Cameroun : Belka TOBIS , « Je suis l’artiste le plus piraté au Cameroun. »

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Artiste musicien, compositeur, chanteur de charme comme il se définit, Belka Tobis dont le nom signifie la cuisse du pangolin en français, reste toujours fidèle au style qui l'a fait découvrir au grand public à la fin des années 90, à travers le titre "Je demande pardon".




Prolifique, dansant, artiste de l’année au Cameroun... Une réputation qui ne lui a rien rapporté en termes des droits d’auteurs! Habitué des succès à grande échelle, aujourd’hui installé à Paris, il s'est confié au micro de Camer.be

A quand remonte le dernier concert de Belka Tobis à Bruxelles ?

C’est la première fois que je viens à Bruxelles. Je vais souvent en Suisse, en Allemagne, en Hollande,  un peu partout….

Où vit Belka Tobis aujourd’hui?

Je suis installé à Paris et de temps en temps  je vais au Cameroun surtout pour des spectacles. J’étais au Cameroun il ya de cela un peu plus de quatre mois et je retourne pour le mois de décembre toujours dans le cadre des séries de spectacles de fin d’année et de nouvel an.

Que dire des rapports que vous entretenez avec les artistes de la diaspora et du Cameroun ?

Que ce soit au niveau de la diaspora ou du Cameroun, nos rapports sont très bons car, nous faisons partie de la même famille artistique.

Est ce que vous avez participé à la manifestation qui avait réuni tous les artistes camerounais de la diaspora à l’occasion du récent séjour du président camerounais  à Paris ?

A Paris il ya eu plusieurs manifestations pour le président de la république. La première je n’y étais pas parce qu’on ne m’avais pas invité. Par contre, celle de l’hôtel  Montparnasse, j’y étais et j’ai même joué là bas.

Y a-t-il eu d’explication pour votre absence à la première manifestation ?

Je n’étais pas invité et, on ne m’a pas invité en tant qu’artiste. On dit souvent que j’ai une grande gueule mais je ne sais pas s’il y avait d’artistes spéciaux pour le président Paul Biya. Je crois que Belka Tobis en tant que musicien de l’année au Cameroun de l’heure devait être associé à cet évènement. Je regrette que je ne sois pas invité.

Il ya un sentiment de colère que vous exprimez  là !

Colère parce que je dis  toujours qu’on ne reconnaît pas les grandes valeurs au Cameroun et cette situation m’inquiète beaucoup. Tenez par exemple, si les Français m’invitent officiellement jouer à l’UNESCO, pourquoi ne pas jouer devant mon président quand il est à Paris ?

Qu’est ce qui vous a amené à Bruxelles aujourd’hui ?

C’est le groupe TEP qui m’invite jouer à Bruxelles. Je sais que les camerounais  d’ici (Bruxelles NDLR) m’attendent. Ils ont tellement écouté le chanteur et je pense  que ce soir ils  auront le chanteur en chair et en os.

Concernant les répartitions des droits d’auteurs au Cameroun, quelle est votre position par rapport à l’équipe en place  qui est très contestée par la diaspora  artistique du Cameroun ?

Je pense que ce n’est pas parce que je fais partie des artistes de la diaspora, que je dois vous répondre dans ce sens. Avant que je ne vienne ici, j’ai mené une  lutte acharnée avec Monsieur  Sam Mbende qui est actuellement à la tête de cette société qui gère les droits d’auteurs au Cameroun. Il y a eu trop de manquement. A l’époque avec la SOCINADA, je gagnais beaucoup d’argent, j’étais parmi les artistes camerounais qui avaient beaucoup d’argent. Mais avec la nouvelle société, ça fait sept ans que je suis en France, et la première fois qu’il y a eu répartition, j’ai eu,  je pense 80 000 frs CFA. (122,15 €) Essayez de calculer l’argent qu’on donne à un artiste de valeur comme moi, après six à sept ans.

Et les 80 000 frs CFA représentaient quoi exactement ?

Je pense  très bien sans me tromper que ce sont  les droits d’auteurs.

Sur quelle période ?

Je ne connais même pas.

Sur quel nombre d’années ?

Entre six et sept ans. Parce que ça fait près de sept ans que je suis en France. J’ai eu 80 000 frs CFA et pour avoir cette somme, on m’a fait attendre de 9 à 14 heures pour les avoir. Et il a même fallut que je gueule, afin qu’on me donne cette somme, vous vous imaginez !

Avez-vous essayé de vous plaindre pour entrer dans vos droits ?

Je devais me plaindre par rapport à qui ?  Le jour où le président Biya va taper la main sur la table, tout cela doit finir. Les politiciens camerounais doivent comprendre que les artistes vivent mal et que c’est pour cette raison que tous les artistes du pays se retrouvent aujourd’hui  en occident.

Qu’est ce qui explique la déportation de la culture  camerounaise en France  alors qu’il est possible de promouvoir notre culture chez nous ?

Comprenez qu’on se sent toujours mieux chez soi. Je pense que le jour  où on dira que Belka Tobis vas au Cameroun  et tu auras un bon salaire, j’irais sans hésiter un seul instant. Je pense que parmi les artistes camerounais, je suis parmi ceux qui font vraiment  la musique camerounaise digne de ce nom. J’ai trouvé que le « coupé décalé », la musique ivoirienne a envahi le pays. J’ai pris un petit congé et quand j’ai sorti mon disque dernièrement, on en parle plus. Il ya six mois, j’ai été nominé Artiste de l’année au Cameroun. Si tous les artistes se retrouvent occident, c’est que ça ne vas pas. Imaginez-vous, je suis marié, j’ai trois enfants au Cameroun et qui sont tous au collège. On me donne 80 000 frs CFA après six ans, je vis comment ? Tous les artistes se déportent aujourd’hui en Europe parce qu’ils vivent mal. S’ils ont peur de le dire, moi Belka Tobis je le dis.  Il ya des artistes qui meurent pour les ordonnances médicales de 1000 frs CFA, c’est extrêmement regrettable. Un pays sans culture c’est comme un vélo sans guidon. Comprenez que nous sommes des ambassadeurs de la culture, si les artistes vivent mal au Cameroun, mieux  qu’ils viennent en Europe.

Pensez que vous que la solution c’est de refonder la structure qui gère les droits d’auteurs au Cameroun ?

D’abord, il faut que la piraterie soit sanctionnée. Le jour où le ministre de la culture, le président de la république vont frapper la main sur la table que ça finisse, ça va finir. Comprenez que cet argent des artistes, ce sont les hommes politiques qui prennent ça. Cet argent leur sert à faire leur campagne. Ça fait mal, regardez quelqu’un comme Eboa Lottin, il est mort au Cameroun alors qu’un grand artiste qu’il a été n’a pas eu les sous pour se soigner. Il ya beaucoup d’artistes qui meurent dans cette situation. Je suis l’artiste le plus piraté au Cameroun. Mon disque m’a coûté presque 15 000 euros dont 15 millions de francs CFA, on me pirate, j’ai de la famille, j’ai des enfants, je vais faire comment pour vivre ? Et plusieurs artistes souffrent de cette piraterie. Tous ces politiciens le savent. Si on vous attrape en train de fabriquer la fausse monnaie, vous irez en prison, pourquoi ne pas attraper les personnes qui organisent cette piraterie ?  Donc il ya quelque chose qui ne vas pas. A partir du moment où les hommes politiques ne veulent pas sanctionner la piraterie au Cameroun, ils savent ce qui se passe.

Et qu’est ce que vous suggérez pour mettre fin à cela ?

Il faut que les homme d’Etat comprennent que, quand on parle d’un pays, c’est à partir de l’art, du sport etc.. C’est nous qui représentons le Cameroun à l’étranger. Regardez, aujourd’hui on parle de la Côte d’ivoire, c’est à partir de leur musique. Avant quand on parlait du Cameroun, c’était à partir du sport. Nous représentons le Cameroun à l’étranger à travers notre culture. Il faut que les artistes vivent bien et pour bien vivre, ce ne sont pas les moyens qui manquent, il faut tout simplement qu’il y ait une volonté politique.

© Camer.be : Propos recueillis par Hugues SEUMO

Paru le 14-12-2007 00:28:18



Belka Tobis--A Ye Mog



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