La révision constitutionnelle et de la “guerre”

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Crise sociale : A propos de la révision constitutionnelle et de la “guerre”
Le défenseur des droits de l'homme appréhende autant la modification de la loi fondamentale, que l'après Biya.
Par Me Hell*

Le Cacsp: A une époque des années 60, Ahidjo disait: Si maintenant je meurs de mort naturelle, c'est catastrophique pour le Cameroun. Si maintenant je suis assassiné, c'est catastrophique pour le Cameroun. Si maintenant je quitte le pouvoir volontairement ou par contrainte, c'est catastrophique pour le Cameroun. A la date de ce jour, Biya peut aussi dire et valablement: Si maintenant je meurs de mort naturelle, c'est catastrophique pour le Cameroun. Si maintenant je suis assassiné, c'est catastrophique pour le Cameroun. Si maintenant je quitte le pouvoir volontairement ou par contrainte, c'est catastrophique pour le Cameroun.
L'inquisiteur: Ne dévie pas le sujet d'aujourd'hui. Tu m'expliqueras prochainement pourquoi Ahidjo disait cela dans les années 60. Pour le moment, je veux savoir pourquoi tu soutiens que si l'on ne modifie pas la constitution, c'est la guerre.
Le Cacsp: Si l'on ne touche pas à la constitution, Biya ne peut plus se représenter en 2011 comme candidat à la présidence de la République. L'élection présidentielle aura lieu sans lui et comme il est sûr que cette élection, quelque soit son organisation et sa transparence, sera taxée de frauduleuse par un ou plusieurs candidats malheureux, ce sera le déclanchement de la rue et compte tenu du nombre de plus en plus grandissant des chômeurs et de la paupérisation croissante de la classe ouvrière camerounaise, la rue sera difficilement maîtrisable.

La masse écrasante des adeptes de la rue ne sera pas là pour revendiquer la victoire de tel ou tel leader politique, mais pour incendier, voler et avoir un peu de quoi vivre comme les autres ou détruire ces autres pour leur faire goûter comment est la vie dans la misère et la pauvreté. Cette rue ne sera commandée ni par Ni John Fru Ndi, ni par Bello Bouba, ni par Ndam Djoya, ni par Kodock et j'en passe. Ce sera la rue et le règne des coupeurs de route qui n'ont au fond rien à voir avec la politique, mais qui veulent vire ou réduire les autres à leur condition
L'inquisiteur: L'armée, la police et la gendarmerie ne pourront-elles pas maîtriser la rue?
Le Cacsp: Sous le commandement de qui? C'est Biya qui commande toutes ces forces et il aura déjà quitté le pays depuis la veille des élections puisqu'il n'est pas candidat. Déjà maintenant que tout paraît bien, quand tu appelles la police de te venir au secours, elle te demande d'arrêter le voleur et de l'amener au commissariat. Comment seront les choses quand ces forces de maintien de l'ordre n'auront plus de véritable chef Suprême?
L'inquisiteur: Je ne sais pas. Mais pourquoi dis-tu de l'autre côté que si l'on modifie la constitutions, ce sera toujours la guerre?

Le Cacsp: Si l'on modifie la constitution, Biya pourra se représenter comme candidat à l'élection présidentielle de 2011. Comte tenu de ses assises politiques actuelles, il battra Ni John Fru Ndi, Bello Bouba, Ndam Djoya, Kodock et autre, et ceci régulièrement ou par fraudes puisqu'il en a les moyens. A la proclamation des résultats, même s'il n'y pas eu de fraudes, les candidats qui n'ont même pas réussi à réunir 2% de suffrages en leur faveur, parleront de fraudes. Les gens sauteront sur ce mot pour embrasser la rue, pas au soutien véritable de tel ou tel leader malheureux, mais à la recherche de quoi manger pour certains, et pour assouvir leur instinct de changement pour beaucoup qui se disent que la même personne au pouvoir pendant plus de 30 ans, c'est trop.

Mais cette seconde guerre sera éphémère. Elle ne durera pas plus de 3 jours sur l'ensemble du territoire. En effet Biya, encore chef des armées, de la Police et de la gendarmerie, ayant gagné à l'élection présidentielle querellée, neutralisera très vite les soulèvements avec le concours des gouverneurs, préfets, sous-préfets et autres chefs de districts mis en place par lui. Les pillages et les incendies ne seront pas de longues durées.
L'inquisiteur: D'après ta thèse, le moindre mal ne peut être que si Biya est candidat à l'élection présidentielle. Mais il va vieillir et pourra un jour mourir. Comment réussira-t-on alors un changement à la tête du pays avec peu de cases ou sans cases?
Le Cacsp: Biya doit s'arranger à passer le témoin à un autre, de la même manière que Ahidjo le lui a donné.
Ahidjo lui a donné le pouvoir pas par voie électorale, mais en quelque sorte par nomination.

La constitution prévoit celui qui doit remplacer le président de la République en cas d'empêchement. Il suffit d'y ajouter que ce remplaçant doit organiser l'élection présidentielle dans un délai de deux ans au minimum et de trois ans au maximum. Ce temps permettra au remplaçant de positionner ses gens dans l'armée, dans la gendarmerie et dans la police, et de nommer les gouverneurs, préfets, sous-préfets et autres chefs de district proches de lui, de trouver une bonne petite philosophie pour enivrer le peuple comme Biya l'a fait en 1982 avec son mot de passe "rigueur et moralisation".
Dès lors et quand la rue va se déclancher sous le prétexte vrai ou faux de fraudes électorales, ce remplaçant aura des moyens militaires, humains et financiers pour la maîtriser dans les deux ou trois jours qui vont suivre. Ce sera le moindre mal. Ce que nous avons eu le 6 avril 1984, si c'était en 1982 (départ immédiat d'Ahidjo) et quand Biya n'avait pas encore en main les commandes de l'Etat, nous serions entrés de pleins pieds dans la guerre civile et pour une fin incertaine.
L'inquisiteur: Je ne suis pas encore convaincu. On va continuer cette discussion demain.
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