Jean Marie Ahanda

commentaires · 488 Vues

Arts plastiques

Jean Marie Ahanda traite du monde à l’envers

L’artiste exprime des sentiments sur la valeur du monde d’aujourd’hui à Yaoundé.

Depuis deux semaines environ, tous ceux qui ont parcouru le hall du 1er étage de l’hôtel Hilton à Yaoundé ont remarqué, bien en exergue, un ensemble de tableaux disséminés sur l’ensemble de cet espace. Il s’agit d’une exposition des œuvres de l’artiste Jean Marie Ahanda. L’un des piliers du célèbre groupe musical “ Les Têtes brûlés ” a retrouvé un sujet qu’il n’a jamais vraiment quitté : la peinture. Il a choisi de montrer cette écriture picturale. “ Il s’agit d’une peinture du monde. C’est-à-dire un récepteur particulièrement sensible aux changements, qui enregistre plus consciemment qu’inconsciemment, des flux d’images, des sons et des signes du monde qu’il recycle et réinvente pour les transformer en autant de variations picturales”, pour reprendre un commentaire de l’anthropologue Germain Loumpet, enseignant à l’Université de Yaoundé I. On retrouve ainsi plusieurs mondes, au point où l’ensemble de l’exposition s’apparente à l’expression d’une pluralité de peintures et de peintres.

Un monde à l’envers
Les scènes de vie qui sont restituées sur les tableaux font partie du vécu de ce que les sociologues politiques appellent “ la mémoire collective.” Un “ marché de Bus ”. La “ présence animale ”. “A la mosquée ”. “ Dormeur ”. “ L’oiseau et le serpent”. La “ grenouilles de nuit ”. Les “ oiseaux libres ”. Les “ singes grimaçants ”, ou “ flash rupestre ”. Des scènes du vécu quotidien. On peut même pousser l’imagination loin, notamment au regard du “ tableau caméléon ” ou celui qui représente cette jeune fille à l’attitude candide lessivant dans un ruisseau borné par la forêt. Jean Marie Ahanda est juste ce peintre qui sait laisser la pensée humaine se développer dans un contemporain ubuesque. L’exposition n’a pas de ligne tracée. Ou alors une direction prédéfinie. Les tableaux sont déposés, presque en désordre, comme dans un champ de maïs où les graines ont été jetées en l’air pour échouer en désordre.
L’ensemble des tableaux trouve leur justification par cette sculpture du “ verso ”. Jean Marie Ahanda a voulu poursuivre la réflexion entamée par le vénérable Cheick Anta Diop, de regrettée mémoire, sur l’irréfutabilité du caractère de l’Afrique comme berceau de l’humanité. Et la sculpture du “ verso ” est justement là pour renouveler notre intelligence et notre sensibilité à tous. Nous vivons dans un continent qui a fait le monde et qui est l’âme du monde. Qui pourrait valablement dire le contraire ?
 

Par Jean François CHANNON
Le 27-10-2006

commentaires