sembène (Sénégal)
L'herbe sauvage de Henri Duparc (France)
Silences (documentaire) de Béatrice Soulé (France)
Le silence de la forêt de Basseck Ba Kobhi (Cameroun)
La colère des dieux de Idrissa Ouédraogo (Burkina-Faso)
L'aventure ambigüe
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