Cameroun :
Il s'agit d'oser repartir sur de bonnes bases en inventant un nouveau sens de valeurs partagées par tous et promues au premier plan par les gouvernants du Cameroun qui se donneront un point d'honneur à servir de modèles.
Par Georges Gnonlonfoun*
L'Afrique parle d'elle-même à travers toutes les fenêtres ouvertes sur son calvaire, sa misère, ses bêtises. Le temps qui passe semble parfois renforcer l'idée que ce continent est condamné à être enseveli. Le temps semble accroître l'incurie et rendre irrémédiable cet état de mal africain. Les partenaires au développement ou bailleurs de fonds ont quelquefois stigmatisé la situation en proposant des approches de sortie qui leur permettent de nous maintenir durablement dans la dépendance.
Mais nous devons nous rendre à l'évidence : le mal des Etats d'Afrique est plus profond que les maladresses humaines. Ce phénix qui renaît inlassablement des cendres auxquelles on croyait l'avoir réduit, tire tout de même ses origines dans l'accumulation des mauvaises habitudes, du poids pluriannuel de la mauvaise gouvernance, de l'addition des improvisations, du poids des saletés comportementales accumulées le long du temps jusqu'à la putréfaction.
Les récents soulèvements violents et meurtriers dont plusieurs villes camerounaises ont été le champ d'expression illustrent parfaitement l'état malsain qui caractérise actuellement les relations entre les différentes composantes de cet important pays de la zone Cemac. N'avons-nous pas tort, lorsque s'interrogeant sur l'origine et la résistance de cet ulcère, nous nous mettons à identifier des coupables par-ci, par-là ? Je sais que de tels événements ne sauraient disculper l'Exécutif qui a la primordiale mission d'assurer aux citoyens le "minimum social commun", encore moins les instigateurs de l'ombre.
Mais, bien évidemment, nous commettons une faute thérapeutique en n'insistant pas sur l'urgence de réinventer le référentiel républicain pour toute la nation. Plus que d'une Constitution à ne pas réviser de façon conjoncturelle, la démocratie camerounaise a fortement besoin d'une refonte totale du système socio-économique qui l'anime, qui nourrit ses filles et fils, qui procède à une redistribution équitable des richesses nationales, qui encourage et motive ses travailleurs, qui veille à son image et qui détermine son progrès et son émergence.
C'est en quelque sorte d'oser repartir sur de bonnes bases en inventant un nouveau sens de valeurs partagées par tous et promues au premier plan par les gouvernants du Cameroun qui se donneront un point d'honneur à servir de modèles. Oser faire des options citoyennes en mettant chaque compétence à la place qui est la sienne et en réinstaurant dans l'esprit de tous, les règles élémentaires de l'éthique.
Le Président Paul Biya et son gouvernement ont un rôle prépondérant à jouer dans la construction d'un Cameroun à stabilité politique. Ils ont tout intérêt à stimuler et à développer le sens des valeurs républicaines et à se montrer leaders. Le Cameroun "sans Biya" ne disparaîtra pas de la planète 'Terre". Ce pays a assurément en son sein de valeureux Hommes qui pourront assurer l'après Biya dans la paix et la solidarité.
Réagissant à la crise qui secoue actuellement le Cameroun, teintée du débat sur l'opportunité d'une révision constitutionnelle, j'ai eu la réflexion suivante :" Les problèmes ne sont que des indices qu'une nouvelle solution attend d'être perçue et exploitée". Et cela est bien vrai car le Cameroun ne va point sombrer. L'éclatement des maux actuels est sans nul doute un point d'appui pour que le Cameroun explore la voix de la construction et l'appropriation de valeurs sans lesquelles il n'y a pas de développement.
* Lecteur
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