Les années 60 à 90 correspondent globalement à l'ère du parti unique. De 1960 à 1970, les titres de la presse ne sont guère nombreux et la littérature y a la portion congrue.
Par Marcelin VOUNDA ETOA*
Un mois après sa création, le 1er juillet 1974, Cameroun Tribune affirme son option culturelle en créant une rubrique littéraire. La Société de Presse et d'Edition du Cameroun (SOPECAM), qui publie le quotidien gouvernemental est également une maison d'édition qui va promouvoir de nombreux jeunes auteurs avant de faire faillite et de renaître de ses cendres.
La critique littéraire pratiquée par Cameroun Tribune juge généralement les œuvres selon les canons esthétiques occidentaux et dans un environnement où les critiques ne peuvent pas s'autoriser une trop grande liberté de ton et d'opinion. Jacques Fame Ndongo, Laurent Charles Boyomo Assala et feu David Ndachi Tagne sont les représentants de trois générations de critiques qui donnent à voir la vitalité de la littérature au Cameroun. Après 1990, la création d'une division III à l'Ecole de Journalisme de Yaoundé, dont Ndachi Tagne espérait qu'elle comble le déficit de spécialistes en critique littéraire, n'a guère enrichi le corps national des critiques.
Bien que sans formation en journalisme, de jeunes promoteurs de journaux vont s'engager dans ce métier. Parmi les nombreux journaux qui fleurissent après 1982, Le Messager de Puis Njawé occupe une place de choix. Une de ses pages, "Takala et Muyenga sur le trottoir ", qui se présente sous la forme dialogique, est une espèce de mise en fiction de la vie sociale et politique nationale. Plus tard, le Messager participe à la création d'une littérature populaire en servant de support à la publication sous la forme de feuilleton de deux auteurs de renom : Mongo Beti et Patrice Nganang.
En 2005, Mutations reprend l'expérience du roman -feuilleton en publiant l'œuvre d'un ancien détenu de Kondengui. Deux années auparavant, Patrimoine, dans la même veine, lançait sa " Tribune des lettres ", un supplément littéraire consacré à la publication de nouvelles inédites et de poèmes. Après chaque publication, le centre Culturel Français de Yaoundé allait accueillir pendant deux ans les auteurs d'inédits parus dans cette rubrique, mais ces efforts de création d'une littérature populaire n'atteindront jamais les sommets des années 78 et 79 pendant lesquels un Béninois, Désiré Naha, a vendu jusqu'à cinq mille exemplaires de Sur le chemin du suicide, son autobiographe parue aux éditions du Semi-lettré à Yaoundé.
Mais les années 90 sont plus des années de contestation politique que d'engagement littéraire. Après son retour d'exil en 1991, Mongo Beti même ne se mêle que très peu de littérature à travers la presse. Dans son numéro 153, Génération (30 mars -5 avril 1998) dont il est l'un des éditorialistes, reprend l'une de ses rares contributions à la critique littéraire : " l'affaire Calixte Beyala, ou comment sortir du néocolonialisme en littérature ", titre du long texte paru dans Galaxie, un éphémère périodique fondé par l'écrivain Patrice Ndedi Penda. Mongo Beti y démontre que Beyala, accusée de plagiat comme Ouologuem avant elle, était victime de l'arrivisme, de l'aliénation culturelle et surtout de l'esprit mercantile des milieux éditoriaux parisiens.
A suivre