Spectacle : Percu puissance sept

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Le groupe Abiali a donné au public de Douala d’intenses expressions de percussions.
Marion Obam

Le projet était assez novateur. Pas un lieu, ni une date, encore moins une salle. Le groupe Abiali percussions avait proposé mieux : une semaine de rencontres et de spectacles autour de la percussion dans la ville de Douala. A travers le slogan "Je percute, tu percutes, ils percutent". Une idée séduisante en somme. Mais comment détourner les noctambules de la capitale économique de leurs activités hautement jouissives pour venir regarder des jeunes hommes extraire des sons des instruments coutumiers? "C’est pour cela que nous avons décidé de sortir des salles et de nous installer dans la rue. En plus, nous proposons un vrai spectacle vivant"; répond, avec le sourire et les dreadlocks au vent, le directeur artistique du groupe Abiali, Isaac Mbendé.

Une petite foule de curieux s’est donc donnée rendez-vous devant le Centre culturel français Blaise Cendrars de Douala lundi, 4 juin 2007 à 19h. C’était la première Jam entre Abiali et des autres groupes locaux. Ils sont allés porter dans la rue un mélange de sons traditionnels et contemporains avec des tambours, des tam-tams, des balafons, etc. Le spectacle a duré près de 3 heures, mais le public ne s’en est pas rendu compte. Car il y avait de l’énergie, du chant, de la danse, du récit, de la transpiration. Et, surtout, la redécouverte de nos rites, de nos rythmes traditionnels et ancestraux. Bref, un moment d’émotion partagée.
Car, les percussionnistes n’ont pas évolué en vase clos. Au contraire, dans leurs musiques, ils ont créé des ruptures pour communier avec les présents. Le téléphone arabe a circulé le lendemain au point où les deux autres Jams à New-Bell, au carrefour Aviation le mardi 5 juin et à la Cité des Palmiers, au collège Dauphine, le 6 juin 2007, ont drainé des foules. Le groupe Abiali percussions a décidé de montrer son travail personnel et sa dernière création, le vendredi 8 juin 2007 dans la salle de spectacles du Ccf de Douala.

Ambiance
Sur une scène noire avec pour seul éclairage sept lampes tempêtes, avec le "Ndop", tissu de noblesse chez les bamilékés, au fond du décor, le spectacle commence. Isaac Mbendé, William Ombé, Samy Manga, Venant Ntiomo, Dada Manu Guedam, Paul Alain Zorabel et Paulin Nguini Nguini, ont caché l’essentiel avec des jupettes de cuir rouge. Une bandelette de cette matière protège également leur cou. Ils ont des bracelets de castagnettes et sont maquillés de noir sur le visage et le dos. Après un silence et des échanges de regards, Isaac Mbendé entonne "Mettari". Les tam-tams entre les cuisses musclées de ces sept géants résonnent.

C’est le début du voyage initiatique où vont rentrer peu à peu, pour renforcer la couleur du spectacle et le message, les pleurs des tambours, le tintement des grelots et maracas, les murmures mélancoliques de la flûte, les douceurs contrastées du xylophone et les sons recherchés des instruments de récupérations tels que le fer, les tôles et autres bidons. Abiali Percussions balade les spectateurs dans l’éssèwè, le bikutsi, l’ékan, l’assiko, l’ébassa etc., avec des chorégraphies énergiques. Une gestion de scène impressionnante avec des déplacements en horizontale, en diagonale, et en cercle, qui finissent en pyramide. Un travail de quatre ans où les fausses notes sont difficilement perceptibles. Un plaisir de découvrir autant d’émotions, un authentique régal. Tout simplement…
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