Un nouveau bouquin. Sur les batailles de libération du Cameroun.
Félix C. Ebolé Bola
Revisiter un siècle de conjoncture politique d'un pays, ne doit pas être une mince affaire, surtout lorsque d'autres, avant vous, se sont déjà essayés dans ce chantier. "La quête de la libération politique au Cameroun" de Bouopda Pierre Kamé, se donne pourtant pour défi d'explorer cette période charnière de la vie du pays, qui va de 1884 à 1984.
On était prévenus par l'auteur : cet ouvrage n'est pas un livre d'histoire générale de plus, mais bien un essai qui éclaire, d'une lumière nouvelle, les tensions sociologiques et les clivages politiques ayant jonché l'histoire du Cameroun, de la période post-indépendance (protectorat allemand) aux aurores du Renouveau. Il revient sur un gros malentendu, une méprise sur l'interprétation du traité germano-duala qui dégénère en contentieux domanial et débouche sur la pendaison de Rudolf Duala Manga Bell. Cette tragique bavure va forger, au sein de ces habitants des bords du Wouri, une mentalité de guerriers prêts à tout pour défendre leurs terres.
Et c'est, peut-être ici, l'intérêt de cet ouvrage qui entend démontrer qu'il y eu, dans ce pays et bien avant le batailles nationalistes dont l'Union des populations du Cameroun (Upc) était le chef de file, une espèce de continuité dans le mouvement politique.
Bouopda Pierre Kamé revient ensuite sur le rejet du colonialisme, les déchirements de l'indépendance avec les revendications intempestives de l'Union des populations du Cameroun, le rôle des colonisateurs ou encore les dissensions politiques et les clivages partisans. La suite de l'histoire, c'est la fin du multipartisme et des élections, décrétée par Ahidjo, dans l'esprit de qui l'unité nationale sur le plan politique est synonyme d'adhésion à l'Union camerounaise (UC), et d'allégeance à ses instances dirigeantes.
Cette partie peut être considérée comme la plus palpitante de l'essai. Malheureusement, l'auteur, économiste et maître de conférences à l'université de Valenciennes (France), a fait le choix de survoler les péripéties liées à la répression sauvage qui s'abat alors sur les activistes de l'Upc. Il devrait pourtant y avoir de la matière, sur le sujet…
Dommage, également, que la lecture "La quête de la libération politique au Cameroun", se heurte de temps en temps sur des coquilles. Tout comme on regrettera de ne pas retrouver, dans l'abondante galerie de photos, le visage d'un certain Samuel Kame, le père de l'autre, secrétaire permanent à la Défense pendant "les années de plomb" du régime Ahidjo.