André Manga : La Bass camerounaise est respectée

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André Manga alias Petit Jean est l’un des meilleurs bassistes que compte le cameroun. Il est découvert à la télévision en 1998 à travers un clip véhiculant une musique World chantée en langue Duala, avec une voix mastérisée.

 

  André manga, bandana et lunettes a disparu, jusqu’en décembre 2011 lorsqu’il arrive au Cameroun en provenance de Los Angeles aux Etats-Unis avec, sous l’aisselle, sa guitare Bass. Mais surtout, un nouvel album intitulé «Voyages». Une véritable galette musicale pour sa qualité technique. Pour l’originalité, elle réside peut-être dans la manière de reprendre de vieux succès connus des camerounais, voire du monde entier.

 A l’instar de «Human nature» de Michael Jackson ou «Soul Makossa» de Manu Dibango. D’ailleurs lui qui le propulse sur la scène internationale.
Après avoir été à 17 ans le Bassiste de l'orchestre national du Cameroun, chef d'orchestre du grand Manu Dibango, après avoir travaillé avec les plus grands artistes africains, européens et ceux du pays de l’Oncle Sam. L’on peut citer les Boyz II Men que les jeunes camerounais ont adoré au début des années 90, Andrea Bocilli ou Angélique Kidjo dont il a été le chef d’orchestre. Aujourd’hui, sans afficher son intention de retourner au bercail après une très longue carrière musicale, le bassiste estime qu’il devrait aussi être impliquer dans la gestion de son pays à travers ce qu’il sait bien faire : la culture. Celui qui explore les rythmes du patrimoine camerounais peu pratiqués voudrait surtout attirer l’attention des jeunes loups à qui il veut confier les clés de la réussite. Lesquelles clés, l’actuel bassiste de Josh Groban qui est une superstar américaine dévoile dans cette interview.

Vous êtes au Cameroun pour présenter votre nouvel album, qui est le deuxième de votre carrière. De quoi parle-t-il ?
L’album s’intitule «Voyages». Il retrace lez parcours de ma carrière, s’intéresse aux gens qui ont accepté de m’accompagner dans ma carrière, tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel. Car, ils ont représenté une époque de mon enfance. L’album est joué sur des rythmes divers. Mais, basé sur les musiques du terroir. Tout ceci est la somme des expériences rencontrées, des scènes partagées dans le monde.

On y retrouve des succès d’antan tels que «Kaélé» d’Archangelo de Moneko ou Sophie de Dina Bell. Pourquoi ce choix alors qu’on aime déjà ces chansons dans leur version originale ?
Ces versions visent plutôt à titiller l’esprit de composition ou d’arrangement, de développement du jeune musicien. Car, pour qu’une musique devienne un standard, il faut qu’elle soit revisitée. Il y a des risques qu’elle meure. Il faut donc ramener ces musiques à la dimension contemporaine. D’où le choix porté sur ces chansons qui ont marqué mon enfance. Je voulais de ce fait faire une réflexion afin que les chansons interpellent certaines personnes. En plus, mon ambition est qu’on écoute le travail de fonds dans la perspective de standardiser ces chansons. Notre devoir est de montrer le chemin aux jeunes afin qu’ils fassent mieux que nous.

Quel est le lien entre les 12 chansons?
Une fois de plus, le lien est la somme des voyages. J’ai sollicité ma compatriote Valérie Belinga pour enregistrer «Tribology», un Ekang assez tribal, avec les «Minkoul» (balafons) avec une voix jazzy de Valérie Belinga. Dans «Soula Ndolo», on retrouve une chanson d’amour en Duala sans extravagance. En arrivant à «Soul Makossa», chanson phare de Manu Dibango considéré comme mon père spirituel car, c’est lui qui m’a donné une plateforme pour m’envoler, en passant par Human nature de Michael Jackson qui est connu même au fin fond de nos village, ou Dina Bell, le chanteur de charme qui m’a touché.

Certains diraient que c’est un maque d’inspiration…
Pas du tout. Le travail abattu est déjà une source d’inspiration. C’est une question de démarche, d’approche musicale, qui va permettre de standardiser nos chansons afin qu’elle puisse être écrites et procréer. J’espère que d’autres personnes amorceront la même démarche. Les Américains le font, les Européens le font, les Asiatiques le font. Il n’y qu’en Afrique où on estime que c’est un problème.

Vous êtes loin du Cameroun depuis plusieurs années. Comment faites-vous pour rester si proche de votre culture, vous qui parlez aisément de l’Ekang ?
C’est la mémoire, qui est quelque chose d’énigmatique. En même temps qu’il faut louer des facilités que nous avons aujourd’hui qu’on appelle Internet. Quelques voyages au Cameroun m’ont aussi permis d’avoir une discothèque assez pourvue des gens que j’aime écouter. J’aime écouter Eboa Lotin. Et, je pense que la musique camerounaise est la meilleure du monde. Si nous pouvons seulement la sortir de sa prostitution, nous gagnerions à l’exporter car, nous sommes les meilleurs musiciens d’Afrique. Mais, nous sommes encore au service de tout ce qui est actuel. C’est-à-dire, quand c’est le Ndombolo qui se vend, nous faisons le Ndombolo. Et cela pose un grand problème pour le musicien.

Vous richesse musicale n’est-elle pas inné, vous qui appartenez à la fois aux Sawa et aux Béti ?
Je crois que je fais la musique de mon père car il était mélomane. Il jouait un peu de guitare et de violon. Bizarre pour un Cameroun de l’époque. Il était musicien, il avait aussi une boîte de nuit où les artistes jouaient en Live. Je crois que cela découle de mon Adn. Cependant, ayant grandi à Yaoundé, mes racines se trouvent chez les Béti. Et j’ai été nommé à Yaoundé. Donc, mon homonyme est Béti et non Duala.

Votre premier album date de 1998. Comment comprendre cette éclipse ?
C’est ma faute. Il se trouve que j’ai été très sollicité pendant tous ce temps par de grands musiciens à travers le monde entier pour des tournées. Cela a influencé la préparation de mon album que j’avais intitulé Mother Rythm. Cette fois, je voudrais corriger la trajectoire en créant une série d’albums. Au moins une fois par an pour ne plus vivre cette éclipse.

Vous parlez de formation de jeunes musiciens. Est-ce votre seule cible ?
Les jeunes musiciens ne sont pas ma cible. C’est la culture camerounaise en général. Si nous les musiciens et vous les hommes de médias nous mettons ensemble, nous allons permettre au grand public de faire la part des choses. Il ne s’agit cependant pas d’éliminer la musique populaire car on en a tous besoin. J’aime souvent aller en boîte m’éclater. Mais, je ne voudrais pas qu’on oublie l’autre côté de la musique dite d’écoute. La musique populaire n’est pas ma cible. J’aime bien danser au rythme de «Piquez Piquez» de Tanus Foe. Mais, ce sont les musiciens que j’interpelle, ceux qui veulent savoir entre faire compliqué et faire simple, celui qui veut savoir.

Lorsque vous parlez de voyages, avec qui avez-vous été ?
J’ai été avec les Boyz II Men, j’ai été le chef d’orchestre d’Angélique Kidjo avec qui j’ai passé quatre ans. Il y a moins de coin dans le monde que j’ignore. J’ai fait des musiques de film. J’ai aussi travaillé avec All for One, Andrea Bocilli, tellement de monde qu’il a fallu que je me fasse violence. Cet album a été achevé par mes amis alors que j’étais en chemin pour d’autres voyages, pour d’autres spectacles à travers le monde.

Où commence ce long voyage dans la musique ?
J’ai commencé à Yaoundé avec des aîné qui me prêtaient leurs guitares au Camp Sic Longkak tel Justin Bowen. J’ai été dans les orchestres scolaires. Professionnellement cela commence avec l’orchestre national et la rencontre avec Manu Dibango qui m’amène avec lui. Ensuite, je vais au Gabon où je travaille avec Hilarion Nguema pour l’album «Quand la femme se fâche», Angèle Assele, puis j’envole pour Paris avec Pierre Akendengue où je retrouve encore Manu Dibango. Je deviens son pianiste puis son bassiste et surtout son chef d’orchestre. Pendant ce temps, j’ai l’occasion de travailler avec Morane, Salif Kéita, Mory Kanté et beaucoup d’autres artistes. Parmi lesquels Toto Guillaume, Mbida Douglas, Henri Njoh, Cella Stella. Lassé de travailler avec eux, je me lancé un nouveau défi : celui d’aller conquérir l’Amérique. Je travaille tour à tour avec David Hasselhoff, Marc Antoine. J’avais le choix entre Janet Jackson et Boyz II Men. Le poste chez Janet Jackson occupé, je suis allé avec All for one. C’est une carrière qui a été longue. Et j’ai essayé de la compresser en douze titres.

Par chauvinisme peut-être, nous prétendons que les 10 meilleurs bassistes du monde sont Camerounais. Est-ce vrai ?
Comme l’a déclaré une fois François Bingono Bingono, nous avons beaucoup dans notre patrimoine pour pouvoir être les meilleurs. Il y a beaucoup de bassistes au monde, qui sont très bons ? Mais, les Camerounais ont quelque chose de particulier et très prisé en ce moment : ils allient leur sensibilité culturelle à la connaissance de la bass. La Bass camerounaise est respectée de part le monde. J’aime beaucoup le travail que fait Richard Bona. Il y a aussi Raymond Ndumbe, Francis Mbappé, Noël Ekwabi, Armand Sabal qui vit aujourd’hui en Espagne.

Pourquoi vous, qui êtes considérés comme les musiciens de l’élite puisque vous représentez valablement le Cameroun sur la scène internationale, vous soyez toujours en retrait de la gestion des droits d’auteur ?
La faute revient à la politique intérieure. J’ai l’impression que lorsqu’on parle de diaspora ici, on pense seulement à Paris. Jamais, on n’a été sollicité pour quoi que ce soit. Très rarement invités lors des grands rendez-vous. Le déclin est récent avec le Fénac et le cinquantenaire de l’indépendance et de la réunification. Je voudrais interpeller les responsables du ministère afin qu’ils répertorient tous les artistes qui sont ambassadeurs de la culture camerounaise de part le monde. Nous voulons nous aussi nous impliquer à la vie politico culturelle du Cameroun. Il faut qu’on sache ce qui se passe et que nous soyons sollicités.

Propos recueillis par Justin Blaise Akono

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