2009 : une année de braises sociales

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Les problèmes sociaux ne trouveront probablement pas un dénouement favorable au peuple. En plus, l’Epervier va sévir. Etoudi sera inondé de plaintes. L’insécurité risque d’être entretenue…

Cette année, des choses extraordinaires risquent se passer au Cameroun. Quelques-unes méritent que l’on s’y arrête au regard de leur signification sociale. Il s’agit – le choix est essentiellement subjectif – de la réglementation des mototaxis, de l’Opération Epervier, des revendications sociales, de l’insécurité, de la vie chère, etc.
On attend en effet, au cours de l’année 2009, une reprise de l’opération de lutte contre la corruption et le détournement de deniers publics lancés il y a deux ans et baptisée “ Opération Epervier ” par la presse. On se rappelle qu’au dernier trimestre 2008, cette opération s’est un peu tassée avec le développement du dossier relatif à l’achat foireux de l’avion présidentiel (affaire de l’Albatros) pour lequel il a été manifestement difficile d’écrouer des protagonistes. On avait alors expliqué le relâchement de l’Epervier d’une part par l’influence des réseaux, et d’autre part par l’insuffisance des juges appelés à connaître des différents dossiers qui devaient leur être soumis par le ministère public. Avec le renforcement des corps de la magistrature – intégration et affection de nouvelles recrues sorties de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) –, l’on peut logiquement espérer un nouveau déploiement si tant est que le motif d’insuffisance des juges était fondé. En ce début d’année, on annonce d’ailleurs déjà de nouvelles interpellations, à la suite des conclusions des missions du contrôle supérieur de l’Etat. Le cas des dirigeants de l’Hôpital central de Yaoundé est illustratif de la razzia que la Justice pourrait opérer si tous les rapports du contrôle supérieur de l’Etat dans les organismes publics sont exploités par le ministère public.
Au-delà des poursuites, les procès constituent l’autre face de l’Opération Epervier. Cette année, on pourrait avoir de nouvelles affaires en instruction. Mais ce qui est sûr, c’est que l’on devrait assister au dénouement de certains contentieux en appel. Tel est par exemple le cas de l’affaire Port autonome de Douala et Etat du Cameroun contre Siyam Siwe, Etondè Ekoto, et autres. L’affaire Sic (Société immobilière du Cameroun) connaîtra probablement aussi une issue. Il en est de même de l’affaire Crédit foncier du Cameroun. Pas d’accord avec les condamnations prononcées contre eux en instance, les condamnés, et dans certains cas le ministère public, avaient relevé appel. L’année, en tout cas, pourrait être riche. Il n’y a qu’à se rappeler les propos à l’Assemblée nationale ou à la presse, d’Amadou Ali, le vice-Premier ministre, ministre de la Justice garde des sceaux : une soixantaine de dossiers sont ficelés ! Les corrupteurs, corrompus et autres détourneurs de deniers publics ont des raisons de trembler.
A côté de ces affaires relevant de l’Epervier, il y a d’autres, notamment l’affaire Titus Edzoa, considérée depuis 1997/1998 comme un procès politique. On devrait assister cette année à une autre décision de Justice se prononçant notamment sur la relaxe de Thierry Michel Atangana, écroué avec Titus Edzoa, ou alors son maintien en détention.

Revendications, dénonciations, memoranda
Malgré les promesses du ministre de la Santé publique en 2008, la situation des personnels travaillant dans les hôpitaux publics ne s’est toujours pas améliorée. On est passé à côté d’une grève d’envergure dès le début de l’année. Dans certains grands hôpitaux, les personnels intégrés à la fonction publique accusent des arriérés de primes. Les vacataires n’ont pas de salaires depuis plusieurs mois. Nécessaires au fonctionnement des hôpitaux au regard du déficit en personnels médical et paramédical, ces derniers pourraient paralyser le service dans les hôpitaux. Ils promettent par ailleurs de donner des insomnies au ministre de la Santé publique, avec des sit-in au ministère, dans le dessein d’obtenir une amélioration de leurs conditions de travail, notamment une contractualisation à la fonction publique.
Cette contractualisation des temporaires des services publics autorisée par le président de la République est aujourd’hui très critiquée. Les méthodes appliquées pour retenir les contractualisables sont fortement contestées. Le ministre de la Fonction publique, Emmanuel Bonde, a beau expliquer que seuls ceux qui travaillent comme vacataires ou bénévoles dans les services publics depuis 2006 sont concernés par la contractualisation, rien n’y fait. Des hommes politiques, de l’opposition notamment, ont remarqué que les critères d’entrée à la fonction publique n’ont pas été respectés. L’un de ces critères est la planification régionale. En conséquence, affirment-ils, 90% de ceux qui ont été retenus pour la contractualisation sont originaires du sud. La raison en est simple, selon eux. C’est que l’essentiel des membres du gouvernement et de la haute administration étant du sud, et le recrutement des temporaires n’obéissant à aucune règle officielle, chacun a coopté des gens de son village pour les sortir du chômage. Résultat : seules quelques tribus sont fortement représentées. Les dénonciations ont commencé ; elles risquent s’accentuer au cours de cette année.
Le président de la République, qui a sollicité dans son discours du 31 décembre 2008 des relais sociaux pour l’aider à connaître les problèmes du peuple pourra être inondé de memoranda. Surtout qu’il a indiqué qu’il sera attentif aux revendications. Avec les libéralités accordées à l’élite du septentrion à travers le recrutement massif des originaires du nord-Cameroun à l’Ecole normale supérieure de l’Université de Maroua, le chef de l’Etat a ouvert un boulevard aux revendications ethniques et claniques. Une voie que beaucoup n’hésiteront pas à emprunter.
 

Par Alexandre T. DJIMELI

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